‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 30 sur 303 · P. de V.-C. ch. xvn; Bouquet, p. 22. Selon cet historien · texte numérisé non relu

P. de V.-C. ch. xvn; Bouquet, p. 22. Selon cet historien

[4209] ClOISADE CONTEE LB8 ALBIGEOIS. 44

qu'ils ont assez de terre, s'ils vivent assez longtemps, dans le royaume de France où leurs pères nacquirent, [795] c'est pourquoi ils n'ont cure de la dépouille d' autrui. Il n'y a personne qui ne croie se déshonorer en acceptant cette terre.

Là, en ce conseil et à ce parlement, il y eut un riche baron qui fut preux et vaillant, [800] hardi et belliqueux, sage et expérimenté, bon chevalier et large, preux et avenant, doux et franc, affable, et d'un bon esprit. 11 avait résidé longtemps outre mer; à Zara

contre les1 et partout également. [805] Il fut sire

de Montfort, de la terre qui en dépend, et fut comte de Winchestre', si la geste ne ment. C'est lui que tous

la seconde personne à qui on offrit la terre aurait été le duc de Bourgogne, et le comte de 8aint-Pol n'est pas mentionné par lui.

1. Lacune, voy. la note du v. 804. Simon de Montfort assista en 1202 au siège de Zara entrepris par les croisés pour le compte des Vénitiens. Selon Villehardouin, qui l'en blâme, il fit sa paix avec le roi de Hongrie, à qui on venait de reprendre Zara, et se rendit en Terre-Sainte (Villehardouin, éd. de Wailly, 1872, § 109; cf. l'un des continuateurs de Guill. de Tyr, Historiens occidentaux des Croisades, II, 255), où il resta jusqu'en 1205 ou 1206 (on a de lui un acte daté d'Anet, 1206, Molinier, Catalogue, n° 15). Sa conduite à Zara est au contraire présentée, comme on devait s'y attendre, sous le jour le plus favorable par P. de V.-C., ch. xix. — Zara est en latin Jadera, puis Jatera, Jacera, en anc. fr. Jadres. Il y a en Palestine Gaza, puis, au sud du lac de Tibériade, Gadara (Guill. de Tyr, 1. XVI, ch. xiii ; cf. Neubauer, Géogr. du Talmnd, p. 243-5), mais ces villes n'apparaissent nulle part dans l'histoire en relation avec le nom de Simon de Montfort.

2. Guinsestre ici et v. 3718; mais c'est une erreur : Simon était comte de Leicester ; voy. Pauli, Simon von Montfort Grafvon Leicester (Tûbingen, 1867), p. 21.

prient d'un commun accord de prendre toute la vicomte, et les autres terres de la gent mécréante. [84 0] c Sire, » dit l'abbé, c pour Dieu le tout puissant, c recevez la terre dont on vous fait présent ; car Dieu c et le pape vous la garantiront, et nous après eux, c et tous les autres; et nous vous aiderons toute c votre vie. — [81 5] Ainsi ferai-je, * dit le comte, « à cette condition que les princes ici présents me c feront serment, qu'en cas de besoin , pour ma défense, c ils viendront tous me secourir à mon appel. — c Nous vous l'accordons, » disent tous, « loyalement. » [820] Sur ce, sans plus tarder, il reçut résolument la terre et le pays.

Quand le comte de Montfort Ait installé dans la terre, qu'on lui eut donné Garcassonne et tout le pays, il fut très-embarrassé et tout pensif, [825] car peu de ses amis consentent à rester avec lui. Le plus grand nombre veut retourner vers Paris. Les montagnes sont sauvages et les passages étroits, et ils ne veulent pas être occis dans le pays. Pourtant il en resta je ne sais si ce fut neuf ou dix [830] des plus hauts barons et des plus puissants. Avec lui resta Simon surnommé de Saissi1,

1. On ne trouve la trace d'aucun Simon de Saissi dans les documents du temps. Il y a donc lieu de croire que la leçon est corrompue. On pourrait proposer avec vraisemblance t 8imon de Poissi » qui est témoin en sept. 1201 à un acte passé entre Simon de Montfort et l'abbé de S. Antonin près Pamiers (Vaissète, III, pr. 217; n° 30 du Catalogue de M. Molinier), sans doute le même qui est appelé c Symon de Passi » dans un acte du 24 novembre 1209 (Vaissète, III, pr. 218; Molinier, n" 35 et 36). Il y a eu plusieurs Simon de Poissi . De celui qui était à la croisade

