LXV1II
Lavaur était une ville si forte que jamais en aucun royaume personne du monde ne vit plus forte en plaine, [1 540] ni qui fût munie de meilleurs remparts, ni de fossés plus profonds. Au dedans il y a beaucoup
1. Les consuls de Toulouse, écrivant en juillet 1214 au roi d'Aragon, disent, contrairement à l'assertion de G-. de Tudèle : < Preterea, cum exercitus fcrucejsignatorum et episcopus Tolo-
• sanus essent in obsidione castri de Vauro, nos ad impugnandam
• et destruendam hereticam pravitatem, eis consilium et auxilium, c tam in victualibus quam in armis et in aliis necessariis, prestic timus; et magna pars de nobilioribus bominibus Tolose, ad c mandatum episcopi, quousque castrum de Vauro captum fuit, in c armis permanserunt » (Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, I, 369-70). Mais P. de V.-G. rapporte, à la fin du ch. xux, que le comte de Toulouse, s'étant brouillé avec Simon de Montfort, défendit aux Toulousains d'envoyer des vivres aux assiégeants ; et il ajoute expressément au ch. l que ces envois eurent lieu au commencement seulement du siège, et encore étaient-ils fort restreints : c in initio obsidionis Vauri deferebantur ad exercitum c victualia, sed modica, a Tolosa i (Bouquet, XXX, 45 b).
2. Cf. Le RouxdeLincy, Le Livre des prov. franc. I, 161. Nous disons maintenant : c fermer la cage quand l'oiseau s'est envolé. *
de chevaliers qui sont bien armés : Aimerigat y fut, le frère de dame Giraude, qui était dame de la ville 1 ; là il est entré ; il quitta le comte de Montfort sans congé. [1 545] Les croisés lui ont enlevé Montréal ' et Laurac3 et tout le reste de sa terre, dont il est attristé. De deux cents chevaliers ils lui ont amoindri son fief. Il n'y avait plus riche chevalier dans le Toulousain ni dans le comté4, ni plus large dépensier ni de plus grande naissance. [1550] Mal lui prit d'avoir vu les hérétiques et les ensabatatz*! Car jamais en la chrétienté si haut baron ne fut, je crois, pendu avec tant de chevaliers à ses côtés ; car, de chevaliers seulement, on y compta bien plus de quatre vingts, à ce que me dit un clerc* ; [1 555] et de ceux de la ville on en mit en un pré jusqu'à quatre cents qui furent brûlés, outre dame Giraude qu'on jeta en un puits7. Ils (les croisés) la couvrirent de pierres : ce fut deuil et péché,
1 . c Erat in castro illo Aimerions, traditor ille qui raerat domic nus Montis Regalis, et multi alii milites inimici crncis usque ad • octoginta qui castrum intraverant et munierant contra nostros. c Domina siquidem castri, vidua nomine Giralda, erat pessima hœre- € tica et soror dicti Aimerici.... » P. de V.-C. en. xlix, Bouq. 44 ab.