‹ La chanson de ma vieChapitre 16 sur 80 · FE DÉBUTS AU CASINO DE LYON · texte numérisé non relu

FE DÉBUTS AU CASINO DE LYON

ment ridicule. Et puis, vous ne chantez qu'avec vos yeux, et puis cet air tranquille, ni bras ni jambes ne semblaient remuer. Ce n’est pas ça le café-concert. Vous ne savez pas chanter, ma chère... regardez les autres! Enfin, dit-il, nous verrons demain. Et il sortit.

Le lendemain, la presse comme le public me ridiculisant, j’eus un chagrin immense, en pensant que peut-être jamais je ne saurais gagner ma vie, ni celle de ma mère. Toute la nuit, je ne cessais de me désoler et de pleurer, j'avais le cœur brisé. On saurait mon insuccès à Paris par le chanteur Wély qui, bien sûr, le raconterait à son retour à l’Eldorado, et alors que deviendrions-nous, ma mère et moi ?.…

Je dus quitter le Casino de Lyon après cinq jours | le public refusait de m’écouter et se moquait de moi dès qu’il me voyait paraître en scène. Depuis je n’ai jamais changé ma manière ni d’entrer, ni de saluer, ni de chanter ; je fais aujourd’hui ce que je faisais en ce temps-là, mais la nouveauté de ma personnalité et de mon genre était telle que...

Mon directeur me paya mes dix soirées (quoique je n’en eusse en réalité fait que cinq) et me supplia de ne pas insister. et de cesser mes représentations. Nous eûmes une longue et paisible conversation, et toute à mon idée que malgré mon chagrin je ne cessais d’envisager « réalisable », je le quittais, en lui disant :

— Écoutez, Monsieur Verdellet, tel qu'il est, votre café-concert, il est démodé, il est laid, commun et si bête... Eh bien, souvenez-vous de mon

nom, et vous verrez, je le réhabiliterai votre caféconcert... Tenez, vous m'avez payé 40 francs par jour, cela ferait 1.200 francs par mois, n’est-ce pas ?

— Oui... eh bien ? dit Verdellet.

— Eh bien, avant un an, je suis sûre de revenir ici à 1.200 francs par soirée ; avant un an, vous entendez ?

Il me regarda et me dit : « Vous êtes folle ! vous êtes tout à fait folle, ma pauvre enfant. Non, voyez-vous, il faut retourner au théâtre des Variétés et continuer à jouer la comédie, car jamais, vous entendez, Jamais vous ne saurez chanter une chanson, et puis, ajouta-t-il, votre physique, votre tenue, votre marche, sont peut-être très bien pour « le théâtre », mais au café-concert il nous faut des femmes tout à fait différentes ; bref, ma chère Mademoiselle Guilbert, retournez vite au théâtre des Variétés. »

Toute la nuit je pleurais.. J'avais pendant ces cinq jours écrit des lettres désespérées à ma mère ; puis, comme je cherchais la vraie raison de mon insuccès, je me persuadais qu'il me manquait la chanson qui mît en lumière « ma fantaisie ». Alors la dernière nuit, comme je ne pouvais pas dormir, tant J'étais énervée, je me mis à rimer quatre petits couplets sur le sujet suivant :

€ Une jeune fille de bonne famille a bu une coupe de champagne au mariage de sa sœur... elle est gentiment grise et dit des tas de bêtises », et j’appelais ma petite chanson : La Pocharde.

La chanson finie, avec un refrain que je pré-

voyais très à effet, je me levais pour aller enfin

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prendre le train qui devait me ramener à Paris, je ne me doutais pas que moi-même je venais de commencer avec La Pocharde l'édifice de ma carrière |

Donc me voici en chemin de fer, mes 400 francs en poche. Mais arrivée à Paris, en donnant mon billet, je constate avec de grosses larmes qu'on m'a volé mon argent dans ma poche!

Imaginez-vous mon désespoir ? Je rentrai chez ma mère brisée de chagrin, de découragement, et sans le sou. Toutefois, pour mes prochains débuts à l’Eldorado, je me remis à étudier mes pauvres chansons, quand un jour ma mère qui m'écoutait me dit soudain :

— Écoute, ma chérie, je crois que tu ferais vraiment mieux de retourner à la comédie. Je t’écoute depuis des jours et des jours, et je t’assure que tu es à côté de La vérité... » Et elle me citait des noms de chanteuses, Thérésa, Amiati, Duparc, qui, me disait-elle, avaient de la voix, et quelque chose enfin que je n’avais pas. que je n'aurais jamais, jamais ! Pour quarante-huit heures, cette fois, je fus assommée. Mais ma volonté, ma force de résistance formidable me firent reprendre courage. Oui, oui, tous, tous, ils pouvaient ne pas comprendre. Mais moi, Je savais, je savais, que J'ÉTAIS PLUS INTELLIGENTE qu'eux, et que Je deviendrais ce que je voulais être |

Oui... c'était mon intelligence qui, sans cesse, venait raccommoder les débris de mon cher courage mis en pièces.

Je suis plus intelligente. Je suis plus intelligente. et, à force de me le répéter, je le croyais !

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