‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 32 sur 61 · DE LA NATURE. CXIII · texte numérisé non relu

DE LA NATURE. CXIII

Et les oreilles por miens enoouragier; ^et l'en la route et il prent à trader, Jusques au lit vint li vrais liémiers.

Entre deux chesnes (Aéus et esrachiés/ Si com li ruis d'une fontaine vient.

Là se gisoit por son cors réfroidier.

Quant il entent le grant aboi des chiens.

Encontre mont li sangles est dréciés. ' Il estela, en après s'est vuidiés. .

Ne fuit pas, ains print à tomoier.

Là giêta mort le gentil liémier, Nel voulsist Bègues por mille mars d*or mier.

Comparez ce morceau si précis, si simple, si vrai, avec la chasse pompeuse de Giarlemagne décrite par ThéoduKe pour voir la différence qu'il y a entre la rhétorique et la vraie poésie.

Le duc Nayme , dans Agolant, passe la nuit sur la montagne ;

Li dus out froit, si li trembla la pel, La nuit n'ont dent dont ne féist martel.

Il suffit d'ouvrir un de nos poèmes chevaleresques pour trouver des passages pleins de grâce et de sensibilité sur les rapports des chevaliers avec leurs destriers. Ainsi dans la Bataille d^Aleschamps (1), Guillaume au Court Nez, en détresse, parle à son cheval Baucent, harassé de fatigue :

« Cheval, dist-il, moult par estes lassez...

Mes or sai bien qu'aidier ne me poez.

Si m'aist Dex, n'en doiz estre blasmez.

Car tote jor moult bien servi m'avez.

(i) Vers 538, 693 et suivants. — La Chanson de Roland, page 60 de œ volume.

Petit fn ore De âUMÛ^ SM^V^

Et coréuz, point et espérqime§.

De ton servise te ri^t iQer<aû| et fi<Q|^..

S'estre péusses h PfP^^ ot|pt|b

N'i montast sele dev^t XS^ jflffs W¥S^m

Ne mengassiez d'or^ si tust puras,

II foiz ou III o le bi)cin poiei^

Et U Torragpes îua\ gentil (èii^ ^ pvez^

Tôt esléuz et en seson feqet;

Ne béussiez s'en veasei )V)n 4or^^

Le jor fussiez IIII foiz çoméçz

Et de cluQç ppiJ^ ^^9toz envelqpez.

Se en Espaigne es de paiens tuez^

Si m'fils^ Des J xx)OHlt en i^rfi ii^l i^

Bjauce^t Tol^ si a froncée le nés^

Autd i*entent com s'il fùst hom senei :

La tette croUe| si « des pies hoes^

Heprent s*alaine^ tost est Miyigor«|j;

Cuer li revint^ si est toz i^epoyrez.

Ans! benist oom s'il fust gitez

Pops de l'estable et de novel ferrez.

Quand vit Guillaumes qu'il est revigorez^

Ne tust si liez por Xllli citez.

Il y a une scène très-touchante au moment ot^ le cheval Broiefort retrouve et reconnaît son maître Ogîer :

Au bgp ceval s'est d/Ogier reme^ré^

Fronque et henist^ si a du pié graté^

ESocontie tien est oonobiés et poeeis

Ç^Yfff^t û^r p^ ipant liu|niti^.

Li dus le voit, si l'en prist grant pitié^

S'il ne plon^t^ ]\ ç^eisf 1| U^ çsfe^é»-

Et Kallemaine a d» pitié pjpci&y

Et li dus Namles et trestos U ^Mttp^ (il)..

On ne saurait trop remarquer la vérité, la px^^&ci•.

Ogier de Jkamemarche, page 443.

POPULARITÉ p^ Q^i^S^If^ DE QESTE. O^V

gy^iyl style à tçut^a Jiaa épotp^^a.

P^NPyLARné I»S» CHANSONS IBfE 6E6TE.

Pia 4# C4i9;u2^^ qui i^p^e^ktoAt de pliMm pfair lîf^fs 4â ^Qf» c^hw^ivi 4«^ g^t^.» cA an pootieiilîeài, ^ CJ&^rfSi^n de ^and pn^im le» yélritaUes épûn ^4g|^ t'egt d'i^ éci^tra mm une foosne aoeewlile à tous.

