GEORGES MONTORGUEIL
Nous avons entendu Déjazet, Thérésa, Judic, qui furent illustres et qui étaient admirables. Elles chantaient. Mais Yvette Guilbert est venue qui nous a révélé la Chanson.
Elle a été, dans le choix de leurs sujets, d’une audace intrépide, et dans les plus intrépides et les plus audacieuses, elle a marqué ce sens de la mesure dont sa merveilleuse intelligence n’a jamais manqué de l'avertir.
Et dans les autres, dans ces frémissantes anonymes signées du sang de la race, vers lesquelles un sûr
instinct sensible et peuple la quidait, c’est toute son âme qu'elle a donnée.
Et dans toutes, sans excepter les plus perverses, c'est le cœur de l'humanité qu'elle a mis à nu.
Combien d’Yvettes avons-nous dans Yvette ?
Urie artiste comme elle débute toujours. Elle se repose de ce qu’elle a réussi en réussissant autre chose. La jeunesse de son talent est dans ce continuel recommencement. Blle nous arrive, chaque fois renouvelée, fraîche, dans l’ingénuité de sa dernière impression, ardente et passionnée dans le jeu de son dernier enthousiasme. Si occupée d'un art qu’elle pratique comme une mission, elle n’a jamais trouvé üñ moment pour vieillir.
Le temps à ses genoux a replié ses ailes,
a-t-on dit de la plus aimée de ses devancières. Des gants noirs d'Yvette aux cheveux blancs qu’elle aura, il n'y a pas eu place pour une lassitude, une défaillance, un fléchissement. Qu'un vieux témoin de ses vingt ans entrés en coup de vent dans la célébrité ait le droit de le dire.
Un jour, on lui a demandé : « Si vous aviéz à recommencer voire vie, que désireriez-vous accomplir ? »
€ St je revenais au monde, répondit-elle, je voudrais être une nonne laïque, un prédicateur du peuple. Je voudrais fonder un cercle de philo- Sophes el y inspirer la modestie et la sagessé. Je voudrais essayer de réveiller la conscience humuine. Je voudrais fonder des écoles de générosité, dé bonté, de pitié. »