‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 234 sur 303 · Nom probablement corrompu · texte numérisé non relu

Nom probablement corrompu

2. Amauri de Graon était gendre de Guillaume des Boches (sur lequel voyez plus loin, v. 9234), et lui succéda, en 1222, dans la dignité de sénéchal d'Anjou (Bouquet, XVIII, 302 e). Il combattit

Roches1 et Aubert de Senlis avec plus belle troupe que je ne saurais dire.

Les barons de Toulouse sont allés s'armer, l'un n'attendant pas l'autre ; ils allèrent occuper les lices et les fossés, [7360] tandis que sergents et archers sortent par les vergers. Et quand l'ost se prit à revenir [vers la ville], la terre tremblait sous ses pas. Là, vous auriez vu resplendir tant de hauberts, luire tant d'admirables écus et tant de heaumes, [7365] flotter au vent tant de belles enseignes et tant de pennons î II n'y en a pas un qui ne tourne ses regards vers la ville ; et ils se disent l'un à l'autre : c Ma foi, je vous c dis bien qu'ils n'ont pas l'air de vouloir fuir.

à Bouvmes, et à cette occasion Guillaume le Breton fait de lui un pompeux éloge (Bouquet, XVII, 246 a). Il figure dans un grand nombre d'actes, depuis juillet 1210 jusqu'en janvier 1226 : Delisle, Cotai, des actes de Ph.-Aug.9 n« 1223, 1349-47, 1885, 2167; Teulet, Layettes du Trésor, n" 1082, 1594, 1610, 1713, 1734; 1742. Le dernier de ces actes est la lettre par laquelle une trentaine de seigneurs demandèrent à Louis VÏH de reprendre la guerre contre les Albigeois, lui promettant leur concours. La mort l'empêcha de prendre part à cette expédition (15 mai 1226). Un chroniqueur contemporain l'apprécie en ces termes : « Erat « eetate juvenis, forma decens, nitore mirabilis, militia singularis ; « qui, nisi senescalliam, per quam opprimebat ecclesias et pauc pères, habuisset, si dici fas est, super omnes militia floruisset » (Chron. Turon. Bouquet, XVm, 314 à). Le chansonnier de Berne lui attribue quatre chansons (n" 174, 247, 289, 428), que d'autres mss. placent sous des noms différents La notice qu'Amaury Duval a consacrée à Amauri de Craon, Hist. liltér. XVIHy 844-5, est insignifiante.

1. Ce personnage, qui reparaît plus loin (w. 7768, 8031), toujours en compagnie d' Amauri de Craon, appartenait vraisemblablement à la famille du sénéchal d'Anjou Guillaume des Roches, et par conséquent était parent par alliance d' Amauri. Je ne l'ai rencontré dans aucun document.

372 cioibadk connu lis albigeois. [4248]

Le comte de Montfort fit commander par l'ost [7370] que tous vinssent entendre, la proclamation. Le comte était beau et sachant, et sut leur inspirer hardiesse. Ayant délacé son heaume, il leur parla ainsi : c Seigneurs, vous êtes venus pour servir l'Église, pour prendre la ville et pour assurer mon succès. [7375] Actuellement vous devez diriger vos attaques de manière, à établir un autre siège au bas de la ville, pour mieux les tenir, en sorte que d'aucune part ils ne puissent sortir sur nous ; puis nous les ferons jeûner là-dedans et languir. [7380] Et si je puis avoir la ville et ses défenseurs, tout Tavoir, toute la terre sera à vous, quand on fera le partage , car de tout ce qu'il peut y avoir je ne veux rien me réserver, sinon la ville seule et l'extermination de ses défenseurs. » — Tous l'écoutent, et se prennent à murmurer. [7385] Amauri de Graon lui répond quand il eut fini : c Par Dieu, beau sire comte, on vous doit fort remercier de ce que si vite vous voulez nous pousser au succès. Mais avant que cela se fasse, nous voulons vous demander autre chose : c'est de ne pas nous tromper, ni nous honnir; [7390] car qui trop se hâte tard se repent ! Nous et nos chevaux sommes tous las du voyage ; nous ne saurions donc supporter la fatigue : un homme affaibli ne sait se retourner. Mais, puisque vous nous aimez et voulez notre bien à ce point, [7395] abandonnez-nous la ville que vous avez fait fortifier1, afin que nous puissions nous y