Ce n'est pas une tâche facile de diviser les oeuvres de l'esprit suivajF^t j[a classe 4e la ^gi^t^ ^ ^quelle elles s'adressent. p{éa;»84QiM q^ ;lH)^Amalti« que les œuvres destinées au peuple seul sont généralement grossières et sans goût, comme en témoigne le recueil publié récfw^çiit par |4, ^^^« ftîimz terai que le peuple est facilement accessible à la crédulité, mais quHl veut de la simplicité e;^ une certaine fiwncbi^gj ^^'^ppt fejufg^côs açcçptg yplontiers la vulgariÙ des lénBes, il aime les saiives, les plaisanteries, grivoises sur )es fejnmes et sur les dercà, }és petitç^ imbiét^, Içs petites taxjui^eçies poM^^^ mi^' n exi|e impéi^ieiisemçnt }q bon 9èià: la Uttân^tU^ de&^ée aux classes élevées tbitîbe jEetcHement dans r|mjqpLor£^té mondaine, dans les complications infinies, dans les subtilités de sentiment, dans les raffinements spirituels ; mais

elle est én^pi>einte i\]^ goût plii^ délicat:

à fat Térildbie riaadeBr das ks oenicsde FcqnL 1» œawp» ndkmsflt çmdcs sont acoeanUei i U/m^ «n»i âotÇDMi de lai gw—itiiilî popahire que de; lai ralgarité bocrçeone et dn nfinaBcot ariflMxati^ttr, mais ifnntwaml la ûmfëtâHé d la CraDcfaife aa bon «ni et an goAL

Ce sera la ^cmëtmMlk de la pocac firaacawc aax pRmien sièelcs dn mojieD ftge de n'arairélé ni raftique, ni bourgeoise, m anlocntiqae, aait nationale. tSe s'adfaae, en effet, à tonks lei daaws de la aodélé. Éeonfoni le Imnit t e d MMfc y y

Or,eataâa^ fomt Dm k cmiar, (QbH Bow gnde par b «oie doMfcor!)

MMKKtflM>m SSOdCSu OOOQQM CS

et edm des Quatre H& i4jfi9iofi r

Sognean^ or, fiâtes pôiy dM^rafioB et Et rois ci ducs et eootes ci priaees de Bt pfélif ci lioiif]S''MSy s*^*^ ^ ifB^oPiy

Ces œones étaient diantées non-senlanent dana' le cbàtean, mais sur les places publiques à la foole assemblée dans les jours de fète (1). Pendant tout le moyen âge, la Chanson de Roland fdt, sous nne forme ou nne antre, le chant de guerre de Farmée

(1) Leroux de Liney, Chants hùtoriques français, page sa. — > HMaire littéraire de la France, tome XXII, page 282.

POPULARITÉ DES CHANSONS DE GESTE. CXVIl

française, ainsi qu'en témoigne l'aventure si connue de Taillefer, à la bataille d'Hastings :

Tftillefer^ qui moult bien cantoit^ .

Sur on ronoin qui toet aloit Devant eux s'en aloit cantant % De Carlemagne et de Rolant Et d*01iyier et des vassaus Qui mounarent à Ronœvaus.

La poésie chevaleresque au moyen-&ge faisait vibrer les mêmes sentiments chez tous les Français sans distinction ; car, si elle faisait appel aux facultés les plus élevées et les plus délicates de l'àme, c'était sous une forme accessible au plus humble conmie au plus orgueilleux ; c'était dans une langue née de l'idiome populaire, qui avait complètement remplacé la langue des conquérants et qui n'avait emprunté à ces conquérants que les ailes de l'épopée.

La manière même dont les chansons de geste ont circulé a agi sur le style en l'obligeant à être dair et simple (1), parce qu'il devait être compris en même temps par le seigneur d'origine franke et par le paysan gallo-romain.

D'ailleurs entre ces deux hommes de race, de condition et de destinée si différentes, la croyance commune était un lien et les mœurs du moyen-àge ne créaient pas une séparation absolue; ils vivaient beaucoup ensemble et côte à c6te. Qu'on se représente la table du seigneur pendant le repas du soir, telle qu'un éminent romancier nous en a laissé le

(1) Gmilaume cTOnmge, par Jonokbloet, tome 11^ page 811.

GXVtli mTRODÙGTION.

tableau dah§ le tonlah Â^Ivanhoë, où plutôt, Isàns passei>le détrdit> tl*âns^ortdtis-nbus dé faouveaû àù banquet du duc Aymon, dont nous avons déjà parlé et où les seigneurs sont asDis avee les bourgeois et les bourgeoises, chà^turi ieltm son estât, La table était commune : grâce à ce contact, le plus intime de tous et qui a même quelque chose dé religieux, le grand ne pouvait pas s'isoler dans des sublilitës oisettôéë et immbrèles i il àVaii uii ailciitôire dHotinhes siihpieë et occupés de rudeë labeùrà'; mais, en même temple, le petit, habitué à entend là conVén^tion sur les grands intébétiâ de lài^ligiott, de là patrie, dé là province, ne pouvait pas toihbër dans uhe grossièreté qtd n'y edt pas été tôlêrêê. ts. vie commune était un obstacle â l'un et à l^aub^ niai. Tout d'un cbup, le trouvée du lé jbiiglèW, ^ atàitpHs piace àlà thème tablé, coninielé hiàh^hànd fbWih bti le hicndiàïit, titoit son betit Ibstruitietit et (âiàhtàit à tohtes les oreilles attentives ta Ckttnsùh de Jto/rihtf où h SàtaUlé d'Ale^chafnpéi NileprStrë, ni là jéùhë iillë^ nbblé bù paysanne, n'éUttehtëxt^dSël^ à rougir, car le récit était ausil piëùx <JÙë le iselribton dû plfètre, àiteSi pur qùë le i?èvë de Feiifiilit. Le dernië? talet Jileuhilt comme te sëighëtlr, lôti^ë le chahtëui* i*dèbntait, sous uiiè formé é^àlëmëhi àdiëssiblé â tdus ^àr sa sùpérïotité même, éomiùèilt Roland, préS de mourir, Iraânàil les càdatl^és dëà autres j?ài«, àùt>rès de Tùr^ih blfeséé j^bùf que

