Petite monnaie du Puy
2. Le siège de Termes est raconté par P. de V.-C. (ch. xl-xlii) avec beaucoup plus de développement et de précision que par G. de Tudèle. Les deux récits diffèrent quant à la prise de la forteresse. Tous deux mentionnent la disette d'eau dont souffrirent les assiégés, et les pluies abondantes qui renouvelèrent à propos leur provision, mais P. de Y. -G. ne dit rien de la maladie que l'usage des eaux pluviales aurait déterminée, au rapport de G. de Tud. : en revanche i) s'étend considérablement sur les travaux d'attaque conduits avec persévérance pendant plusieurs mois par le sire de Montfort. Selon lui, ce serait frappés d'une soudaine terreur que les assiégés auraient tenté de fuir, la veille de la Saint- Clément (22 novembre). Il n'y a là du reste rien qui soit en opposition avec la version de G. de Tud., et les deux récits se complètent sans se contredire. La mention de l'archevêque de Bordeaux (v. 1264-5) et celle des dames enfermées dans le donjon (v. 4299) sont propres à G. de Tudèle.
3. Il est singulier qu'au v. 1314 le nom de la ville d'Albi soit exprimé par Albejes, qui partout ailleurs est employé en son sens ordinaire : Albigeois. Cependant le second hémistiche, que non fo asetjad, s'applique à une ville, et non à un pays. La réd. en prose ne laisse pas supposer de lacune, mais remplace Albejes par Albios, nom assez inusité pour Albi : • Et adonc, dementre que tout so c dessus se fasia, es estât près ung fort castel et plassa per les c gens del C. de M., loqual s'apelava d' Albios, una forta plassa, f car l'os que eran dedins, ausen dire que lo dit Termes era estât c près, ainsin que dit es, encontinen an layssada ladita plassa et « relinquida, et s'en son anats; dont lodit C. de M. es estât fort c ben content et joyos, car adonquas tout lo pays s'es metut en
garnisons du comte [de Toulouse] qui ont abandonné ce château (Alby) l ne pensent pas que de leur vie les croisés y viennent. Dieu, qui est plein de miséricorde, fit alors un grand miracle : l'hiver était plus beau que ne fut jamais Tété *. Je reviens à mon récit, car je me suis trop attardé. [1 320] Quand le comte de Toulouse sut, ce qu'on lui a conté, que Termes était pris, il est allé vers Saint-Gilles à une grande assemblée que le clergé a réunie, l'abbé de Giteaux et les croisés, car Milon était mort 8, enseveli et enterré. [1 325] Le comte y a mené monseigneur Gui Gap de porc4, le meilleur
« son poder e ma » (p. 29). Fauriel (p. xcxix) propose dubitativement Albas, qui est un lieu situé à Test de Termes. — P. de V.-G. ne mentionne pas spécialement la prise d'Albi, mais l'indique implicitement dans cette phrase du en. xlii : « Omnia c fere castra Àlbiensis terri ton i extra Tarnum fiuvium (ce qui peut c s'appliquer à Albi) sub eodem temporis spatio recuperavit c nobilis cornes Ghristi i (Bouquet, XIX, 40 a). — Depuis plusieurs mois déjà, à la date du 28 juin 1210, le pape avait confirmé à Simon de Montfort la possession de la cité d'Albi dont il le considérait dès lors comme maître (Teulet, Layettes du Trésor, n° 927).
1. J'ai imprimé v. 1315 quel selon la traduction de Fauriel : « que Ton a mise dans le château i, mais le sens pour lequel je me décide actuellement exige quel (== que h).
2. On ne voit pas bien en quoi consiste le miracle, ni surtout à quoi il sert. Il y a peut-être ici une lacune ; toutefois la réd. en pr. n'en laisse rien apercevoir.
3. Le légat Milon mourut à la fin de Tannée 1209. Son nom est accompagné de l'épithète bon* memorûs dans des lettres d'Innocent m du 23 janvier 1210 n. s. (XII, cliv et clxix ; Potthast, n<> 3883).
4. Ce personnage est témoin dans un acte de 1210; voir la note 3 de la page suivante. — Ce nom n'est pas sans exemple, car un autre Gui Cap de porc figure dans un acte de 1260, Petit Thalamus de Montpellier, p. 154.
