‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · DE LA TRADITION NATIONALE, LU · texte numérisé non relu

DE LA TRADITION NATIONALE, LU

 la tradition nationale se rattache l'amour de la patrie , qui est très-vif dans nos poèmes chevaleresques. Le zèle religieux n'étouffe pas le patriotisme et il lui vient, au contraire, en aide parce qu'il élève et consacre l'idéal national.

(c Défendre le christianisme contre les infidèles, dit avec raison le traducteur allemand de la Ctum» son de Roland^ voilà le grand mobile; mais les Franks marchent à la tète des autres nations , tout disposés à conmiencer le combat; le drapeau autour duquel tous les peuples se rangent, c'est l'oriflamme. Le triomphe de la bannière rouge de Saint-Denis , la victoire de Dieu , voilà ce qui fait l'orgueil et la gloire de la France. C'est à cela que la Chanson de -Roland doit d'être une épopée nationale française. )>

Cette patrie a deux caractères qui justifient l'amour des chevaliers français : sa supériorité et son charme.

Quand Dex eidiit nonnante et dix roiaume Tôt le meiilor torna en douce France (1).

La vue seule des fleurs de lis inspire la terreur aux ennemis dans le poëme de Hugues Capet :

Car les armez de France sont de tel essient Qui les voit en bataille^ grande paour l'en prent.

Dans la Chanson de Roland la supériorité de la France est exprimée par la qualification de Terre-

(1) Id Coronemens Looys, vers 13-14. — La Chanson de Boland, pages 86 et 154 de ce volume.

UV INTRODUCTION,

m^o^* I^ charaie particulier à uqXw p«ys est a^n^rimé par le mot douce France.

Les Sarrazins eux-mêmes se servent de cette expression:

Tote iert la ville essiliée et gastée^

Et doiiot Franoe tt prise et oonquestée (1).

Les mœurs des âges héroïques accordent une grande importance aux richesses et plus particulièrement à celles qui sont conquises sur l'ennemi, au butin. C'est un signe de vérité et de naïveté qui se retrouve dans nos poèmes et dans nos chroniques rimées :

Dat I quel eacheo fu iiluec oonqueates !

Cbascuns en ert menanx et asasez (2).

Moult ayint bien Tan gré la nuit premièrement, Plttfi valut 11 esches de trois mil mars d'argentj Aus barons qu'il ama en Ast riche présent, Por ce monta en pris en Test moult durement (3).

Roland parle aussi du butin, mais incidemment. En général, l'amour du butin n'a pas, dans les chansons françaises, le caractère d'apreté qui peut choquer quelquefois dans les Niebelungen^ où la possession d'un trésor est le principal nœud de l'action comme dans Texpédition des Argonautes.

., (1) Li Covçnans Vivien, page 169, édition de Jopckbloet. — La Chanson de Roland, pages 2 et 31 de ce volume.

(2) La Batailk dTÀleschAtnps, vers 6981.

(3) La Chanson d*Antioche, chant iv-xxvii.

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