L'arcevcsque^ que Deus mist en sun num^

leur donnât Tabsotite avant de i*endre le déliiier

POPULARITÉ isÉS vâkMblii^ de qeste. dtK

§ett^i^. lïiBt lé mmè ^aiûmmti^ bdiMëfit k

traître Gane serait puni ; si Guillaume htt èovm ftël «â)&]^flëMt ftti aê^trë tkàsê pàjt ^H iâl^ifadént mnm «t MjdiÀaifàit sh tillë d'Dfahgéi !» bdttlètMiM 9é U m^%m, ôft iliië bbilllétë et hmii^ éjpbti^ lfflèltMlrli|t^r; atthatitdé^rétilpiUlls^qtl'iliidhi^ fmit bVméiA fi% abit^ttis làisséir liëii téiis&ùitsxpbséS ^mm kn)X»îàh. l ^^^aiinë sdUtiAit kmi û^ crètement ope \A j^hiS g^lldë ÛAtaè, iiix ifi^tulfttaafil aë tiuUMhi k\k m àm^iè àtUc^e» là bèibité m ààthës aë la éoui> tilall ëkpà^i^ teh ffîàfl.

ÈiÉtttm 'pxè m aipim ae RoUbà tni aé ôtiii^

lâiinië ixà Côtuft Ne^ ; le m^Aéra ëiigâ^t SHtt ao^dll ^dif ^ër feôdUnittiie léS énbëlnis éë blëtt ; mSS il ii'f allait fâsSèill : |>lhs d*^ p^ tt été ftiiM «héiitè ^ léâ t^dtÀlrëâ, k^tès àfôtf étS llispîK 'pw édx.

Gë n*^ pa â6\ii^niélif la ^ê§ië; Am {*\ià pl8= ilcfiië t}ni kTitit ëé bù^Actèré ^ciéttic dé {(cplàiïté. Les éëttlptui«6 aëà ëgUsès étiilëlit àVJItlt tdUi ^liSaà^ mm dà i^plë Ig&wsiii (l). » in. Vidllèf4ë^gd6,

68i<ftcf6M ësèéMiëUëliiént pot>iilaii<ë éë i'iimiëci tnïë iiotbiqùé. Cofoiaë M. Titirië l'a fiit tttiidriïùè^ àHie ttUsbn èil ^i^làut au SL6m de Strtebbtif^, Ut ebthéâMë « patlait «jiitë ëùtiif^ icak yéUi; Ad )Éiimiëi> reilti, à iili paÙTÏé Bûchéroii;.! «db! fitii Mdsdmiéiâeiit b'eftt pu pëi«ef 1& lodMé ètlïrëld^itè . . .

(1) Ces paroles de David çl'Aneers sont citées par M. Ileoa^i à la page 204 du Xls* \<ilmbé dé M Mèti À* mùi^^MMIii.

GXX INTRODUCTION.

Un homme n'a pas besoin de cultare pour en être touché (1). »

Saluons donc avec amour, avec vénération, avec reconnaissance, les monuments écrits ou sculptés qui ont pu unir dans un même sentiment les hne^ de tous les Français, non point en les écrasant sous le niveau de la bassesse, mais en les entraînent toutes dans les sphères les plus hautes et les plus pures, sur les ailes de la poésie et de l'art.

Du reste, le moyen &ge n'a pas joui longtmps de cet avantage. Une scission s'est opérée peu à pei]| dans*la société , qui a perdu insensiblement tout caractère simple et patriarcal. La transition est déjà indiquée, dans le roman de Walter Scott, par la différence qu'il y a entre les mœurs de Cédric et celles de WilMd d'Ivanhoé. Combien le père est supérieur au fils sous le rapport social! La séparation des classes s'étant ainsi opérée dans les m«eurs, ce qui conserva l'enveloppe extérieure de l'épopée s'égara dans la galanterie , la magie,les rafanements et les intrigues du roman d'aven^, tures. Descendue des hauteurs pures de l'épopée vraie j d'où elle éclairait et réchauffait tous les coins de la France comme un soleil de midi , la po^e n'a plus fait que dorer quelques sommets d'une lumière froide. Bientôt, sous la conduite de Jean de Meim, le poète de Philippe le Bel, cette littérature vint encore donner sur le récif de l'allégorie anti* religieuse et antisociale. En supposant que ces

(1) Revue des Deux-Mondes, tome LVI^ p. 803.

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