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légiste de la chrétienté ; il est chevalier et homme de haute naissance. Ce que tous les autres savent ne vaut pas, au prix de lui, un dé : aussi s'arracheraient-ils les yeux plutôt que de souffler mot. [1 330] Tel est celui qui soutient le comte en homme d'expérience \ L'abbé de Citeaux s'est levé : c Seigneurs, » leur dit-il, c sac chez qu'il est vérité que le comte de Toulouse m'a c fort honoré, abandonné sa terre, dont je lui sais c bon gré ; [1 335] et je vous prie de l'avoir pour c recommandé. » Alors furent dépliées les lettres scellées de Rome qu'on avait apportées au comte de Toulouse. Que servirait d'allonger le récit? Ils ont tant demandé qu'à la fin2 le comte Raimon dit [1340] qu'il ne pourrait payer tout cela avec tout son comté3. Il mit le pied à l'étrier, courroucé et attristé, et s'en retourna à Toulouse, en son pays, au plus vite, grand train3.
1 . La traduction exacte du texte, tel qu'il est imprimé, serait : € Tel est celui qui soutient le comte en homme d'expérience, c car il s'arracherait l'œil plutôt que de souffler mot, » phrase dont la conclusion est assez inattendue. On obtient le sens auquel je me suis arrêté en transposant les vers 1329 et 1330 (dès lors traicheran se rapporte tout naturellement à Tuit li autre, et la note du v. 1330 devient inutile), et en lisant au v. 1330, avec Fauriel (qui du reste fait ici un contre-sens), quei (que i) au lieu de quel que semble plutôt porter le ms.
2. J'entends au v. 1339 er, à l'imparfait, c quand cela était (= fut) fini » ; mais j'ai dans le texte écrit et ponctué comme si er était au futur, ce qui peut aussi se défendre : f Le comte R. « dit : Quand cela sera terminé (= quand il aura consenti à tout « ce qu'on lui demande)... »
3. P. de V.-G. ne dit rien de ce concile dont il est difficile de se faire une idée nette à l'aide de G. de Tudèle. Mais des rensei-
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Puis le comte Rairaon fut à une autre assemblée, [1345] qui eut lieu à Narbonne près de la Saint- Vincent1. Le roi d'Aragon y fut ainsi qu'une noblesse nombreuse. De besogne on n'y fit point pour la valeur d'une rose sauvage. Puis ils s'en furent à une autre, à Arles, à ce que je sais ; là ils rédigèrent par écrit tout le jugement, [1 350] qu'ils bailleront au comte qui dehors les attend, avec le roi d'Aragon, au froid et au vent. L'abbé la lui remit en main en présence de tous, assisté de maître Thédise qui l'accompagne, le meilleur clerc du monde et le plus savant2, [1355] et
gnements plus clairs sont fournis par une lettre sans date de Hugues, évoque de Riez, et de maître Thédise, publiée par Baluze à la suite du livre XVI des lettres d'Innocent in (n* xxxix). Dans ce concile, qui eut lieu vers la fin de septembre 1210, le comte de Toulouse fut de nouveau sommé d'expulser de sa terre les routiers et les hérétiques, et de remplir ses autres engagements; voy. Vaissète, HI, 560. Le même concile eut aussi à s'occuper d'une action intentée au comte de Toulouse par l'abbé de 8aint-Gilles au sujette certains droits et possessions. Nous avons : 1° les productions des parties, 10 juillet 1210 (Teulet, Layettes, n° 930); 2° la sentence de l'évoque de Riez et de maître Thédise condamnant par défaut le comte, 21 oct. 1210 (Ibid. n* 942); 3° la confirmation de cette sentence par le pape, 14 mai 1216 (Ibid. n° 1180). Dans la première de ces trois pièces figure comme témoin c Guido Gapud porci >, le conseiller du comte de Toulouse mentionné au v. 1325.
1. 22 janvier. P. de V.-C, ch. xliii et xlvii, donne des détails sur cette entrevue, dont la date n'est connue que par G. de Tudèle.
2. « Magister Theodisius ou Thedisius, canonicus Januensis », dans les nombreux textes latins où il est mentionné.
l'évêque d'Uzès1 et cent autres clercs*. Quand le comte tint la charte, tout secrètement il appela l'écrivain, et quand il l'entend, l'écrivain la lui lisant tout tranquillement, il s'adresse, attristé et indigné, au roi d'Aragon : [1 360] c Venez çà, sire roi, > lui dit-il en riant, c et oyez cette charte et l'étrange commandec ment que me mandent les légats pour que j'y c obéisse. » Le roi la fait alors lire une seconde fois, et quand il l'eut ouïe, il dit avec tranquillité ces simples mots: [1365] « Voilà qui a besoin d'être c amélioré, par le Père tout puissant! » Le comte, tout préoccupé, au point qu'il néglige de prendre congé, la charte à la main, sans répondre un mot, s'en va vers Toulouse, courant au plus vite, et puis à Montauban, à Moissac et Agen, [1370] partout tout d'un trait*.
