XLVIII INTRODUCTION
dent du conseil. Quand les chefs ont parlé , il doit suivre l'avis du plus grand nombre. » Le trouvère de Roland l'a exprimé dans ce vers qui est comme une déclaration de principes :
« Par cels de France voelt il del tut* errer. »
Charlemagne dit bien au comte Gane qu'il partira pour Saragosse parce que le roi le commande ; mais cet ordre est fondé sur le choix que les Français ont fait de Gane. Le prince a revêtu leur décision de la formule exécutoire.
Le Charlemagne de la Chanson de Roland réprésente exactement la royauté telle que l'ont fSsdte le sang des Germains et la consécration de l'Église , la royauté idéale, c'est-à-diré a une autoril^ sanctifiée et contenue (1). » Charlemagne est supérieur sous ce rapport au roi Dacaratha du grand poème indien, qui est trop absolu^ et au roi Eaus, du Schanamehy qui n'est pas obéi du tout et à qui l'on ose dire qu'il serait mieux dans une maison de fous que sur un trône. C'est aussi l'écueil sur lequel devait échouer l'épopée firançaise. Sous l'influence des idées féodales et pour plaire aux seigneurs, les trouvères ont fini par faire de Charlc?magne et d'Arthiu* des radoteurs, des Cassandre, joués par leurs vassaux. Quelques paroles de (jane font pressentir cette tendance.
Un autre grand caractère de la royauté dans
(1) Montalembert, les Moines d'Occident, tome I«r, page 27.
CHARLEMAGNE OU Df) ^A ROYAUTÉ, XLIX
les poèmes finançais, c'est d'être légitime. Tel est le sens principal de l'expression droit empereur^ qui y revient si souvent. Aussi la monarchie estelle considérée dès lors comme le palladium de la France :
Puis que Franchois ont roy, n'y arons raenchon !
crient les assiégeants, lorsqu'ils entendent dire que les Parisiens ont élu Hugues-Capet.
n y a encore ime circonstance à signaler, et c'est celle qui grandit le plus Charlemagne. Je veux parler de la protection directe de la Providence. Dieu renouvelle le ^miracle de Josué pour lui laisser le temps d'achever la destruction de l'armée de Marsile. Dans un combat contre Baligant, il allait périr si Dieu n'eût détourné le coup. Il reçoit des songes. Un ange veille sur lui. Dieu l'aime :
Oiez^ Seignor, com Diex ot Karlon chier^ Qu'il nel laissa honnir ne vergoingnier (1).
Dans Agolant^ on le compare & un ange :
Ange resemble du ciel jus dévalé (2).
La protection de Dieu lui donne presque un caractère sacré. On ne dit pas, il est vrai, de Charlemagne comme de Rama qu'il guérit l'âme ; mais il bénit ses guerriers (3) .
(i) Gaydon, page 8^ édition de MM. Guessard et Saint-Luce.
(2) Édition Bekker, page 163.
(3) Voir Agolent (Asprêmont), vers 33, et ia Chamon de RO' Umd, page 155 de ce volume.
INTRODUCTION
En résumé, le Charlemagne de la Chanson dé Roland réalise le plus bel idéal du roi des rois. Je le trouve plus grand et surtout plus complet que Daçaratha, qu'Agamemnon, qu'Attila. Si Ton ne connaissait l'origine de Roland, on ne comprendrait pas que notre trouvère eût pu produire un héros encore plus grand que son Charlemagne.
DE LA TRAnmON NATIONALE.
Les diverses épopées des Arians, et il n'y a que les Arians qui aient des épopées, ne rendent pas le vieil idéal mythique de leur race d'une manière abstraite ou allégorique; mais, comme nous Va*vous déjà indiqué, chaque nation a marié ce type primordial au souvenir d'un fait historique qui lui est propre. Ainsi, dans le Ramaya'na, Faction fondamentale, c'est - à - dire la défaite du dragon par im dieu incarné et uni à une femme fatale, rappelle en même temps le triomphe des Arians- Indoux sur les indigènes du Dekkan et la conquête de rile de Ceylan avec le concours de Ces indigènes soumis. V Iliade rappelle la lutte dès Hellènes de la Péninsule contre les populations des cités de TAsie-Mineure. Dans là dernière rédaction des Niebelungen^ l'antique fable de Sigurd, corome M. Amédée Thierry l'a démontré, a été remaniée sous, l'influence d'jane situation créée par l'invasion des Hongrois, etc., etc. Ce caractère important né