Il y a ici une lacune; voir au 1. 1 note sur le v
autre la valeur d'un bouton1. Les uns vont à Toulouse, les autres en Aragon, et le reste en Espagne, qui au nord, qui au sud. En la cité entrent les croisés librement, et occupait la salle, les tours et le donjon. [760] Ils mettent en un monceau tout le butin le plus précieux. Quant aux chevaux et aux mulets, dont il y a grande abondance, ils les ont distribués comme il leur a paru bon. Les crieurs vont par l'ost, criant : c Au pardon ! car l'abbé de Glteaux vous veut faire un c sermon. » [765] Alors ils y courent tous et forment le cercle. L'abbé est monté sur un perron de marbre * : € Seigneurs, » leur dit-il, € entendez mes € paroles. Vous voyez quels miracles fait pour vous le c roi du ciel, car rien ne peut vous résister. [770] Je € vous commande à tous de la part de Dieu de ne rien c retenir, ne fûtroe que la valeur d'un charbon, des c biens de la ville, ou sinon nous vous mettrions sur le
1. c Ad oonsilium igitar baronum tractatum est de pace in f hune modum : ordinatam est qnod omnes egrederentur nudi, f et ita évadèrent; vicecomes autem in custodia teneretur, bona f omnia remanerent illi qui futurus erat dominus dictœ terrœ. » P. de V.-C., en. xvi (Dn Chesne, xvn), Bouquet, p. 21 d. Il n'est nullement question dans P. de V.-G. de l'intervention du f riche homme » de l'ost, parent du vicomte de Béziers, dont G. de Tud. nous fait connaître le rôle important aux vers 704 et suiv. Le motif pour lequel Garcassonne n'éprouva pas le sort de Béziers fut simplement que c si facerent hic sicut in Biterrensi factum fuerat c civitate, destrueretur civitas, et omnia bona quœ in ipsa erant « consumerentur, et ita ille qui prœficiendus erat terrœ illi non c haberet unde viveret, nec posset milites et servientes tenere ad f terram custodiendam. » P. de V.-G. 1. 1.
2. Ces perrons de marbre, dont il est si souvent question dans les chansons de geste, étaient sans doute des débris de ruines antiques qui devaient être plus abondantes que maintenant, surtout dans le midi.
c champ en excommunication et en malédiction . Nous « allons donner ces biens à un riche baron [775] qui c maintiendra le pays à la satisfaction de Dieu, de c façon que les hérétiques félons ne le recouvrent plus c jamais. > Finalement, ils consentirent à tout ce que l'abbé leur dit.
Garcassonne fu prise de la manière que vous avez ouï ; [780] de toute la terre on s'enfuit partout ; l'ost a mis garnison à Montréal et à Fanjaux. Il n'y resta, du pays, homme grand ni petit. Pierre l'Âragonais, un hardi chef d'aventuriers, en eut maint denier pour sa part, à ce que l'on dit1. [785] Quant à l'abbé de Giteaux, ne croyez pas qu'il s'endorme : il leur chanta la messe du Saint-Esprit, et leur prêcha comment Jésus-Christ nacquit ; puis il dit que dans le pays que les croisés ont conquis il veut qu'on élise maintenant un bon seigneur. [790] Il a fait cette proposition au comte de Nevers, mais celui-ci n'y voulut rester ni demeurer à aucun prix, non plus que le comte de Saint-Pol*, qu'ils ont ensuite choisi. Ils disent chacun
" 1. Un c Petrus Aragonensis • figure entre les témoins d'un acte de Simon de Montfort du 20 juillet 1210 <Doat, LXII, 35; Molinier, Catalogue, n° 40). — Voici ce que P. de V.-C. rapporte au sujet de la môme affaire : c In crastino consuluit dux comiti c ut iret ad castrum quoddam quod dicitur Fanum Jovis ; casc trum siquidem illud, a militibus et hominibus suis timoré c nostrorum derelictum, intraverant quidam milites Aragonenses « qui erant cum comité nostro et munierant. » P. de V.-C. ch. xzi, Bouquet, p. 24 c.