4. Raimon III. < Iste Uticensis episcopus, Raimundus nomine, t a multis diebus ardenter negotium fîdei diligebat et quantum f poterat promovebat, et Mis diebus super eodem negotio cum « abbate Gisterciensi legationis officio fungebatur. » P. de V.-G. ch. xLiii (Bouq. 40 g). — C'est à propos du concile de Narbonne que P. de V.-G. mentionne l'évêque d'Uzès et maître Thédise. Voy. la note suivante.
2. P. de V.-G. ne fait aucune mention de ce concile d'Arles ni des conditions rigoureuses qu'il aurait imposées au comte de Toulouse et dont le détail occupe la tirade qui suit. Les actes ne s'en trouvent non plus nulle part. Néanmoins, D. Vaissète (III, 561 b) admet son authenticité (naturellement sur le témoignage de la réd. en pr., puisqu'il ne connaissait pas le poème) et en donne des raisons d'une réelle valeur : il le place vers la mi-février 1211. Il ne parait pas impossible de concilier dans une certaine mesure les récits de P. de V.-G. et de G. de Tudèle. Le premier, à la vérité, ignore le concile d'Arles mentionné par le second, mais il place à Montpellier, à la suite de l'entrevue de Narbonne, une sorte de conférence qui offre un rapport évident avec celle d'Arles que fait connaître G. de Tudèle. Dans l'un et l'autre cas, en effet,
76 CftOISADB CONTEE LES ALBIGEOIS. [4244]
Le preux comte de Toulouse s'en retourne en Toulousain et entre à Toulouse et puis à Montauban, à Moissac et à Agen, sa charte à la main : partout il la fait lire, pour que la connaissent clairement [1 375] chevaliers et bourgeois et prêtres qui chantent la messe. La charte dit ceci aux premiers mots : Que le comte observe la paix, et [de même] ceux qui seront avec lui, et [qu'il] renonce aux routiers aujourd'hui ou demain. Qu'il rende leurs droits aux clercs, qu'ils soient en possession [1380] de tout ce qu'ils lui demanderont ; qu'il mette hors de sa protection tous les perfides juifs ; et les adhérents des hérétiques, ceux qu'ils (les clercs) lui dénonceront, qu'il les livre tous,
on voit le comte de Toulouse partir sans prendre congé : t Nec f silendum quod, cum essent praefati viri in Montepessulano, et c multi etiam episcopi et ecclesiarum prœlati, tractatum fuit ite-
f rum de facto comitis Tolosani sed idem cornes, cum promi-
• sisset impleturum se in crastino quidquid dicti legati mandasc sent, summo mane in crastino recessit a Montepessulano, ipsis c legatù insalutatis » (Bouq. XIX, 43 d). Je suis donc porté à croire que l'assemblée de Montpellier et celle d'Arles ne font qu'une, et, adoptant les motifs de Vaissète, qu'elle a dû, conformément au récit de 6. de Tud., être tenue à Arles. Quoi qu'il en soit, plusieurs des conditions mentionnées dans la tirade suivante sont par elles-mêmes authentiques, en ce sens qu'elles reparaissent dans des documents incontestés. Quant à l'opinion du P. Benoist (I, 140), selon qui ces conditions auraient été supposées par le comte de Toulouse, elle est trop absurde pour mériter d'être discutée. Cet auteur aurait dû tout d'abord ne point rapporter étourdiment ces conditions au concile de Saint-Gilles, quand elles sont positivement attribuées à un concile d'Arles par la réd. en pr. aussi bien que par le poème.
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et cela d'ici à un an, pour en faire à leur plaisir et volonté ; [1 385] et plus de deux sortes de viande ils ne mangeront, ni par la suite ne vêtiront étoffes de prix1, mais de grossières capes brunes qui leur dureront plus longtemps. Us détruiront entièrement les châteaux et les forteresses *, et jamais plus chevalier ne résidera en plan*, [1390] mais dehors, dans la campagne, comme les vilains. Ils ne prendront sur les chemins aucun péage illégitime, mais seulement les vieux usages anciennement établis4. Ils donneront chaque année quatre deniers toulouzains aux paziers * de la terre qu'ils (les clercs) établiront ; [1 395] tous les usuriers devront renoncer au prêt à usure, et s'ils ont pris un intérêt, tout d'abord ils le rendront. Et si le comte de Montfort et les croisés qui viendront chevauchent sur eux, comme font tant d'hommes6, et