Pour être sous la protection du roi d'Angleterre
6. Barrau, mot que Fauriel traduit ici par c clerc t, mettant, j'ignore pourquoi, ce mot entre ( ). Il paraît (voy. Remania, IV, 272-3) que les Barrau étaient ceux qui avaient pour cri de guerre a Bar! cri que G. de Tud. attribue (v. 4847) aux Allemands, mais qui devait être propre aux hommes du comte de Bar. Il
si le comte le permet, avec lui en une autre terre, où il lui plaira. Et le comte, lorsqu'il entend cela, leur en rend grand merci. Alors il a fait ses lettres scellées et les a partout envoyées [4 420] à tous ses amis , là haut en Albigeois, et deçà en Béarn et au comte de Gomminges, et au comte de Foix , et en Garcassais. H prie Savaric de Mauléon1 de lui porter secours en cette occurrence; et celui-ci lui a promis [1425] de l'aider, qu'on le trouve bon ou non, avec ardeur et courage.
À l'entrée de carême, quand le froid baisse et que commence à venir le doux temps de Pâques, les croisés et les hommes de l'ost se mettent en mouyement, [1430] appelés qu'ils sont par nos prêcheurs. L'évêque de Toulouse, que Dieu puisse honorer ! ils l'ont reçu en grande procession, comme un empereur. Il les absout de l'interdit, si bien que je crus alors [1 435] qu'ils avaient fait paix pour toujours de bon coeur1; mais ensuite je vis qu'ils se brouillèrent par
semble du reste qu'on ait été porté à grouper ceux-ci avec les Allemands, car on lit dans P. de V.-C. ch. lv (Bouq. 48 b) : c Fuit in obsidione illa cornes de Barro et plures nobiles viri de « Alemania. »
1. Savaric de Mauléon, alors sénéchal de Poitou (Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers, p. 135, note 4), riche baron poitevin qui joue' un rôle important dans la lutte entre Jean sans Terre et Philippe-Auguste, et qui occupe un rang honorable parmi les troubadours. Il ne manque pas de notices biographiques sur ce personnage : voy. par ex. Diez, Leben und Werke der Troubadours, p. 402 ; Historiens occid. des croisades, II, 343, note l.
?. C'est la seconde fois que notre auteur se livre à cette illusion : cf. v. 1007 et suiv.
grand ressentiment. L'évêque alla en France prêcher chaque jour, et se croisent les princes, les barons, les comtors et les chevaliers de par delà.
[1440] Le comte Pierre d'Àuxerre, Robert de Courtenai1 et le chantre de Paris1, ainsi que le rapporte le livre, vinrent par ici avec grande ost, arrivant du côté de Paris3. Ils entrèrent à Carcassonne, dans le pays de ce côté. Et entendez quels miracles fit Jésus, [1445] ainsi que vous le dit et raconte le livre. Ceux de Cabaret en eurent grand effroi. Le seigneur P. Rogier de bon matin s'en va à Bouchart, prisonnier, en la chambre où il couche : « Bouchart, > dit-il, c vous c êtes, je le sais, [1 450] de haute naissance, et homme c sage et franc. Vous ne ferez, certes, rien qui ne soit c à faire. Si je vous rendais la liberté, je ne sais si j'y c trouverais merci et reconnaissance, mais je l'essaie-
4. Robert de Courtenai était le frère du comte d'Auxerre (sur ce dernier voy. le v. 267 et la note de la traduction), et non, comme Ta cru Fauriel (p. xcix de son introduction), son fils. Ces deux seigneurs étaient cousins du comte de Toulouse, comme l'atteste P. de V.-C. ch. xlix (Bouq. p. 45 c), cf. ci-dessus, p. 48, note 1. Robert prit aussi part à la seconde expédition contre les Albigeois, comme le montre une charte de mai 1226 publiée dans la Bibl. de r Ecole des Chartes, XXXII, 246.
2. Robert de Vitré, chantre de l'église de Paris, étant mort dès 1209 (voir D. Morice, preuves de VHist. de Bret. I, 815), celui qui prit part à la croisade devait être Nicolas, qui figure dans les actes dès 1208 (Gall. Christ. VII, Instr. 90 e).
3. P. de V.-G. (ch. xlviii) place l'arrivée de Robert de Courtenai et de plusieurs autres ^barons vers la mi-carôme 1211 (n. s.); selon lui le comte d'Auxerre ne serait arrivé que le siège de Lavaur étant déjà commencé (ch. xlix).
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c rai. — Jamais je n'ai fait trahison ni tenté de le t faire. — Donc, » dit P. Rogier, t vous ne serez c pas prisonnier plus longtemps, et je vous livre préc sentement et moi et mon château. » Il appela un maître1, le (Bouchart) fit tirer des fers, tondre et baigner délicatement ; et de plus lui a fait donner un beau vêtement et un palefroi bai, [1460] sans condition. Quand Bouchart vit cela, sachez qu'il en fut bien heureux : jamais il n'avait eu si grande joie depuis le temps où il naquit de mère.
