Sous les yeux de leurs conducteurs
2. Les heaumes de Pavie (cf. 5015) font, comme on sait, les plus fréquentes apparitions dans nos chansons de geste, comme aussi les destriers de Hongrie dont il est question à la ligne suivante, voy. par ex. Gartn, éd. P. Paris, I, 95.
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66 éftOlSADB CONTRE LES ALBI6BOI8. [4240]
hommes de Mir : si grand coup il lui donna en la targe ornée de fleurons que le haubert ne lui valut une pomme pourrie : en l'eau il l'abat, sous les yeux des barons. [1225] Puis ensuite il férit un glouton qui s'enfuyait, [il le férit] de côté, en passant, avec l'épée fourbie ; puis il en férit un autre à cette même attaque. Grépin de Rochefort ni Simon ne s'oublient : celui qu'ils peuvent atteindre n'a plus besoin d'aide !. [1 230] C'est ainsi qu'ils les menèrent battant un bon bout de chemin, tellement que P. Rogier en fit marrie figure, et tous ses compagnons, quand ce vint à la fin ; de ce qu'il leur en est ainsi advenu, il n'en est pas un qui ne le maudisse : déconfits ils s'en retournent avec perte ce jour là. [1 235] Guillaume de Contre a rallié son monde ; il entre dans la cité en laquelle il tient garnison. Des pierrières qu'ils ont sauvées ils ont grande joie, et aussi toute la troupe qui s'est réjouie de cette victoire.
[1240] Quand le comte de Montfort qu'on appelle Simon eut mis le siège à Termes, tout à l'entour, et ouï les nouvelles, sachez qu'il fut satisfait de Guillaume de Contre et de ses compagnons2, de ce qu'ils avaient préservé de la destruction les engins, [1245] et plus encore de ce qu'ils avaient vaincu ce baron qui a nom
1 . Je traduis selon la correction proposée en note : c n'avoir besoin c d'aïe > est une locution fréquente dans la poésie française : Rolant 1619; Renaut de Montauban, éd. Michelant, 42/4, 98/3, etc.
2. Dans le texte c son compagnon i, au sing., sans doute à cause de la rime. A la rigueur cela pourrait s'entendre de Grépin de Rochefort, qui paraît avoir été le principal des compagnons de G. de Contre, voy. 1144 et 1228.
P. Rogier, que Dieu maudisse ! car je crois que si on lui eût donné tout l'or de Mâcon il n'en aurait pas été si joyeux qu'il le fut de la nouvelle qu'on lui a contée de la grande victoire [1250] remportée par Guillaume de Contre. Dieu ! et comme la lui conte bien un gentil damoisel que Guillaume de Contre y envoya en hâte pour conduire les pierrières et les engins qui étaient avec ' ! Et sans mentir il le fit très-bien, [1 255] jusqu'au siège de Termes où il y avait force barons, force riches draps de soie et force riches pavillons, force jupons de soie, force riches ciclatons, force hauberts maillés, force bons gonfanons, et force lances de frêne, enseignes et penons, [1260] et force bons chevaliers, et force bons damoiseaux Allemands et Bavarois et Saxons et Frisons, Manceaux et Angevins et Normands et Bretons, Longobards et Lombards *, Pro-
1. Ces détails, qui semblent indiquer un témoin oculaire, manquent dans P. de V.-C. qui nous apprend que l'escorte des machines de siège était formée par les Bretons nouvellement arrivés (voy. p. 62, note).
2. Longobart e Lombart, deux formes d'un même mot, qui, isolément, ont pu être employées sans distinction pour désigner soit les Italiens, en général (voy. p. 56, note 3), soit les habitants de la Lombardie. Mais, opposées comme ici, elles ont assurément chacune son sens propre. Fauriel traduit : c Longobards et Italiens », prenant c Longobard » en son sens primitif: c Ce nom, » dit-il au glossaire, au mot Logombart, « désigne ici les envahisseurs gerc maniques de l'Italie généralement connus sous ce nom, et non f vaguement les Italiens auxquels on avait approprié la dénomic nation de Lombard». » Cette interprétation n'est pas soutenablé, puisqu'au xm* siècle les anciens Longobards étaient, depuis longtemps, devenus romans. Dans ses notes sur Orderic Vital (III, 482), M. Le Prévost émet, sans la justifier, une opinion très-différente, à savoir que par Lombards Orderic entend f les habitants de l'Italie t septentrionale, et par Longobard» ceux de l'Italie méridionale
vençaux et Gascons. Le seigneur archevêque de Bordeaux y fut, [1265] [ainsi qu']Amanieu de Lebret1 et ceux du côté de Langon. Là font leur quarantaine tous ceux qui y sont, [en telle manière] que quand les uns viennent les autres s'en vont*, mais Rai-
c où les Lombards avaient fondé des établissements qui dorèrent « jusqu'à la domination normande. » Tel paraît être en effet le sens précis de ces deux termes , du xi8 siècle au xnr5 environ. On voit, dans divers textes latins une partie de l'Italie méridionale désignée sous le nom de Longobardia, par ex. dans les annales de Bari (Pertz, Mon. VII, 52 a) ; et dans le poème d'Ambroise sur la troisième croisade les Longebart (éd. Monod et Paris, v. 602, 607, etc.) désignent les Italiens de la 8icile. Si je ne me trompe, c'est dans le plus ancien récit de la première croisade, chez Fauteur anonyme des Ge$ia Francorum, que se trouvent pour la première fois associés les Lombardi et les Longobardi (Historiens occidentaux des croisades, III, 121-2), d'où ces noms ainsi groupés sont passés dans les récits dérivés (/6id., III, 11, 174; IV, 18 c p). Môme association dans une pièce du troubadour Peire Cardinal, où on voit de plus que les habitants de la Pouille étaient distincts des Lombards et des Longobards :
Per folz tenc Polhes e Lombarix E Longobartx et Alamans Si volon Frances ni Picartz A senhors ni a drogomans.
