‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 238 sur 303 · Voy. p. 297 n · texte numérisé non relu

Voy. p. 297 n

2. « La vicomte de Terride s'étendoit dans le pays de Gimoez, « ainsi appelé de la rivière de Gimone qui l'arrose, et comprenoit « la portion la plus occidentale du diocèse de Toulouse, à la a gauche de la Garonne, vers le confluent de ce fleuve avec le « Tarn... Ses vicomtes se qualifiaient indifféremment vicomtes de « Gimoez ou de Terride, château qui étoit le chef lieu de leur « domaine. » (Vaissète, II, 427). L'Ot de Terride mentionné ici et au v. 7791 était l'un des fils de Jourdain de l'Isle et d'Esclarmonde, sœur du comte de Foix Raimon Rogier (P. Anselme, II, 704; Vaissète, III, 599 a). Il était donc frère de Bertraû Jordan seigneur de l'Isle, et oncle du fils de celui-ci, également nommé Bertran Jordan, sur lesquels voy. p. 313 n. 2. C'est probablement lui qui figure, sans surnom, au v. 6114, à côté de l'un des Bertrans Jordan. En septembre 1226 il fut témoin au traité entre le comte de Foix et celui de Toulouse (Vaissète, III, 360-1) ; au printemps de 1228, il fut pris à Montech par les Français (ibid. 368) ; bientôt délivré, parait-il, il est témoin, le 6 juin de la même année, à un hommage prêté à Raimon VII (ibid. 369). Il mourut vraisemblablement en 1241, puisque le 29 sept, de cette année, son fils Raimon Jordan fait hommage au comte de Toulouse pour tout ce qu'il tenait du chef de son père dans le diocèse de Toulouse (Teulet, n* 2939).

37* CROWÂDB C0H1U LES ALBIUOIfl. [4218]

vèrent droit à la grève et aux jardins. [7505] Michel de Harnes s'est lancé en avant : Gautier de la Betone et Philippe d'Âiguilent chevauchent à l'envi en tète des autres. Ârnaut de Villemur, au cœur fin et vaillant, est sur ses gardes, qui les attend : [7540] il pousse son ori, baisse la lance, part au galop, et frappe un cavalier qu'il abat sanglant. Assiégés et assiégeants se précipitent d'un commun accord (?)*, criant les uns Toulouse ! les autres Montlort ! et lorsqu'ils se rencontrèrent ils firent un massacre. [7545] Hais les lances polies, les lames brillantes, les dards, les pics, les aciers tranchants(?), les pierres rondes, les épieux à lames de fer, les fines flèches , les carreaux aigus , viennent si dru du côté de la ville, [7530] que les écus, les heaumes, les armures sont brisés, et que les assiégeants se replièrent. En quittant la mêlée, les Français se retirèrent du côté de l'eau, poursuivis l'épée dans les reins [7525] par ceux de la ville qui poussent leur succès, et les forcent à se jeter dans le fleuve, où cavaliers et chevaux trébuchent et tombent. Le comte de Montfort, avec son lion menaçant, se tourne, se retourne, et frappe si fièrement [7530] qu'il tient tète et protège les siens quoique ayant le dessous. Enfin ils passèrent, frappant et combattant, la Garonne* et la

1. La correction que j'ai proposée pour le v. 7512, au t. I, est bien douteuse ; p.-é. feron Vacor dament indique-t-ii le fait d'engager la mêlée, de s'aborder, par opposition à ferai departimeut du v. 7521.

2. M. à m. « un bras de la Garonne », mais il fiant entendre toute la largeur du fleuve, parce que les croisés ayant repassé le fleuve, non pas à Muret, comme ils avaient fait en venant (v. 7476), mais entre cette ville et Toulouse, ils ont dû traverser, non pas seulement un des deux bras que forment les ilôts situés

