‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 47 sur 61 · COMMENT OLIVIER EST BLESSÉ A MORT · texte numérisé non relu

COMMENT OLIVIER EST BLESSÉ A MORT

Quand les payens voient si peu de Français, Ils ont entr'eux orgueil et réconfort.

Ils se disaient : <( Charlemagne avait tort ! )>

Là, Marganice est sur un cheval bai,

11 pique bien de ses éperons d'or,

Frappe Olivier dans le dos par derrière,

Le blanc haubert lui détache du corps.

Et fait sortir l'épieu par la poitrine.

« Vous recevez un bon coup, lui dit-il,

<c Charles à tort vous laissa daas les gorges I

<c n nous a nui, meis ne peut s'en vanter,

<c Car sur vous seul j'ai bien vengé les nôtres. x>

Olivier sent qu'à mort il est frappé,

Tient Hauteclaire au bon acier bruni.

Et va frapper le payen sur son casque (1),

Dont les fleurons et les pierres jaillissent.

n lui trancha la tète jusqu'aux dents.

Brandit son coup dont il l'abattit mort.

Il dit après : a Payen, sois-tu maudit I

<c Je ne dis pas que Charles n'ait perdu ;

a Mais à ta femme ou bien à d'autres dames ,

<c Dans ton pays, tu ne te vanteras

<c De m'avoir pris la valeur d'un denier,

« D'avoir fait tort soit à moi soit à d'autres ! d

Puis il appelle à son secours Roland. AOi.

(1) Le texte dit : Sur Telme a or agut.

Olivier sent qu'à mort il est blessé :

De se venger il n'aura le loisir.

Dans la mêlée, il frappe comme un brave.

n leur tranchait les lances, les écus,

Les pieds, les poings, les selles et les côtes.

Qui l'aurait vu démembrer les payens.

L'un jnort sur l'autre à terre les jeter,

D'un bon guerrier pourrait se souvenir !

Le cri de Charle il ne veut oublier :

<c Monjoye! il dit d'une voix haute et claire.

« Roland, mon pair et mon ami, venez,

ce Approchez-vous de moi, car aujourd'hui

tt Avec douleur nous serons sépairés. ï> aoi.

Roland regarde Olivier au visage :

Le teint est bleu, pÀle et décoloré ;

Le sang tout dair coule le long du corps.

Et sur la terre en retombent les gouttes.

« Dieu! dit Roland, je ne sais plus que fah*e.

a Votre courage, ami, vous est funeste.

a Nul ne sera qui vaille autant que toi (1) !

(1) Dans cette strophe et dans d'autres passages que j*ai laissés întactSy le trouvère^ comme certains auteurs latins du moyen àge^ emploie dans une même phrase le singulier et le pluriel du pronom de la deuxième personne. Voir aussi la Bataille (TAleschamps, aux vers 1374-75 et 7725.

« Eh! France douce, aujourd'hui restes vide « De bons guerriers j confondue et déchue (1)! a Notre empereur en aura grand donunage I »

Sur son cheval, à ces mots, il se pftmel aoi.

Voici Roland pâmé sur son cheval, Et son ami blessé mortellement.

Il a saigné tant que ses yeux sont troubles; Il ne peut voir ni de près ni de loin.

Ni clair assez pour distinguer quelqu'un.

11 rencontra Roland, son compagnon.

Frappa si fort sur son casque doré Qu'il le fendit jusques à la visière ; Mais dans la tète il ne pénétra pas.

Sur un tel coup, Roland Ta regardé; 11 lui demande avec calme et douceur :

a Mon compagnon, le fltes-vous de gré T a Je suis Roland qui vous a tant aimé.

a Vous ne m'aviez défié nullement (2). »

(1) Void ces beanx yen, dont }*ti rendu le nwnvemeni d'orné

manière bien imparfaite :

E^ France dulce^ cum hoi remeindras guaste De bons vossals^ cunfunduc et chaiète !

(2) On ne pouvait s'attaquer ni chercher à se nuire avant d'avoir^ par un défl, prévenu son adversaire de se tenir sur set gardes. Gane a eu soin de défler Roland et les douze pairs (page 17)^ et il le i;appellera au début du procès.

Le roman de Girard de Vianc raconte les aventures à la suite

Olivier dit : nie vous entends parler, <c Mais ne vous vois ; que Dieu veille sur vous ! <c Je vousfirappai, mais pardonnez-le-moi. »

Roland répond : « Je n'ai pas eu de mal :

c( Je vous pardonne ici et devant Dieu, v Les deux amis l'un sur l'autre se penchent.

Sur cet adieu, les voilà séparés (1).

Olivier sent l'angoisse de la mort,

Et ses deux yeux lui tournent dans la tète.

Il perd la vue et l'ouïe en entier.

Descend à pied, sur la terre se couche,

A haute voix fait sa confession

Et vers le ciel avec les deux mains jointes.

Demande à Dieu lui donner paradis

Et de bénir Charle et la France douce.

Et son ami Roland par-dessus tous.

Le cœur lui faut et sa tète s'affaisse ;

Le corps s'étend de son long sur la terre.

Le eomto est mort ! c'en est i^i d'Olivier.

desquelles Roland et Olivier^ après s'être battus en duel^ ont commencé cette amitié qui finit à Roncevaux avec leur vie. A la page 135 de Téditioa de Reima^ on trouvera un exemple tièft-prérâ de ces défis. Vient ensuite le magnifique récit du combat^ qui a été reproduit dans les Poètes fnmçcAi, tome !•', page 410.

(1) Cette scène^ comme beaucoup 4'^^^^^^ ^^ ^ CAoïMOi» d^ BiH landy a été imitée dans le Covenant Vivien^ aux vers 1426 et suivantSy 1787 et suivants. <•

Le preux Roland le pleure et se désole.

Jamais sur terre homme plus désolé !

Quand Roland voit que mort est son ami,

Et glt couché la face contre terre,

A le pleurer il se prend doucement :

a Mon compagnon, vous étiez trop hardi.

a Des jours, des ans ensemble avons été.

a Mal ne me fis, ni je ne t'offensai,

a Et quand tu meurs, ce m'est douleur de vivre! i»

Puis, à ces mots, Roland tombe pâmé

Sur son cheval qu'on nomme Yaillantif ;

Mais retenu par ses éperons d'or.

Par où qu'il penche il ne peut pas tomber.

COMMENT Hi NE RESTE PLUS QUE TROIS FRANÇAIS

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