le normand Robert de Pequi1, ce m'est avis, Guillaume de Contre', qui toujours s'efforce de monter en prix , par la foi que je dois à Saint - Denis , [835] Gui le maréchal 8, qui est preux et intré-

on a des actes depuis 1201 (voy. Deiisle, Catal. des actes de Ph. Amç., n« 660, 1008, 1404-5, 2191), jusqu'en juillet 1235 au moins, époque où « 8ymon de Pissiaco pater » confirme une donation faite au Parc aux Dames (dioc. de Senlis), dont l'original est en ma possession.. Le sceau de ce chevalier (ou de son fils?) est indiqué dans Douët-d'Arcq, Collection de sceaux, n° 3258. — Deux autres croisés ont porté le même surnom : Guillaume de Poissi, mentionné par P. de V.-C, ch. xxvi (Bouquet, p. 26 d), et Robert de Poissi, témoin à plusieurs actes du sire de Montfort; voy. Douët-d'Arcq, ouvr. cité, n«* 3251 et 3255-6.

1. G. deTud. a probablement commis ici une double erreur. Ce Robert doit être le Robert de Pequemi (Piquigny) qui figure à différentes reprises dans la seconde partie du poème (v. 6912, 7211, 7775). La famille de Piquigny était picarde et non normande. Plusieurs de ses membres, et notamment un Robert qui peut avoir été le père du nôtre, ont vécu en Terre-Sainte; voy. Du Gange, Familles à" outre-mer, édit. Rey, p. 584-7.

2. Ce personnage dont l'éloge revient fréquemment sous la plume de G. de Tud. (voy. v. 849-55, 1110-1, etc.) n'est d'ailleurs connu que par un passage de P. de V.-C. qui sera rapporté à propos du v. 2616. Il y est nommé GuxUelmus de Contris; et en effet, bien que la leçon oV Encontre du ms. ne puisse guère passer pour une faute de copie, puisqu'elle est confirmée par la réd. en prose, la vraie forme est de Contre. Contre est le nom d'un château et d'un hameau de la commune d'Urzy, arr. de Nevers (cf. v. 1113). Un Guillaume de Contres, de qui on connaît des actes de 1247 et 1248 (Marolles, Invent, des titres de Nevers, p. p. M. de Soultrait, col. 180, 490, 516) était ou le croisé ou quelqu'un des siens.

3. Le même qui en plusieurs passages de la seconde partie est appelé Gui de Lévi (v. 4041, 5524, 6062, 6948), où il figure aussi, du reste avec la qualification de c manescals • (v. 6405, 6270, 7213). C'était l'un des vassaux de Simon de Montfort. Il tirait son surnom du lieu actuellement appelé Lévi de Saint-Nom, arr. de Rambouillet, c. de Chevreuse. On possède de lui plusieurs chartes dans le Gartulaire de N.-D. de la Roche et dans celui de N.-D. des Vaux de Cernay, voy. À. Moutié, Chevreuse, dans les

pide, Robert de Forsoville1 et Lambert de Oreci*, Rainier de Chauderon3 et Raoul d'Agi4, et Pons de Beaumont et Jean son cousin5, et grande masse d'autres,

Mémoires de la Soc. archéol. de Rambouillet, II, 199, 390, 578. Quant à son titre de maréchal, voici ce qu'en dit Du Gange (éd. Didot, m, 289 b) : c Marescallus fidei dictus Guido de Levis, c marescallus exercitus cruce signatorum contra Albigenses.... f sed idem in charta quam ipsemet exaravit anno 1229 .... sic c inscribitur : Guido de Leviis marescallus D. régis Fronde Must tris in partions Albigensium. i

1. Peut-être le même que le Robert de f Froevile i ou c Forenvile i (Flonville, Eure-et-Loir?) qui est mentionné par Viilehardouin entre les seigneurs qui firent partie de la quatrième croisade (éd. de Wailly, § 6). — D'autre part il y a dans la Somme deux Forceville, arr. d'Amiens et arr. de Douliens.

2. Après que Lambert de Gréci (de qui j'ignore l'origine) eut reçu de 8imon de Montfort la ville de Limoux (ci-après v. 857), il prit le nom de Lambert de Limoux, sous lequel il parait à diverses reprises dans la seconde partie du poème (c'est donc à tort que la table de Fauriel fait deux personnages de Lambert de Grécy et de Lambert de Limoux). Il figure, avec le même surnom , comme témoin dans plusieurs actes de Simon de Montfort ; et encore en 1229 c Lambertus de Limoso t appose son sceau à l'acte par lequel Rogier Bernait, comte de Foix, se soumet à l'Église (Teulet, Layettes, n° 2004).