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rive. Le comte s'en revient, plein de dépit; et quand ils furent tous réunis, il dit aux siens avec colère : [7535] c Barons, je ne sais que dire ni pourquoi je suis ainsi châtié : point n'est merveille si j'éprouve une peine amère, quand une gent faillie, qui m'avait prêté serment, m'inflige chaque jour de nouvelles hontes, de nouveaux déshonneurs. Pour nous venger d'eux et refaire mon honneur, [7540] rentrons nous loger dans Saint-Gyprien, et ne fuyons plus d'aucune part ! > Gautier de la Betone lui répond aussitôt : c Par Dieu, beau sire comte, ils nous l'ont bien fait voir : vous n'avez jamais vu meilleurs hommes ni de meilleure graine ; [7545] car ils sont bons guerriers et pleins d'énergie. Ils sont si durs, si sauvages, si féroces, qu'ils ont mis le serpent aux prises avec votre lion. Si vous n'êtes pas Golfier1

en amont de Toulouse, mais les deux bras, afin de se retrouver sur la rive droite, dans le voisinage de leur camp. P. de V.-G. (Bouquet, 114 b) raconte brièvement, mais avec netteté, l'insuccès des croisés : c Quos (ceux gyd ont été nommée dans le passage cité a ci-dessus, p. 369 ». 3) cura cornes nobilis duxisset ultra Garum- « nam fluvium, ut Tolosa ultra citraque obsideretur, vénérant ad t burgum Sancti Çubrani, ut ibi exercitus permaneret. Sed Tolo- « sani, in manu valida exeuntes , dictum exercitum prohibuerunt « intrare. Nostri etenim cum equis armatis venire non poterant « propter fossata qu» Tolosani fecerant infinita. Unde nostri, « licet multi, cum rubore et verecundia abierunt retrorsum, sua « figentes tentoria in ripa Garumnœ, longe aliquantulum a dicto « burgo. »

1. Cette allusion trouve son explication dans le passage ci-après de la chronique du prieur du Yigeois : c ... Gulpherius de Turc ribus, ejusdem (Lemovicensis) diœcesis, vir memoria dignus, c qui, cum crebros concursus exerceret in hostes et multa damna c de die in diem inferret, aocidit una die quod rugitum cujusdam c leonis & serpente circumligati audivit, et audacter accédons « leonem libérât. Qui, quod admirabile dictn est, memor accepti

€ pour le délivrer, nous, vous, les autres nous sommes c perdus. [7550] (Test pourquoi je redoute fort qu'il c nous arrive malheur si nous nous logeons aussi c près de la ville. » Le parti auquel s'arrêtèrent les barons fut que, laissant bien un cent de loges et de chaudières, ils reculèrent d'une demi-lieue, [7555] et plantèrent leurs tentes sur le terrain battu1. Les barons de Toulouse allègres et joyeux rentrent en la ville.

Rentrés en la ville, ils font prévenir Bernart Paraire*

c bénéficia eum sequitur, sicut anus leporarius; qui qfamdiu fait c in terra ilia, nunquam recédons, multa commoda illi tulit, tam c in venationibu8 quem in bellis, etc. • (Labbe, Nova Bibliotheca, II, 293 ; Bouquet, XII, 428; reproduit littéralement, sinon d'après le prieur du Vigeois, du moins d'après une source commune, dans le Magnum Chronicon belgicum, Pistorius, Rerum Germanicarum Scrip tores, IH, 129-30; M. Delisle me signale le môme récit dans le traité à l'usage des prédicateurs attribué à Etienne de Bourbon, et dans les Flore» Ckronicorum de Bernart Gui). — On reconnaît dans ce récit une fable qui forme l'un des épisodes du Chevalier au lion de Ghrestien de Troyes (éd. Holland, v. 3335 et suiv.) et de Gilles de Chin (éd. de Reiffenberg, p. 130-1), cf. Holland, Crestien von Troie», Tûbingen, 1854, p. 161. — Le personnage, parfaitement historique, à qui le prieur du Yigeois fait honneur de cette aventure, est Golfier de Las Tours, seigneur périgourdin, aïeul de Bertran de Born. Il se distingua à la première croisade. Les historiens célèbrent son intrépidité à l'assaut de Marrah (1098) où il monta le premier. Son nom et ses exploits paraissent être restés longtemps dans la mémoire, car un troubadonr du commencement du xm° siècle, Ugo de Pena, fait allusion à une autre de ses aventures (Cora quem desplague» amors).

