Guillem Bernart d'Arnave, p. 445 n
foies, entrailles, [9200] sang, chair, sont étendus partout. Ily a tant de Français morts que le champ de bataille en est jonché et la rivière rougie. Le vicomte de Lautrec s'est échappé vivant, Foucaut, Jean, Tibaut sont mis à part, [9205] retenus prisonniers, la vie sauve, tandis que les autres restent morts sur le champ. La sainte Trinité fît là ce miracle que du côté du comte il n'y eut personne de tué, sinon un écuyer qui s'était porté en avant.
[9210] La bataille est gagnée, l'ennemi taillé en pièces, et le comte s'en retourna, plein de joie, le même jour. Là Ait pendu Peire GuiJlem de Seguret1. Quand les nouvelles portées par un rapide
1. Voici en quels termes le combat de Baziége est conté par Guill. de Puylaurens, ch. xxxi (Bouq. XIX, 213 d b) : t Contigit « autem in ipsa hyeme ut Folcaudus et Joannes de Bregio, fra- « très, viri strenui et bellicosi, et plures alii, ab exercitu exeuntes c in praedam in fiaibus Tolosœ, cum omni aadacia cucurrerunt, € et prœdam ovium collegernnt : quos filins comitis [Raymundi], f qui Tolosœ erat, cnrrens post eos, juxta Vadegiam invenit canec tantes; qui, si praedam dimisissent, abiisse poterant sine damno; c sed congressum campestrem qui exquisierunt invenerunt. In c principio namque commissionis vallati, qui erant ferri pondère c onerati, a percussoribus et balistariis in equis liberis, multa « passi sunt ab eis, donec succédèrent qui majori fprtitudine « sequebantur, et majores primores Gallici corruerunt, et, pluri- • bus cœsis, in equis velocibus fugœ presidio evaserunt. Et domi- « nus Sicardus de Monte- Alto *, relevatus de campo ab amicis c quos ibi habebat, ab bostibus est eductus. Fuere autem retenti « et servatl ad vitam Folcaudus et Joannes frater, et alii quidam, c pro captis qui tenebantur recuperandis, aut forsitan capiendis, c traditusque est Joannes tenendus aput Aniortum pro Bernardo c Otbonis, qui eo tempore captas erat; Folcaudus yero in Castro c Narbon» carceri mancipatur. Soluta autem obsidione a Castro-
* Voy. p. 392 n. 2.
messager arrivèrent au comte Àmauri, [924 5] croyez bien qu'il n'eut pas envie de rire. H était au siège de Marmande.
ccxn.
Au siège de Marmande est venu un messager, annonçant que le jeune comte avait vaincu les Français, que Foucaut, Jean, Tibaut étaient prisonniers, [9220] que les autres avaient péri. Le comte Amauri en fut très-irrité et poussa l'attaque avec d'autant plus d'énergie par eau et par terre. Les hommes de la ville se sont bien défendus, et au dehors, sur la place, il y eut bataille1. [9225] Des deux parts on échangea tant de coups d'épées, de lances, de lames tranchantes, que beaucoup, assiégés et assiégeants, et aussi beaucoup de chevaux, restèrent sur la place. Leur ténacité a été telle [9230] qu'ils se sont battus la nuit comme le jour. Mais bientôt leur survient un malheur qui consommera leur perte : c'est que l'évèque
f novo, cornes Amalricus recessit verao tempore, affectas tadio f magno et expensis. »
On voit par cette dernière phrase que, selon Gnill. de Puylaurens, ce combat aurait en lieu, non pendant le siège de Marmande, mais pendant celui de Gastelnaudari, dont le poème ne dit mot, encore qu'il s'y soit produit un événement important, la mort de Gui, comte de Bigorre, le second fils de Simon de Montfort (cf. p. 290 n. 2), tué dans une attaque (G. de Puylaurens, ch. xxxi).
1. La rédaction en prose, dans un passage dont l'équivalent ne se retrouve pas dans le poëme, probablement par suite d'une omission, mentionne à ce propos le nom du capitaine qui commandait dans Marmande, un certain Guiraut de Samatan (Gers, arr. de Lombez); voy. au 1. 1 la note du v. 9222.
de Saintes l qui amène la croisade, et Guillaume des Roches, le sénéchal redouté1, [9235] ayant à leur suite des compagnies, des troupeaux (?) , des convois, ont tendu leurs pavillons et leurs tentes partout à la ronde sur le chemin battu, tandis que la flottille occupe le fleuve. Bientôt après vint le moment [9240] où leur courage et leur audace causèrent leur perte : le roi de France8 s'est montré à eux, ayant à sa suite vingt-cinq mille écus, tous splendides chevaliers montés sur les chevaux crenus. Dix mille étaient revêtus, eux et leurs montures, [9245] de fer et d'acier étincelant. Quant aux gens de pied, on n'en saurait faire le compte4. Ils mènent les charrettes, les har-
1. Sans doute Pons, sur lequel on est à peu près sans renseignement (voy. GaU. ehr. H, 1073), et dont la participation à la croisade n'est connue jusqu'ici par aucun autre document.
2. Sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine, + 1222. L'histoire de cet important personnage a été exposée avec détail jusqu'à l'année 1204 par M. G. Dubois, dans une thèse présentée à l'École des chartes en 1867 et dont la plus grande partie a été im* primée dans la Bibliothèque de VÊcole des chartes, XXX, 377, XXXn, 88, XXXUI, 502. Ce n'était pas la première fois qu'il prenait part à la croisade : selon le témoignage de P. de V.-C, ch. ziv, il était au nombre des croisés de 1209.