1. La ville temporaire (cf. v. 7415) où se tenaient les assiégeante. J'ai dit, ci-dessus, p. 338 note 4 , qu'il y avait sans doute quelque

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reposer, manger et dormir, sans être dérangés par ceux de la ville : vous au contraire, qui connaissez la ville , les entrées et les issues , et en quelles manières on peut la serrer de près, [7400] tenez ce siège où vous voulez nous envoyer. Et, par Sainte Marie ! j'entends dire que les hommes de Toulouse ne se laissent pas facilement honnir ; que si on veut les attaquer, les avilir, ils savent bien se défendre et frapper de bons coups. [7405] C'est pourquoi nous vous prions, beau sire, de nous laisser respirer, et puis nous et vous ensemble irons les assaillir, les recevoir si droit de tant de manières que nous en emplirons les lices et les fossés. Et si nous parvenons à conquérir la ville et ses défenseurs, [741 0] que tout soit à vous, et laissez-nous partir : il n'y a rien autre à faire. » Quand le comte entend qu'il ne peut les détacher [de lui], il tremble et soupire et se dépite. Ils chevauchent ensemble et vont s'établir [7415] dans la nouvelle ville.

Dans la nouvelle ville ils se logent aussitôt, et

exagération dans la description que le poète fait de cette ville où. de tontes parts venaient affluer les marchands. Toutefois il n'est pas hors de propos de remarquer que, lorsque Edouard ni assiégea Calais, il fit construire, pour loger son armée, une ville de bois dans laquelle, selon Froissait, il y avait « toutes coses necesc saires apertenans a une host, et plus encores, et place ordonnée c pour tenir marchiet le mercredi et le samedi. Et la estaient merc ceries, bouceries, halles de draps et de pain et de toutes autres c nécessités » (éd. Luce, IV, 2 ; cf. Jean le Bel, I, 95).

[dressent1] leurs pavillons et leurs tentes sur le sol. Cependant les barons de Toulouse tiennent un conseil composé des hommes les plus sages. [7420] Rogier Bernart parle doucement, car il est homme noble et sage ; il a valeur et sens, et c'est le fils du bon comte qui tient Foix et le défend. Il dispose ses idées, et leur dit d'un air riant : c Seigneurs, il n'y a pas d'autre conseil que de se défendre, [7425] car nous ne trouverons en eux ni merci ni discrétion. Et n'ayez point de crainte, éloignez toute terreur : nous devons être courageux et vaillants parce que nous avons bonne ville, et aussi bon droit; nous avons loyal seigneur et Jésus-Christ pour protecteur, [7430] Jésus qui nous guide et nous gouverne, et nous le fait bien paraître. Et pour qu'on connaisse notre puissance, pour que nous leur soyons nuit et jour sur le dos*, nous accroîtrons la ville de nouveaux ouvrages et rendrons plus forts les anciens ; [7435] et le tout sera fortifié de telle façon que nous n'aurons plus à craindre, et que ce sera à eux d'avoir peur. » Dalmatz de Greixell dit : « Vous avez bien parlé; par ces nouveaux ouvrages nos forces seront centuplées : nous serons plus à l'aise et combattrons avec plus d'avantages. — [7440] Seigneurs, i dit Pelfort, c assurément nous et la ville entière y gagnerons ; nous nous en trouverons mieux et plus en sûreté. Il n'y a pas de meilleure défense : au nom de Jésus-Christ, mettons-nous à l'œuvre. » [7445] Aussitôt ils vont au travail avec tant d'ensemble, que

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