‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 34 sur 61 · A CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

A CHARLEMAGNE

Notre grand roi, Fempereur Charlemagne

Sept ans tout pleins en Espagne est resté.

Juscp'à la mer il conquit le pays.

Il n'est château qui tienne devant lui.

Cités ni murs ne restent à forcer^

Hors Saragosse, en haut d'une montagne.

Marsile y règne : il n'adore pas Dieu,

(i) CSes divisions n'existent ni dans les manuscrits ni dans lés Mitions qni ont été publiées en France et en Allemagne.

Le mot AOi se trouve à la fin d'un grand nombre de strophes de la Cfumson de Boiand, Le sens de cette particule n'est pas bien oonnu : les uns y voient une exclamation guerrière^ tandis que d'autres pensent que c'est une indication musicale à Tusage du jongleur qui chantait ce poème.

Sert Mahomet et réclame Apollon (1).

Il ne pourra se garder de malheur, aoi.

Le roi librsiR était àSarCi^siB.

Il est slue dfans mi verger à l^mbre,

Sur un perron de marbre il s'est couché.

Autour de lui sont plus de vingt mille hommes.

Il interpelle et ses ducs et ses comtes :

(( Sachez, seigneurs, quel malheur nous encombre :

« Car l'empereur Charles de douce France (2)

« En ce pays nous est venu confondre.

(( Je n'ai d'aroaiée à pouvoir le combattre^ '

« Ni gent capaMe à disperser la âenne.

a Conseillez-moi comme mes honmies sages :

(( Préservez-moi de la mort^ de la honte. »

(1) Les muBÛfmans h'aaof^ht|>a8 M'àhomët^ lirais telïïen mii|p&. Les poésies chevaleresqoes eonfdntfeiit ees in^ftdèlBt livvè 1^ fMJVifc de Tantiquité, et leur attribuent un culte à Jupiter et à ^fo^x», A ces noms, celui qui s'ajoute lé plus soufe'nt^ esi celui âé TÛrvagan^ dans lequel on a ifiéfohé a rec<Mittàfti% hiib ^frlnÙé I^tVlympe Scandinave. Ces noms et cehii de Cahu^ se retioaTmt dMH presque tous les poèmes chevaleresques. notammjB'nt dans Raçul de Cambray, pa^ës 309 'éi 340 ; dans ^ierdbfé», 'pUg^ W, ïlft. Krœber et Servois; dans la chevalerie Ogier de Danemarchey page kl^; âuinijvy de Bottr^og^/page 103; dân* AffolàniiAapHimtilïi), vers 907. — Voir au mot Mahomet le glôstaire de M. F. MIflWà fti «uite de sto édition ^ la Chanson de Roland,

(2) L'épithète de elouce est ordinairmetat Jointe an «Mu Me la France^ même par ies Sarrazins. — Voir Itaov/ de "C ùmèn fH , page 229, la Bataille (fA leschomps, vers 2804, édition de JooekbkMit; Garin le Loherain, page G9 de la traduction de M. P. Paris.

LA CHÀK9DN 1» HOLAND.

FoctttHUMndrîû^ dn Oistél de Val-Fonde (1).

Blancandrin fat des plus sages payens ;

Un chevaliëit de beaticotip de cottrage;

Homme de Hmi 'jpbtir ftidef soïi sel^ëiâr.

n dit au rôi i: te He iwttt teflfipayc* pas.

« Ofteèk à Cfeàâfle, îif org^eiHéiïx, au ftet

<t Loyal 1»!Wteè et tipfeô-gtatïde aitiittè.

« Pi^sentez-ïtô dëji otes, fi(!ms €% clhiem

« Sept cents thltàneSLtfltil mifle 'axAotïrà ûit^ (â),

« D'or et d'apgcWt trtds 'eerits tatdèfe ch&rgêsu

« n en fetti irem^rtehiqtiàftte ciiàife,

« Bien en ^otofa^aN^ ton* séfe'Sdtàatâ.