Seigneurs, tout ainsi que je viens de vous le dire, [1465] le sire de Cabaret ne s'oublia point : il appela un maître, fit tirer des fers son prisonnier, et le vêtit noblement d'un très-riche vêtement. Il lui donna à chevaucher un palefroi ambiant, tel qu'on n'avait vu plus beau; et quand il fut bien vêtu [1470] il lui présenta, pour lui faire compagnie, trois damoiseaux montés, et le conduisit jusqu'en dehors [du château] ; mais avant de s'en aller et de se séparer il le mit en possession de sa propre personne et du château, et lui en fit hommage sans aucune restriction. [1 475] Et Bouchart lui promit, lui jura et lui garantit que de sa part il ne serait pas trahi, et qu'à la fin, lorsque la lutte sera terminée, on ne le tiendra pas pour fol, et qu'il ne sera pas tourné en dérision. Et il n'y manqua pas, car il
4. € Un forgeron », Fauriel; ce qui est possible et même probable, quoique cette acception de maestre ne se soit rencontrée nulle autre part à ma connaissance.
il 6
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observa rigoureusement [4480] ce qu'il lui avait promis1.
Quand le comte de Montfort et les autres barons, les uns et les autres, ont entendu la nouvelle, que messire Bouchart est délivré, et qu'il arrivait, il ne vous faut point demander s'ils furent joyeux. [4485] Tous vont alors à sa rencontre. Quand ils se sont entrebaisés, ils le prient de leur dire s'il a donné otage, et il répond que non : c Loin de là, nous avons le château en notre commandement, et je suis entièrement libéré et quitte dans les termes que vous allez entendre : [1490] Monseigneur P. Rogier m'a donné la seigneurie de tout son château, qu'il tenait contre nous, et il a formé amitié et grande camaraderie1; et je lui ai promis, Dieu me bénisse! qu'il s'çn trouvera mieux pendant toute sa vie, [4495] et je lui donnerai deux fois plus de biens qu'il n'en a. — Alors, » dit le comte fort, c j'aurais bien grand tort si nos rapports avec lui n'en devenaient meilleurs. Jamais personne de vous ne devrait le tenir à distance. — Oui Dieu ! » disent tous, c dame Sainte Marie! [1500] comme il a fait grande prouesse et grande courtoisie! Il n'y a baron en France, et je ne crois pas qu'il y en ait jamais, qui l'eût faite. »
1. La délivrance de Bouchart est racontée en quelques mots par P. de V.-C. à la fin du en. xlviii.
2. Paria, le mot manque en français, c'est l'amitié existant entre deux égaux, deux pain.
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Toute cette nuit jusqu'à la matinée messire Bouchart a mené grande joie ; [1 505] et le lendemain , à l'aube, la plus grande partie de l'ost s'est dirigée vers Cabaret. Là fut leur accord dit et conclu. Bouchait Ta, tout d'abord, en présence de tous, proposé, si bien qu'il convient de tout point aux uns et aux autres. [1510] On a élevé sur la tour l'enseigne du comte fort ; puis notre croisade mit garnison dans le château, et ainsi fut cette fois conquis Cabaret. Voyez maintenant quel miracle ce fut : si tous les hommes de ce monde [1515] s'étaient assemblés à l'entour et l'avaient assiégé, les assiégés en eussent fait moins de cas que d'une pomme pelée; mais, contre l'ost de Christ, il n'y a château qui tienne, ni cité qu'ils trouvent, si fermée qu'elle soit1. Et c'est pourquoi bien fol est celui qui fait la guerre aux croisés. [1 520] Aucun homme ne s'en réjouit qui à la fin n'ait été abattu.
Aussitôt que le château de Cabaret fut rendu, le comte de Montfort et les croisés se mettent en route et se dirigent vers Lavaur, là en Toulousain. [1525] Il y ont maintenu le siège un mois et cinq semaines ; avec machines et catapultes ils l'ont fortement battu. La ville était très-forte : si les assiégés s'étaient bien
i. Cf. ci-dessns, v. 1069-72.
défendus, et s'ils avaient été bien secourus par le comte Rai mon, les assiégeants ne l'eussent pas si tôt prise, foi que je dois à Jésus, [1 530] car les vivres étaient chères, d'achat et de transport, et les bourgeois de Toulouse, qui se sont irrités [contre les croisés], empêchent les convois de leur arriver1, et ne laissent pas sortir d'armes, ni lance, ni écu. Mais, comme dit le proverbe, ils se sont avisés trop tard, [1 535] car ils ont clos l'étable alors que le cheval était perdu *. Les croisés les combattent avec force et courage, ceux qui sont assiégés.