1. Paximent ; il s'agit probablement du terrain, sinon pavé, du moins aplani et battu, où était le siège.

2. Un « W. Bernardus Parator » est, en avril 1215 (n. st.), témoin

et maître Garnier [7560] d'aller tendre les trébuchets et de commencer la lutte. Ils furent bien dix mille à tendre les cordes. Dans les frondes ils mirent de grosses belles pierres, et les voilà abattant et mettant en pièces le château Narbonnais et ses grandes portes, les murs, les bretèches, les parapets qui les rejoignent, [7565] et les meurtrières de la tour Ferrande 4. Et ils crient : c Toulouse ! voilà que le feu de la guerre « gagne! et maintenant est venu* l'objet de nos c désirs, le vaillant jeune comte, notre droit seic gneur ! » [7570]. Mais en peu de temps diminua leur joie, car le vent, le tonnerre, l'orage, la tempête; firent tomber pendant trois nuits et trois jours entiers une telle pluie que la Garonne déborda et envahit la grève, [7575] les chemins, les places, les jardins, les vergers, et, jusqu'au milieu . de la ville, pénétra dans les celliers, à ce point que sur l'eau il ne resta pont entier, ni levée, ni moulin3. Au milieu de la Garonne,

à un acte passé à Toulouse (Teulet, Layettes, n° 1117); paraire signifie « appréteur d'étoffes i, voy. Du Gange, parator.

1. Gatel mentionne plusieurs anciennes tours de Toulouse (Mémoires de Vhist. de Languedoc, p. 136), mais non celle-ci qui appartenait sans doute au château Narbonnais.

2. Traduit d'après la correction proposée à la note du y. 7568. Il n'est pas douteux qu'il s'agit bien ici de l'entrée du jeune comte, car la même idée est exprimée et développée au même endroit dans la rédaction en prose.

3. Ni pals ni alabers, v. 7578; pals et alabers désignent, selon M. Ghabaneau, Rev. des langues rom. 2, I. 205 et 361, le premier l'arbre vertical engagé dans la meule courante d'un moulin, le second l'arbre horizontal de la roue motrice. Ges deux pièces importantes ne peuvent avoir été enlevées par les eaux qu'avec le moulin où elles se trouvaient, ce qui m'autorise à mettre c moulin • à la place de deux mots dont la traduction exigerait une

382 CftOISAM COÏITRI LB8 ILBlGROto. [4248]

où est le courant qui descend des montagnes, [7580] il y avait deux tours en état de défense, munies de créneaux et occupées par des hommes de la tfle braves et actifs1; et quand l'eau eut baissé, et que le fleuve fut rentré dans son lit, le puissant comte de Mont fort, dur et superbe, avec sa grande croisade et ses grandes troupes de mainadiers, [7585] occupa la rive, la grève et les prés, et fit entrer dans l'Hôpital * tes vaillants soudoyers, les bonnes compagnies et les arbalétriers, et fit de bonnes clôtures, des fossés dans le sol (?) des murs, des archères dans les étages supérieurs, [7590] où se tient le lioa malfaisant avec son gonfahonier; il y place des munitions et des vivres à muids et à setiers. Il mande par messagers actifs et diligents qu'on fasse venir par l'Agenais les bateaux rapides8; et sur la belle place sablonneuse [7595] il construit les calabres sur lesquels oif place des targes \

longue périphrase*— Alabrum est traduit dans un ancien glossaire par c traoul » (treuil), Du Gange, alabrare. - 1. L'enchaînement des idées est meilleur dans la réd. en pr. qui, après avoir décrit les ravages exercés par l'inondation, poursuit ainsi ; « et au pont de Saint-Cyprien il ne resta que les deux c tours esquelles il y avait bonne garnison de ceux de la ville. • Peut-être manqne-t-il un vers ou deux au texte du poème.

2. Sans doute l'hospice Saint-Joseph de la Grave, sur la rive gauche de la G-aronne, près du fleuve, qui est appelé « Hospitale de Grava » dans un document de 1197 cité par Gatel, Mémoire» de V histoire du Languedoc, p. 150.

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