3. Est-ce Chaudron (Maine-et-Loire), arr. Gholet, c. Montrevault, formes anciennes Caudrun, Chaîderun (Port, Diction, hist. de Maine-et-Loire)? ou l'un des lieux du même nom qui appartiennent aux départements de l'Aisne, du Doubs ou de l'Yonne? Ce personnage, qui sera mentionné à diverses reprises dans la suite du récit, est sans doute le R. de Chauderone qui en 1217 eut un procès avec l'abbé de Boulbonne (Doat LX XXIII, 358 ; Molinier, Catalogue, n° 142 bis).

4. Aci (Aisne), arr. de Boissons, cant. de Braines? Un Raoul d'Aci, p.-é. le fils ou le petit-fils de celui-ci, était en Terre- Sainte en 1254 ; voy. Du Gange, Familles d'outre-mer, p. 437.

5. Il ne peut être question de Jean de Beaumont, comte de Glermont-sur-Oise de 1209 à 1223, dont le titre eût été mentionné, et à qui d'ailleurs on ne connaît pas de cousin Pons. S'agit-il de Jean de Beaumont qui fut sous saint Louis chambrier et connétable ?

dont je n'ai pas appris les noms, [840] et le vicomte de Saintonge1 et Rogier <f Andelis*, et Rogier de 1'lssart', et Hugues de Laci4. Si j'eusse été avec eux, et les eusse connus et vus, et eusse parcouru avec eux les pays qu'ils ont conquis, plus riche en serait le livre, je vous en jure ma foi, [845] et meilleure la chanson.

< Quand le comte de Montfort, qu'on appelle Simon,

se fut établi à Garcassonne, il appela ses compagnons :

Guillaume de Contre, que Dieu bénisse ! il l'envoie en

Biterrois, car il n'y avait prudhomme [850] qui mieux

sût garder ni château, ni donjon, ni riche cité, ni ses

alentours. Certes, si le Portugal et le royaume de Léon

étaient en sa garde et en son obéissance, ils seraient

gouvernés, si Jésus-Christ me vient en aide, [855]

mieux qu'ils le sont par ces fous et ces insensés qui

1. El vescomt Centonges. Gomme on ne connaît aucun vicomte de Saintonge, il faut supposer que le texte est altéré. Je présume que la leçon originale était E lo vescoms de Donges , personnage qui parait au y. 1972 ; voy. à cet endroit la note de la traduction.

2. Probablement le chevalier de ce nom, que Jean sans Terre nomma châtelain de Lavardin (Duffus Hardy, Rotuli chartarum, 103 b)> et de qui nous avons une on deux chansons ; voy. Bût. lit ter. XX£Q, 754.

3. 8ans doute les Essarts, arr. d'Évreux, cant. de Oamville. En 1203 R. des Essarts reçut de Ph. Aug. la confirmation de certains biens (Delisle, Cotai, des actes de Ph. Aug., n° 766).

4. Personnage assez fréquemment cité dans Tune et l'autre partie du poème, et qu'il parait difficile d'identifier avec l'anglais on normand t Hugo de Lasci 1 qui vivait au même temps (voy. les Rotuli lit ter arum patentium et les Rotuli litterarum chzusarum, aux tables). En juin 1214 c Hugo de Lascin(?), dominus Gastrinovi et Lauriacensis (2. Lauriaci?) » fit une donation à l'abbaye de Prouille (Doat, XCVHI, 53; Molinier, Catalogue, n' 84).

sont rois du pays et que je n'estime un bouton1. U envoya Lambert de Grécy à Limous , et des autres barons qui au nord, qui au sud, pour garder la terre là où il lui parut bon. [860] Et le comte de Montfort qui a cœur de lion demeura à Garcassonne, gardant en

sa prison9 Et le vicomte mourut après de la dya-

senterie ; et les mauvais vauriens et la canaille, qui ne savent rien de l'affaire, ni ce qui est ni ce qui n'est pas, [865] disent qu'on le tua de nuit en trahison8. Et le comte n'eût pas souffert, par Jésus-Christ du ciel !

1. Le roi de Portugal était alors Sanche Ier (1185-1211), et celai de Léon Alphonse IX (1188-1214). Ge dernier, au moins, n'a pas toujours été apprécié aussi sévèrement par les troubadours contemporains; voy. Mila y Fontanals, Trovadores en Espana, p. 153.

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