Ge sont des noms français employés ici par dérision
3. Expression proverbiale qui est fréquente au moyen âge; voyez-en l'explication et des exemples dans Raynouard, Lexique roman, m, 143. Il y a à la Bibl. nat., fr. 2000, fol. 50, un petit traité écrit à Tours en 1493 qui a pour titre : c Le compte des .lxiiij. poîns de l'escequier doublé, par lequel compte on peut savoir combien il faudra de grains de fourment pour iceulx emplir, lequel traictié a translaté de latin en françois .... Robert du Herlin. t
898 CE0IS1DB C0NTHI US ALBIGHOTO. [4248]
€ nous a rendu le chef, le légitime héritier [de la c terre], [7945] le vaillant jeune comte qui apporte c la flamme avec lui ! »
Le comte de Montfort, entendant ces cuisantes paroles, passa l'eau et vint à la grève1; ses barons allèrent le recevoir. Le comte, riant, leur parle : [7950] « Sire comte, » dit Jori, c vous avez maintenant un compagnon qui apporte avec lui sang et glaive, flamme et tempête, et nous aurons à nous défendre au fer et à l'acier. — Jori, » dit le comte, ne m'épouvantez pas : que celui qui ne sait se décider au moment critique, [7955] ne se hasarde pas à prendre l'épervier à la cour du Puy' ! Toulouse et
4. Sur la rive gauche, comme on va le voir par la mention de l'Hôpital.
2. Parce qu'il manquerait de décision, de hardiesse. C'était un usage qui du reste n'est guère attesté, jusqu'ici, que par des romans d'aventures, de proposer, dans les fêtes, un épervier comme prix de la beauté. L'oiseau, posé sur un perchoir, était à la disposition de toute demoiselle à qui son chevalier voulait l'offrir, pourvu que celui-ci fût prêt à soutenir les armes à la main la supériorité de sa belle. Ainsi dans VÉrec de Chrestien de Troyes (v. 559 et suiv.) :
... devant trestoute la gent Iert sor une perche d'argent Uns espreviero molt bien assis, Ou de .v. menés ou de sis, Li mieudres c'on porra savoir.
Qui l'esprevier voudra avoir, Avoir li covendra amie Bêle et sage, sans vilenie :
S'il y a chevalier tant os Qui vuille le pris et le los De la plus belle desrainier, S'amie fera Fesprevier Devant tous a la perche prendre, S'autres ne li ose desfendre.
Iceste costume en maintiennent, Por ce tait chascun an i vienent.
Le môme usage est mentionné dans le Bd inconnm (v. 1568» 1804), dans Durmart U Galoù (v. 2015-36), dans Meraugiê (p. 8-9), et dans Je récit de la quête des règles d'amour, tel qu'il est conté, probablement d'après un poème français perdu, dans le Traité de l'art d'aimer d'André le Chapelain (éd. Detmar Mùller, 1610,
[4218] C10ISABB CORTH1 LB8 ALBIOIOIS. 899
le comte m'auront à tout jamais pour adversaire ; pas de trêve, pas d'accord jusqu'à tant que je Taie , prise ou qu'elle me prenne. Pour ma défense et pour leur tourment, [7960] de cet hôpital je ferai un château complet, avec créneaux, lices et mur bastille, et au dehors une palissade de gros madriers; partout à la ronde un grand fossé trans-
flf. O 5 à P 3 ; ma. Bibl. nat lat. 8758, fol. 98-103). Par suite on disait d'une dame très-belle qu'elle avait enlevé l'épervier : Li beUa Helîenborca enlevet Vetparciet (Féraut, Vie de 8. Honorât, éd. Sardou, p. 29).