(Parn. occit. p. 310.)
1 . Amanieu V, qui reparait plus loin, v. 8950, sur lequel voy. la notice de M. Luchaire sur les origines de la maison d'Albret, dans le Bulletin de la Société des Sciences, etc., de Pau, 2° série, II, 33-4. Le pape Honorius lui écrivit en janvier 1218, en même temps qu'à plusieurs autres personnages (Bouquet, XIX, 649) pour l'encourager à continuer son appui à Simon de Montfort. Ce seigneur mourut non pas vers 1252, comme le pense M. Luchaire, mais plutôt vers 1240, selon M. A. Molinier, Revue critique 1873, art. 142.
2. Gommé l'objet de la plupart des croisés était, non de conserver à l'armée du sire de Montfort un effectif qui lui permît de tenir sans interruption la campagne, mais de gagner les indul-
mon1 de Termes ne les prise un bouton, car je ne pense pas qu'on ait jamais vu plus fort château. [1270] Là ils passèrent Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, et la moitié de l'hiver, comme dit la chanson. Onques nul homme ne vit aussi solide garnison qu'il y eut en ce château, là-bas vers Aragon et vers Catalogne, qui fut en Roussillon. [1275] Il y eut mainte joute faite, maint arçon brisé, et maint chevalier tué ainsi que maint fort Brabançon *; mainte enseigne y fut perdue et maint riche gonfanon qu'ils montèrent par force làhaut dans le donjon malgré ceux de l'ost, qu'ils le voulussent ou non. [1280] Mangonneaux ni pierrières ne leur font pas pour un bouton de dommage ; ils ont abondance de vivres , de la viande fraîche et du bacon, du vin et de l'eau pour boire, et du pain à foison. Si Dieu ne leur envoie quelque plaie, comme il fit après leur donnant la dyssenterie, [1285] ils ne pourraient être pris.
gences attachées à une participation de quarante jours à la croisade, on comprend que Simon de Montfort dut se trouver plus d'une fois à la tête de troupes très-réduites. On Ta vu précédemment (v. 932-4), et le même fait se reproduisit d'une façon inquiétante au siège de Termes; voy. P. de V.-C, Bouquet, XIX, 37 s et 39 a (ch. xli et xlii).
4. Roger, selon Fauriel (traduction du v. 1303, et table), sans aucune raison, car ce personnage est appelé Raimundus par P. de V.-C, ch. zl-zlii, passim, et le ms. de la chanson n'y contredit pas, ne donnant (v. 1266 et 1303) que l'initiale de son nom.
2. Ces Brabançons (Braiman, Braimanso) reparaissent à diverses reprises dans le poëme, comme les auxiliaires du comte de Toulouse et de son parti. Deux fois (v. 7995 et 8963) ils sont mentionnés avec les Allemands (Tie$). C'étaient des troupes mercenaires qui avaient une détestable réputation. Voy. Du Gange, Brdbanciones.
Seigneurs, voulez-vous ouïr comment Termes fut pris et comment Jésus Christ y manifesta sa grande puissance? L'ost demeura à l'entour jusqu'à neuf mois; Alors l'eau leur1 a manqué, ayant tari. [1290] Us avaient assez de vin pour deux mois ou trois, mais je ne crois pas que personne puisse vivre sans eau. Puis il tomba une grande pluie, Dieu et Foi me viennent en aide! il y eut un grand déluge dont mal leur advint : en tonnes et en vaisseaux ils recueillirent beaucoup d'eau [1295] dont ils se servirent pour pétrir et mettre dans leurs mets*. Telle dyssenterie les prit que nul ne savait où il en était. Ils prirent conseil entre eux de s'enfuir chacun plutôt que de mourir de la sorte sans confession3. Ils mirent dans le donjon les dames de la ville ; [1 300] quand vint la nuit obscure, sans que l'on en sût rien, ils sortirent sans nul bagage ; car je ne crois pas que personne ait rien emporté, sinon de l'argent. Alors Aaimon de Termes dit qu'on l'attendît, qu'il allait retourner dans la ville et qu'on l'attendît4. [1 305] A ce retour les Français le rencontrèrent et l'emmenèrent prisonnier où était le comte \ Les autres, Catalans et Aragonais, s'enfuirent pour qu'on ne les occît pas. Mais le comte de