‹ La chanson de ma vieChapitre 67 sur 80 · REYNALDO HAHN · texte numérisé non relu

REYNALDO HAHN

8 juin, Saint Médard, il fait beau.

Quelle est l'artiste capable, aujourd’hui, de faire tenir en une phrase, en un mot prononcés dans la veine comique, dans l'ironie, dans la franche gaieté, dans la malice bonne enfant ou corrosive, un monde de pensées, de sentiments, de convertir une simple chanson en une sorte de microscosme psychologique, d’effleurer, sur le clavier du rire, la touche cachée, celle qu'atteignent seuls les grands virtuoses de l'ironie, les grands observateurs ? Je n’en connais qu'une : Mme Yvette Guilbert.

On peut poser en principe qu’il n’y a pas de beau chant sans belle diction, et que toute diction vraiment belle assure au chant une belle qualité.

En vertu de cette loi je n’hésite pas à déclarer que

les malheureux élèves du Conservatoire, ainsi que la plupart des chanteurs qui constituent le médiocre attrait de nos théâtres et de nos grands concerts, devraient s’efforcer d'entendre Mme Yvette Guilbert. Ils apprendraient bien des choses qu’ils ne savent pas en observant cette artiste étonnante dont le talent, si original et si frappant dès son début, a pris en ces vingt ans de travail continuel, d’expérience, de voyages, de contemplation quotidienne de la vie, une variété, une largeur, une noblesse et une ironie supérieures. Il y aurait toute une étude à faire sur elle, et par extension sur l’art qu’elle représente. Pour aujourd’hui je ne veux qu’indiquer aux connaisseurs et aux ignoranits une preuve nouvelle de ce précepte méconnu : « Bien dire, c’est bien chanter. »

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