Quant à la cour du Puy, dont il est ici question, elle nous est connue principalement par deux témoignages qu'on a souvent rapprochés. L'un est emprunté à la vie du Moine de Montaudon ; il y est dit que ce religieux, ayant obtenu de son abbé (l'abbé d'Aurillac) la permission de mener la vie mondaine, fut fait seigneur de la cour du Puy et conserva ce titre tant que cette cour dura : « e fo fait soigner de la cort del Puoi Sainta Maria, et de dar l'espar- « vier. Lonc temps ac la seignoria de la cort del Puoi, tro que la c cort se perdet. » L'autre témoignage est la soixante-quatrième des Cento noveUe antiche (texte de Péd. de 1525). Dans cette nouvelle, qui, selon la remarque de Diez (Leben «. Verhe d. Troub. p. 532), semble être l'exposé, la raxos, de la chanson Atressi corn Tori/ans, il est dit que qui se sentait riche de biens et de cœur, prenait l'épervier sur le poing et avait, par suite, à faire les frais de la cour tenue cette année. En outre, quatre approvatori étaient institués pour examiner les chansons qui leur étaient soumises, signalant les bonnes, et rendant les autres à leurs auteurs pour être corrigées. La célèbre chanson de Guiraut de Calanson (commencement du xma siècle) sur le c menor ters d'amors » fut, selon Guiraut Riquier, qui Ta longuement commentée, présentée à la cour du Puy (Malin, Werke d. Troub. IV, 199). Le moine de Montaudon c soigner de la cort del Puoi 1, comme tel chargé de décerner l'épervier au plus digne, en cas de concurrence, était probablement aussi l'un des quatre examinateurs. — Bertran de Boni le fils et son frère Itier furent armés chevaliers à une cour tenue au Puy (Gartul. de Dalon, Biblioth. nat. lat. 17120, ancien Gaignières 200, fol. 6 v°).
400 CROI9ÀDB GONTKB LBS ALBIGEOIS. [4218]
c versai, et en deçà, vers l'eau, un beau mur sur un c terre-plein élevé ; [7965] du côté de la Gascogne le c pont avec le débarcadère ; et j'aurai les rives, et des c vivres1. »
Là-dessus viennent par l'eau bourgeois et nautonniers, les cris de guerre, les enseignes*, les sergents, les archers. Ils s'écrient : Toulouse ! et débarquent sur la grève. [7970] Mais les assiégeants, sergents et arbalétriers recommencent la guerre, le péril, l'abattage; sur l'eau les défenseurs des tours se battent toute la nuit et le jour.
Toute la nuit et le jour se battent sans relâche [7975] les assiégeants, le comte et les Français. Ceux de la ville se sont énergiquement défendus. Le comte de Montfort, dur en toutes choses, entre dans l'eau avec une belle troupe, et par habileté et par force les a tellement poussés [7980] qu'il a enlevé l'autre tour et endommagé le pont ; il y plaça son enseigne et le lion orné d'orfrois. Les hommes de la ville les ont vivement attaqués, par eau et par terre, chevaliers et bourgeois ; et le peuple et les sergents ont réussi à grands [7985] efforts à établir un pierrier à la tête du pont, et avec des pierres rondes et des carreaux turcs8, ils les blessent, les écrasent, dru et serré. En
4. Condug et vivier (voy. Du Gange, vivarium) sont ici synonymes, comme au v. 7994 viandas et condutx.
2. n faut entendre les crieurs, ou hérauts, et les porteenseignes.
3. C'est-à-dire lancés avec des arcs turcs, ou turcoiiy comme on
tant de manières ils les ont relancés, qu'à contre-cœur, de force, les Français sont descendus de la tour [7990] et Font abandonnée en y mettant le feu. Les mariniers de la ville, qui sont bons et courtois, courent par toute la rivière, en long et en large, fouillant les rives, occupant le pays, apportant des vivres, des biens de tous genres1. [7995] Aussitôt les hommes delà ville, les Brabançons, les Tiois prennent les épées, les masses, les bons arcs turcs, et passent l'eau au nombre de 163. Ceux de l'ost les regardent, chevaliers et paysans. Alors Joris s'écrie, des tentes où il est : [8000] f Sire € Pierre de Voisins, cela va mal ! les hommes de la « ville se sont levés contre nous ! > Et les voilà courant aux armes et aux chevaux noirs et s'armant des hauberts et des heaumes de Pavie. Ils passent l'eau, accourent en toute hâte, [8005] et sur le gravier com-
disait autrefois ; voy. le vocabulaire, arc, et Viollet Le Duc, Die t. du mobilier, V, 53, note.
