‹ La chanson de ma vieChapitre 8 sur 80 · LE DÉBAT DU VENTRE · texte numérisé non relu

LE DÉBAT DU VENTRE

À cette époque où je travaillais chez moi, l’arrivée des mortes-saisons me rendait là vie atroce ! Alors que chez « Hentenart » et au « Printémps », j'avais été nourrie régulièrement, il fallait maintenant chaque fin de semaine, quand des clieñtes remettaient les paiements de leurs notes, aller dans le quartier, chercher la pâture à crédit! Ah! la chasse au pain, quelle horrible chose! Quels yeux terribles avait un petit épicier de la rue Miromesnil, quand je disais : « Ma mère passera demain, monsieur... »; l’épicier criait devant tout le monde : « Sans faute, hein, ma petite ? sans cela vous n’avez plus besoin d’entrer ici! » Sei- -gneur! j’entendais mon sang sauter dans mon cœur et mes oreilles ! |

La boulangère était gentille, peut-être savait-elle ce que c’est que la vie dés ouvrières à Paris. Mais le boucher était féroce ! après trois petites notes de deux côtelettes, il vous refusait net, devenant brutal et insolent. J'avais faim, mais de longues semaines se passaient avec du pain et du fromage.

Une fois, je fis une grande et stupide surprise à

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ma mère. Îl y avait bien des jours que nous n'avions goûté un morceau de viande, quand étant descendue chercher trois sous de fromage, Je passai devant un superbe magasin de volailles.

Ah ! si je pouvais faire manger à maman une de ces magnifiques bêtes.

Il y avait, étalés dans de beaux plats, des poulets cuits et entourés de cresson. Je les regardais, puis, ma foi, je me risquai.… j'entrai dans la boutique. |

— Combien le poulet ?

—— Cinq francs, ma petite demoiselle.

— Eh bien, dis-je d’un air très dégagé, faites porter ce poulet chez Mme Guilbert, rue de la Boëtie, A2, et J'ajoutai : «le poulet vous sera payé

à domicile... J'ai dépensé tout ce fs j'avais dans mon porte-monnaie. »

Peu de temps après, je vis le garçon partir avec :

le poulet !... J'étais folle de joie à l’idée de la surprise de ma mère, je savais qu'on paierait dès qu’on aurait de l’argent, le commerçant, lui, ne mourrait pas d'attendre cinq francs et quel service humain cela nous rendait |

Des yeux, je suivis le garçon, il entra dans notre

maison et redescendit avec son poulet ! J'étais.

stupide d'émotion. Je courus après lui.

— Eh bien, lui dis-je, vous remportez votre poulet ? Pourquoi ?

— La dame l’a refusé.

— Comment ? qu’a-t-elle dit ?

— Que c'était une erreur, qu’elle n’avait rien commandé...

—— C'est évident, dis-je au garçon, .

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