‹ La chanson de ma vieChapitre 37 sur 80 · MARCEL PRÉVOST · texte numérisé non relu

MARCEL PRÉVOST

Le répertoire grivois de mes débuts me mena vers la gloire, cette gloire spéciale, artificielle, de la rampe, qui a sa cour, ses rois, ses reines et ses princesses, sans lignées. En province de France quand je chantaïis dans les music-halls, des oreilles venaient écouter mes couplets, avec le même sentiment qu'ont certains yeux, liseurs de livres défendus et payés à prix d'or, Mais le côté bouffon de tout cela fut, je le répète, que si je mettais les hommes en éruption, et les femmes en état cantharidé, moi, je restais à regarder froidement l'effet que produisaient sur eux mes stupéfiants, je me faisais l'effet d'un pharmacien de campagne qui, avec une seule drogue, contente tous ses malades.

J’eus un jour une longue correspondance à ce sujet avec Francis Jammes. Ce fut très curieux de voir le public dénaturer mes Satires pour n’y savourer toujours que les mêmes polissonneries. Mon fouet se transformait en « épingle » pour vieux messieurs anormaux ; et quand je déclamais, d’un air sybillin, d'une voix, d’un visage facticement féroces, tels vers de Donnay,

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RER LRU,

tout mon public n'avait que la vision de scènes

antiques et s’y complaisait..… alors que, moi, je n’éprouvais qu’une joie : celle de venger l’amour blasphméé, l'amour dont les vraies amoureuses de mon temps faisaient leur noble joie et leur haute douleur.

Voici, du reste, la pièce poétique que Donnay récita lui-même au Chat Noir, et qui descendit vers « la masse » par mes soins :

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