1. Cette phrase (w. 7991-4) interrompt la suite des idées. L'auteur vient de dire que les Français avaient abandonné la tour, qui pour eux n'était plus tenable, en y mettant le feu. Ce qui doit suivre naturellement c'est le récit des efforts faits par les défenseurs de Toulouse afin d'occuper cette tour. C'est ainsi que les faits sont présentés dans la réd. en pr., qui ne tient aucun compte des vers 7991-4, et ajoute, p.-ô. d'après un texte plus complet — il y aurait en ce cas une lacune après le v. 7997 — que l'effort des Toulousains avait pour but d'éteindre l'incendie allumé par les Français : < Ceux de la ville, pour recouvrer la dite tour, firent dresser une t pierrière, et tirèrent de telle sorte qu'ils obligèrent ceux qui c l'occupaient à l'abandonner; mais ceux-ci y mirent le feu avant t de partir. Et quand ceux de la ville virent ainsi brûler la tour, c ils s'armèrent au nombre de bien cent cinquante des plus hardis, c se mirent dans des barques et allèrent droit à la tour pour c éteindre le feu » (p. 99). — On pourrait placer les quatre vers qui interrompent le sens après le v. 7976.
menée la lutte1. D'épées, de masses, de fers meurtriers on se frappe aussitôt de part et d'autre ; pierres, dards, flèches, viennent si dru que se brisent les boucles [des écus], les cristaux [des heaumes], les orfrois, [8010] les écus, les selles, les poitraux, les freins. Ceux de la ville les ont tellement attaqués qu'ils les mènent battant, vaincus et maltraités, tombant dans l'eau par deux et par trois ; et là ils abattirent Raoulin le Champenois. [801 5] Qui sait nager nage, qui ne le sait est mort. Chapeaux, dards, lances, gonfanons, freins, dérivent au fil de l'eau, saisis par l'onde. Quand la mêlée se sépara il en resta d'étendus.
Les Français reviennent pleins de dépit. [8020] Et le comte de Montfort les prend durement à partie : € Seigneurs, vous méritez bien qu'on vous donne « chevaux et palefrois. Nous devons tous être dans t la joie, en voyant votre succès sur les Toulousains, c et comme vous les avez vaincus et pris ! Loin de là, c ils sont si preux et courtois [8025] que vous leur c avez laissé des prisonniers9 et des effets d'équipe-
1. L'opération n'est pas expliquée d'une manière très-claire. On voit ici les Français passer l'eau pour aller de la rive gauche où ils étaient sur la rive droite, et on vient de voir les Toulousains en faire autant de leur côté en partant de Toulouse, sur la rive droite, de sorte qu'il parait y avoir eu un chassé-croisé par suite duquel on ne voit pas à quel endroit les deux partis ont pu se rencontrer. Mais si on considère que l'objectif des Toulousains était la tour que les Français venaient d'abandonner, on est amené à croire que la rencontre a dû avoir lieu dans le fleuve même, dont les eaux étaient sans doute très-basses à ce moment.
2. Traduit d'après la correction proposée à la note (v. 8025). M. Chabaneau (Rev. des langue* rom. 2, 1, 362) entend prêt*, ici et v. 8042, au sens d' c argent t.
t ment. » Et le comte passe l'eau1 avec Lambert de Caux*, et parle et délibère dans le château Narbonnais. Là furent présents le cardinal, l'évêque, le comte de Soissons, Àudri le Flamand, [8030] Âmauri de Graon, Âimeri de Blèves3, Gillebert des Roches, Richart de Forez, Bouchart, Alain, Hugues de Laci. Seigneurs, > dit le comte, € vous savez que c'est vérité, le pape m'a livré le Garcassais, [8035] à gouverner et à tenir légitimement, avec garantie de n'en être pas dépossédé. Je l'ai conquis, avec la croix et la foi. Or me voici en telle détresse que si je ne prends la ville avant un mois, [8040] il me vaudrait mieux mourir ou n'être jamais né, car, par sainte Marie, je suis si fort ruiné que je n'ai plus ni argent, ni de quoi donner4, ni honneur, ni rente. Et pourtant, si je lève le siège sans les avoir pris, l'Eglise y perdra et la foi périra. > [8045] Le comte de Soissons lui répond sur-le-champ : « Sire comte de Montfort, s'il plaisait à Jésus-Christ qu'orgueil fût droiture, que péché fût merci, la ville serait à vous, et la richesse et le matériel [qui s'y trouvent]. Mais il ne me parait pas qu'elle doive être bientôt prise, [8050] car le comte Raimon,