Cf
4. Les vases où les habitants portaient des matériau de construction ou des munitions.
5. Probablement les perches qui servaient à porter des paniers.
6. Les ronds ou bourrelets sur lesquels étaient posés les fardeaux qu'on portait sur la tète; voy. Chabaneau, Rev. des h rom. 2, I, 362. L'art, cabessalets du vocab. est à rectifier en ce sens.
que banquettes, poutres et lices sont brisées. Mais le fils de la Vierge les protège, car dans la ville même peu forent atteints.
Le comte de Montfort manda ses chevaliers les plus vaillants du siège et les mieux éprouvés ; [8200] et fit de bons abris avec des fronts garnis de claies, et y mit des compagnies et des chevaliers armés, bien couverts de leurs armes, les heaumes lacés; et ils amènent la chatte sans fracas et vite. Et ceux de la ville sont habiles : [8205] ils tendent et ajustent les trébuchets, et mettent dans la fronde de belles pierres taillées ; ils lâchent les cordes : les cailloux partent à toute vitesse et frappent tellement la chatte sur la face et sur les flancs, sur les portes, sur les courbures, sur les flancs entaillés, [821 0] que de toutes parts en volent les éclats, et que des conducteurs plusieurs sont renversés à terre. Par toute la ville on s'écrie à la fois : Par dieu, dame chatte, traîtresse, vous ne prendrez plus de rats ! > Le comte de Montfort, plein de colère et de dépit, [824 5] s'écrie : c Dieu, pourquoi me haïssez-vous? » Puis il dit aux siens : t Seigneurs chevaliers, voyez quelle maie chance, et comme je suis ensorcelé! l'Eglise, la science des lettrés ne me servent de rien ; Pévèque ni le légat ne me procurent aucun avantage; [8220] ma valeur, ma prouesse, sont vaines ; les armes, l'intelligence, les largesses, tout cela ne m'empêche pas d'être refoulé par le bois ou la pierre. J'espérais avoir assez de bonheur pour prendre la cité à l'aide de cette chatte ; [8225] maintenant je ne sais plus que dire ni que faire. — Sire comte, » dit Foucaut, t tachez de vous retourner d'un autre côté, parce que cette
chatte ne [vous] vaudra pas trois dés. Et je ne trouve pas que vous soyez sage de la pousser comme vous faites : avant qu'elle revienne en arrière je crois bien que vous l'aurez perdue. — [8830] Itoucaut, » dit le comte, c croyez bien ce que je vais vous dire : Par Sainte Marie de qui est né Jésus- Christ, ou j'aurai pris Toulouse avant huit jours, ou j'y mourrai de la mort des martyrs1. — Non, vous n'y mourrez pas, s'il plaît à Dieu , » dit Hugues de Lévi*.
[89135] Cependant à Toulouse le conseil a été formé parmi les personnes notables de la ville ; il s'y trouve des chevaliers et des bourgeois entendus et discrets ; et chacun se disait : c H est désormais bien temps que c la terre»soit à eux ou à nous. > [8240] Mais entre les assistants parle et discourt maître Bernart3, car il est beau parleur. Il est natif de Toulouse et homme savant : t Seigneurs francs chevaliers, » dit-il, € écouc tez-moi, je vous prie. Je suis membre du chapitre, et c notre consulat [8245] est la nuit et le jour attentif et € disposé à exécuter vos ordres. Et puisque croissent c et fleurissent l'amour et la concorde , puisque vous c défendez et nous et vous-mêmes et le comte et Parage, c je veux vous dire, afin que vous y appliquiez [8250] € votre esprit, où tendent mes paroles. Acre fut
1 Cf. pins haut, p. 367 n. 5.
2. Personnage qui a déjà paru au v. 6062 en compagnie de Gui de Lévi, le maréchal de la foi.
3. Gf. ci-dessus la note de la p. 346. Le discours de ce citoyen de Toulouse est principalement adressé aux chevaliers du dehors qui avaient apporté leur concours au comte de Toulouse; voy. surtout vv. 8315 et suiv., et 8342-4.
assiégée de toutes parts, et nos chrétiens la tenaient bloquée. Au bout de peu de temps le vin et le blé manquèrent aux assiégés. Et le roi Satadin, qui était foft tenace, [8255] bloquait par dehors les barons du siège. Ce fut le plaisir du saint Roi en qui s'accomplit la Trinité que le roi de France, le premier des princes couronnés1, apporta des vivres pour rétablir l'abondance et arriva heureusement au siège d'Acre. [8260] Par toutes les tentes l'allégresse est telle qu'on y allume force chandelles et cierges ; et sur mer et sur terre la clarté est si grande que Saladin demande à ses interprètes pourquoi l'ost des chrétiens est dans l'allégresse. [8265] Et ils lui répondirent : Sire roi, en vérité, c'est parce que le puissant roi de France est entré au siège. Làdessus Saladin a gagné de vive force tant de terrain qu'il s'est logé à moins de trois lieues* des chrétiens. Peu de temps après, nouveau bonheur, [8270] lorsque le roi d'Angleterre, plein d'allégresse, arriva heureusement au siège d'Acre ; et par tout le camp la joie redouble. Alors le roi Saladin s'est tellement approché qu'il s'est établi à un trait d'arbalète, [8275] à ce point que les sentinelles3 en-
1. On sait que c'était une idée généralement admise an moyenâge que le roi de France était le plus grand, le plus noble des rois de la chrétienté; voy. les textes rassemblés par Du Gange dans sa dissertation xxvn sur Joinville : De la prééminence des rois de France au dessus des autres rais de la terre.
2. c Un tiers de lieue i, Fauriel, traduction qui convient mieux au sens général, mais à laquelle le texte se prête difficilement.
3. S'agit-il des sentinelles sarrazines ou des chrétiennes? le texte ne le dit pas.
tendent parler et causer. Â l'aube du jour, les barons de France, d'Angleterre et des autres pays étant rassemblés, chacun fut bien étonné en voyant le roi Saladin si voisin. [8280] Cependant un archevêque, savant et lettré, montre par des textes et des arguments théologiques. . . . * Robert de Salventine1, un chevalier prisé, oyant tous les barons, s'écria à haute voix : Beau sire archevêque, changez de discours, [8285] et prions Jésus-Christ de nous garder, s'il lui plaît, qu'il nous arrive un autre roi ou un autre puissant personnage, car s'il nous vient encore un* roi , sachez en vérité que le roi mécréant viendra loger chez nous avec toutes ses troupes et les émirs. [8290] Seigneurs, faites attention à cette repartie : le siège d'Acre est comparable à notre situation : plus nous recevons de renforts, et plus nos ennemis nous pressent : lorsque le comte mon seigneur, le seigneur Rogier Bernart, le comte de Gomminges et monseigneur Dalmatz [8295] étaient avec nous dans cette ville, le puissant comte de Montfort, qui est outrecuidant, restait dans son camp, tellement enfermé que si nous le laissions tranquille, il nous laissait en paix. Mais quand est arrivé monseigneur Bernart de Gasnac', [8300] avec sens et largesse et bonne compagnie, le comte de Montiort s'est avancé au point de faire contre nous tant d'abris que nuit et jour il nous tient occupés. Et quand est venu le jeune