Le périrait, voy. ci -dessus p. 86, note
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d'une part que de l'autre il y eut plus de cent tués, et bien cinq cents blessés, qui tous étaient saignants. Et le comte de Gomminges, selon ce que je sais, y perdit dans la mêlée un vaillant chevalier : [1800] R. de Gastelbon 4, qui fut regretté par maintes personnes. On combattit des deux parts si àprement que ceux de l'ost battirent en retraite, mais sans rien emporter. Les grandes targes de cuir, je vous dis en vérité que les bons...* en eurent trois. [1805] Aux logis retournent chevaliers et sergents, et ceux de Toulouse s'en reviennent également. La nuit [les croisés] firent le guet jusqu'à l'aube ; ils détruisent en masse les vignes et les blés, les arbres et tout ce que porte la terre. [1810] Ils mettent tout cela en un monceau, auprès d'un défilé ; ils comptent bien en emplir les fossés, car telle est leur intention.
Les barons de l'ost, qui sont hommes preux et
1. D'après le texte c Raimon At », on Ramonât; l'une ou l'antre de ces leçons fausserait le vers. Ge personnage, d'ailleurs inconnu, était probablement originaire de Gastelbo, ancienne vicomte située dans le diocèse d'Urgel, et dépendant du comté de Foix. C'est probablement à la mort de ce chevalier que fait allusion P. de V.-G. lorsqu'il dit (ch. lv, Bouq. p. 48 a, 49 a) : i Quodam etiam die, cum exiissent bostes, nostri audacius ipsos i redire in civitatem compellerent, in ipso insultu oceiderunt c cognatum comitis Gomingensis.... •
2. Il y a ici un mot, afozenc, que je n'entends pas. S'il n'est point corrompu, ce doit être un adj. dérivé d'un nom propre (comme Mironenc, v. 1221, cf. Diez, Gr<m., trad., II, 349-50) ; et il ne serait peut-être pas impossible qu'il s'agit des hommes du comte de Foix que la rôd. en pr. (voy. au t. I la note sur le v. 1798), peut-être d'après un texte plus complet, fait paraître à cette affaire.
sages, eurent peur que les assiégés leur fissent éprouver du dommage : [1 81 5] tout le jour les hommes de parage restent armés : chacun garde de son mieux son quartier, car telle est leur coutume à tous et leur usage. Ugo d'Alfar est dedans, au courage hardi, sénéchal d'Agenais \ homme de grande vaillance, [1 820] et P. Arcès son frère et la fleur de leur lignage, et maints bons chevaliers qui sont fiers et durs; chacun s'arme en secret en sa demeure. Hais le comte de Toulouse pour un peu enragerait vif : parce qu'ils veulent faire une sortie, accomplir un acte aussi téméraire, [1825] il croit qu'ils veulent lui faire perdre sa terre, et il s'oppose à leur sortie.
Les hommes de Toulouse ne le voulurent pas souffrir : malgré le comte ils ouvrent les portes, et assaillent de deux côtés ceux de l'ost, [1830] un mercredi matin, à ce que j'ai ouï. dire ; il était bien
1. Ce personnage, qui joue à diverses reprises un rôle important dans l'histoire de la Croisade albigeoise (voy. ci-après v. 2413, 2995, 9090, 9505), était originaire de l1 Aragon. Raimon VI Pavait fait sénéchal d'Agenais et lui avait donné en mariage une de ses filles naturelles (voy. ci-après la note sur le v. 2413). Je ne sais s'il y a lieu de l'identifier avec le Hugonet SAljar qui accompagna Boniface II de Montferrat à Thessalonique, et que mentionne Rambaut de Vaqueiras dans sa pièce c Honratz marques » (Buchon, Hist. des conq. et de rétablissement des Français dans les états de V ancienne Grèce, I, 445, 446). Un c Ugo de Aifaro » figure comme premier témoin en des actes du comte de Toulouse (Layettes du Trésor, n« 1948-9, 2145, 2230, 2321) aux dates de 1227, 1231, 1233. Un acte de 1234 nous le montre agissant, bien que sans qualité exprimée, comme chargé d'affaire du comte.
près de tierce1 lorsqu'ils sortirent. Ceux de l'ost venaient de dtner quand ils les vinrent assaillir ; mais le comte de Montfort ne s'était pas désarmé, et beaucoup dans l'ost n'avaient point déposé leurs hauberts ; [1835] tôt et vite ils montent sur les destriers. Là vous çussiez vu frapper des deux parts tant de coups d'épieu sur les heaumes , les faisant retentir , mettre en pièces, fendre, rompre tant d'écus, que vous auriez dit que le monde allait périr. [1 840] Eustache de Gaux s, sans mentir, fut tué par ceux de Toulouse — et maint homme en soupira — bien qu'il fût hardi, lorsqu'il s'en voulait revenir et retourner vers les siens.
Grand fut le combat, si Jésus-Christ me protège, [1 845] lorsque les Toulousains et les Navarrais se lancèrent sur l'ost. Alors vous eussiez vu les Allemands pousser des cris. Presque tous ils criaient : Bar ! Bar ! Bar9! Eustache de Gaux, au passage d'un pont, ils lui donnèrent un si grand coup qu'il ne put s'en relever, [1 850] d'une lance de frêne au gonfanon vair, tellement que le prêtre ne put être mandé à temps pour
1. Neuf heures du matin. Cette heure paraîtra un peu matinale, si on considère que les croisés, on va le voir à la ligne d'après, venaient de dîner. P. de V.-G. (chap. lv, Bouq. 49 a) dit aussi que la sortie eut lieu f dum pransi essent nostri, et, ut mos est, • post prandium pausarent in meridie ».
2. Eustachius de Quen (Du Ghesne) ou de Queu (Bouquet) dans P. de V.-C. ch. lv (Bouquet, XIX, 49 a b).
3. Je ne vois pas figurer ce cri parmi ceux qu'a mentionnés Du Gange dans ses deux dissertations (XI et XII) sur le cri d'armes.
lui donner pénitence et le faire confesser : il n'y a pas deux jours qu'il reçut la pénitence, aussi crois-je que Jésus-Christ voudra lui pardonner. [1855] Quand les Français le virent, tous vont à son secours ; mais les félons mainadiers commencèrent à tourner casaque quand ils virent ceux de l'ost venir et se presser : ils savent bien en leur cœur qu'ils ne pourraient leur résister ; ce qu'ils ont conquis ils le peuvent emporter sans peine1, [1860] sinon qu'ils ont tué un homme pour lequel bien des larmes furent versées, car c'était un homme puissant et de grande importance *. Ses hommes font porter son corps en sa terre, pour l'y faire enterrer avec honneur. Au matin, à l'aube, quand le jour clair paraît, [1865] après avoir quinze jours durant coupé les vignes, ils se mettent à lever pavillons et tentes, car, à mon escient, ils changeront de lieu : les vivres sont trop chers, et ne peuvent leur suffire : un pain [suffisant] pour un petit dîner vaut bien deux sols. [1870] Sans les fèves, ils n'auraient eu de quoi manger, et sans les fruits des arbres, quand ils en peuvent trouver 3. Us se mettent à marcher contre