<c En ce pays, c^etft ésséi ^liferro^ ;

i( Dans Mx, en PttitKîé, il '^èst àofàteimm^.

i( You* ^ "èreâMpex àir jèâr de SaM-!ifidid,

«c \ëtà "tdeè^mtt !a loi 4é chrêfieïrté,

a Serez SM liolQAtûe et) tous ïbiens, tous honnett».

« Vous enverrez des otages, s'il veut,

c< Ou dix ou vingt pour qu'il ait confiance.

i< Envoyons-lui les" enfants -de *oéj femarés.

« Dût-il périr, j'y entwraî le mieîft !

*(l)*f1â|ffe»i*; V<Jîf Al Bahtilli: «fJ/ewfeeiJtp*, vefs f288 ; €irûrd lS^fii9èe,*pÊ^\^;\é giossuiiiB de M. T. lilichel.

^%àÉ8^ «tir^'la taoe, CeAi lemométit où lestibéanxde chftiMe ont le plus de yMttt. Voir Animry îe Buurgoing, puge 4.

« Il est bien mieux qu'ils y perdent leurs tètes <( Que nous perdions et l'honneur et nos biens, K Que nous soyons réduits à mendier ! » aoi.

Il dit encor : a Sire, par ma main droite,

« Et par la barbe à mon sein ventelant (1) ! ,

« Vous allez voir leur troupe se défaire ;

a Les Franks iront en France, sur leur terre ;

« Chacun sera dans son meilleur domaine :

« Charles sera dans Aix; à sa chapelle ;

ce A Saint-Michel il fera grande féte^

« Le jour viendra, le terme passera :

a 11 n'entendra de nous mot ni nouvelle.

a Charles est fier, et son cœur est cruel.

« Il tranchera les tètes des otages;

« Mais il e^t mieux qu'ils y perdent la tète,

« Que nous perdions notre Espagne la belle, .

« Que nous ayons des maux et des soufirancea.

Chaque payen dit : « C'est peut-être bien ! »

Le roi Marsile a fixé son dessein.

Il appela Clairon de Balaguet,

(1) À mon piz ki verUéle, c'est-à-dire qui flotte aa vent devant ma poitrine. On le dit aussi des bannières , notanmient dans Gorm le Loherain, page 187 de la traduction. Il est regrettable que Toii ait laissé vieillir cette expression précise et pittoresque.

Estamarin et son pair Eudropin,

Et Priamus et Garlan le barbu,

Et Machiner et son oncle Maheu,

Et Joymer et Malbien d'Outre-mer,

Et Blancandrin pour conter ses raisons.

Des plus félons il en appela dix.

ce Seigneurs barons, allez vers Charlemagne.

c( En la cité de Cordoue il réside.

« Branches d'olive en vos mains porterez,

« Signifiant paix et humilité.

« Si par votre art vous pouvez m'accorder,

« Vous recevrez beaucoup d'or et d'argent,

« Terres et fiefis, tant que vous en voudrez. »

— a Nous en avons assez, » répondent-ils. AOi.

Le roi Marsile a fixé son dessein.

Il dit aux siens : a Donc, seigneurs, vous irez,

« Branches d'olive en vos mains porterez

« Et vous direz à Charlemagne, au roi

« Que, pour Jésus, il ait merci de moi ;

« Qu'il ne verra ce premier mois passer

« Sans que je vienne avec mille des miens ;

a Je recevrai la loi de chrétienté,

« Serai son homme^ et de cœur et de foi

«c Et s'il en veut, il aura des otages. »

Blancandrin dit : a Vous aurez bon succès, i» agi.

Marsile a fait venir dix mules hlanoheSi

Que lui donna le roi de Suatilie ;

Les freins sont d'or, les sellfii aj^gepUeê.

Les messagers sont montés spr les mules,

Us ont m main des branchas d'olivier.

Ils rejoindront Charlds, la roi do France.

Il ne pourrez bire qu'ils ne le trompent (i). im.

Page 1