‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 35 sur 61 · DE MARSILE · texte numérisé non relu

DE MARSILE

Notre empereur est en fête, en liesse, Cordoue est prise et le mur mis en pièces, Par ses pierriers il a détruit les tours.

Ses chevaliers en ont un grand butin D'or et d'argent, de riches vêtements.

Il n'est resté nid payen dans la ville Qui ne soit mort ou devenu chrétien (2).

(1) Le texte dit : que algues ne l'engignent^ c'est-Mire quelle ne le trompent en quelque chose, un peu.

(2) C'est dans les chansons de geste un usage constant de tuer ceux qui refusent le baptême; cependant plusieurs papes, et notamment

LA GjEIANSQN D£ EOLAND.

Notre empereur esl dans un grand T^^^'i

Sont avec lui Roland, sire Olivier,

Sanche le due et le fier Anséis,

GeofiBroy d'Anjou, gonfalonier du roi,

Gérin y fut et son ami Gérer.

Il y avait aussi bien d'autres preux :

De dquo^ France ils étaient quinze mille.

Ces chevaliers sur de beaux tapis blancs

Jouent au damier pour s'amuser entre eux,

Au jeu d'échecs les vieux et les plus sages.

Les bacheUe]^ légers jouent à l'escrime.

Dessous un pin, auprès d'un églantier

Est un fauteuil qu^on a &it tout d'or pur.

Là sied le roi qui tient la douce France.

Blanche est sa barbe et sa tète fleurie ;

Noble est son corps, sa contenance fière.

Le cherche-t-on, n'est besoin qu'on le montre !

Les messagers dfï^OQndent de cheval ;

Avec respect et gr^ }1$ te «ah^ent.

C'est Blancaudfip qui parle le premier.

Il dit au roi : « Soyez béni de Dieu,

saint Grégoire le Grand, s'étaient prononcés contre les conversions forcées. Voir d'sntres exemples , dans Fhire et Blanche flor, Éd. Duméril^ page 123^ et dans Guy de fourgogr^, page 10^ :

L'arcevesque Turpin va les fons aprestant.

Le seignor i baptisent et des siens ne sai quans ;

Et qui Dieu ne veut crûre, tous les vont ociant.

<c Le glorieux que l'on doit ador^ !

a Vous fait mander le brave roi Mandle :

« Qu'il s'est enquis d'un moyen de salut,

« De son avoir vous veut donner beaucoup,

if Ours et lions, lévriers enchaînés,

« Sept cents chameaux et mille autours mués,

a D'or et d'argent trois cents mulets chargés ;

a Vous en ferez remplir cinquante chars.

« Tant y aura de besans d'un or pur

« Que vous pourrez bien payer vos soldats.

« Assez longtemps vous fûtes en Espagne :

« Dans Aix,'en France, il vous faut retourner.

« Là vous suivra mon maître, il le promet. »

Notre empereur étend les mains vers Dieu,

Baisse la tète et commence à penser, aoi.

Notre empereur tient la tète inclinée.

De sa parole il n'est jamais hâtif.

Sa coutume est de parler à loisir.

11 se redresse , et son visage est fier.

Puis il répond : <c Vous avez bien parlé.

« Le roi Marsile est fort mon ennemi ;

« A ce discours, que vous venez de dire,

i< Par quel moyen pourrai-je me fier? »

Le Sarrazin lui dit : a Par des otages ,

« Dont vous aurez ou dix ou quinze ou vingt.

« Dût-il périr, j'y mets un fils à moi ;

« V0118 n'en aurez, certes, aucun plus noble.

(c Quand vous serez dans le royal palais,

« A célébrer le jour de saint Michel (1) ,

« Là vous suivra mon maître, il le promet ;

« A vos bains d'Aix , que Dieu pour vous a faits,

<c 11 a dessein de se £Bdre chrétien. 1»

Charles répond : « 11 pourra se sauver ! m aoi.

Le soir fut beau; le soleil était clair.

Le roi fait mettre à l'étable les mules.

En un verger il fBdt tendre une tente.

Les messagers il y îait héberger ; Douze sergents les ont bien accueillis.

Jusqu'au jour clair ils y passent la nuit (2). ' De grand matin s'est levé l'empereur ; .Charles ouït la messe et les matines , Et sous un pin l'empereur est allé.

Pour le conseil il mande ses barons (3) :

Par ceux de France il veut en tout marcher, aoi.

(1) Le texte dit : Saint-Mtchel del péril, ce qui veut dire, patron du monastère de Saint-Michel en péril de mer. Voir Garin le Loheram, page 184 de la traduction.

(2) Voir dans Gérard de Rossillon, édition F. Michel, pages 320 et 334, et dans Agolant, vers 1247, la réception faite aux messagers.

(3) Ici et aux pages 4, 5 et 10^ le trouvère met : son cunseill fmer ou fenir, oe qui veut dire : flxer sa résolution.

10 LÀ CHANSON Dl BOliAND.

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