‹ La chanson de ma vieChapitre 19 sur 80 · ÉDEN-CONCERT · texte numérisé non relu

ÉDEN-CONCERT

et rire. et je rêvais d’une gaîté, de pleurs, d'émotion, de « formes nouvelles », Je bouquinais partout. je ne trouvais rien qui me satisfît ; mais je chercherais et je finirais bien par trouver !

Cependant, mon succès à l’Éden était surtout, celui d'une drôle de grande jeune fille, mince, mince, qu'on dénommait : la comique à rallonges, à cause de mes façons d’allonger ou de rentrer le cou.

Polin était à l’Éden-Concert le chanteur « à succès ». son grand talent à parodier les tourlourous de l’époque lui valait l’adoration du publicde l'Éden, envahi une fois par semaine par le personnel de l’épicier Potin, voisin de ce concert. C'était ce que nous appelions: « La soirée des Cornichons » (en souvenir de ce comestible vendu par eux).

Enfin, au déclin de la saison, au mois de juin, le concert l’Éden, comme chaque année, fermait ses portes pour rouvrir le 1er septembre. Je voulus donc utiliser mon été et priai un agent de me trouver un contrat n'importe où.

Une offre m’arriva d’aller à Liége au mois d’août. J'accéptai. Un mois pour douze cents francs, j'étais ravie.

De juin à août, je m'occupai de môn répertoire, de celui que je rêvais de créer; où trouverais-je les chansons qui feraient éclore mon succès 7... Où ? Où ?

Un jour, je fouillai dans les cent petites boîtes de livres de toutes sortes, vendus au rabais sur les quais de la Seine, quand ma main tomba sur Les chansons sans gêne. Auteur : Xanroîf. J’ouvris le livre et, debout sur le quai, je lus le volume

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entier ! Que c'était farce, amusant, jeune ! et d’une satire si quartier latin ! Si, avec cela, je trouvais quelques chansons « naturalistes » relatant cette « misère » que je connaissais si bien, alors ma route était tracée. Ah! ce petit bouquin de Xanrof.…. il tremblait dans mes mains. «Combien ? » dis-je au marchand. « Douze sous. » J’achetai le volume, la musique des couplets était notée ; j'étais haletante de joie, je savais qu’enfin j'avais découvert les premiers bouts de bois dont je me servirais pour construire l'abri de ma vie!

J’allais apprendre les chansons, pour les chanter à Liége, en août. C'était :

Le Fiacre.

La Complainte des 4 z'étudiants.

Le Bain du Modèle.

L'Hôtel du n° 3.

C’est le Printemps.

Pauvre enjant, c'était pour sa mère.

De Profundis.

* La Brasserie du Pacha.

et tant d’autres couplets joyeux. C'était : Paris vu par un étudiant, un étudiant qui fréquentait le Chat-Noir, ce cabaret où l'esprit pétillait. Xanrof avait vingt-quatre ans et toute sa verve jeune et satirique était dans ce premier livre, inconnu de tous, car personne ne chantait ses œuvres. Lui aussi attendait. Comme moi, il espérait tout et ne voyait rien venir. Et voilà que nous allions nous sauver mutuellement.

Tout le mois de juillet je travaillai les chansons de Xanrof. J’en avais choisi trois pour commencer : Le Fiacre, Les 4 z'étudiants, L'Hôtel du n° 3, et

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