‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 2)Chapitre 60 sur 61 · THIERRY JUGE QUE GANE EST FELON, ET COMMENT PINABEL VIENT LE DÉMENTIR · texte numérisé non relu

THIERRY JUGE QUE GANE EST FELON, ET COMMENT PINABEL VIENT LE DÉMENTIR

Vers l'empereur retournent les barons.

« Nous vous prions, sire, lui disent-ils, c( De proclamer que Gane est acquitté ; <c Puis qu'il vous serve avec amour et foi.

« Laissez-le vivre : il est homme très-noble ; « Roland est mort, plus ne le reverrons i a Ganelon mort ne nous en rendra rien, a Nous ne l'aurons pour or ni pour richesses. » Le roi leur dit : «Yoàs m'êtes tous félons! » a6i.

Quand Charles voit que tous lui font défaut,

n s'assombrit et sa'téte s'a£faisse^

Il a tel deuil qu'à àe dit malheureux;

Mais devant lui s'avance un chevalier ;

C'était Thierry, frère du duc d'Anjou.

11 a le corps maigre, élancé, gracile,*

Les cheveux noirs et les yeux presque bruns ;

Il n'est pas grand, mais non plus trop petit.

Courtoisement il dit à Chariemagne :

« Beau sire roi, ne vous troublez ainsi.

a Je vous ai bien servi, vous le savez.

« Pour mes aïeux je dois tenir ce plaid.

« Quel tort qu'ait tait Roland au comte Gane,

tt Votre service eut dû le garantir;

a Gane est félon de ce qu'il Ta trabi.

<c n a commis envers vous un paijure.

« Je le condamne à pendaison, à mort,

a EtquesonfH)FBI^MU«té4m#l^l^ « Gommeà£^gl4^^»lH>* .

a S'il a parente, s)4^«l9eQ<4rilH^i^fSII^ a Par cetts ^pée^ ^ mpp (I^hq gn^j'^ <^te»

<c Je soul3Ç|idr|i4 mc>n wi^ «iiflç f^Mmp» t Et les Franç^g : fç(>p, y/a^ 9^^ Jp^m dUi 9

Devaijt )e f oi Pififtl»! p|t Yonu ;

11 est grand, fort, agile et courageux.

Celui qu'il frappe, a bien fini son temps.

llditauB^; g^,}flp|a4Ap?t>îAtP^-

a Or, commandez q^'^l ji'y fit t»i)| 4$ ^9m.

a Voici Thierry gji| jugepiffut fi^tî •

« Je lé démens ^ Jç l'«RSPffit«#l«- ï^

11 donne au roi Iç gant 4p ^ maii^ drqife (4).

L'empereur dit : ^ Bons garant^ j^, i^emande* »

(i) Met U el p^in^ dç cgrf le de«tre guant.

Trente de^ siifpui 1q çmtàofinmi layai.

Le roi leur d^t ; ^ Vpus 1q g0i*aiiti$aez ; ni Les. fait gar4€ir j VQQues au jugeiwppt, APi.

Quand Thierys yç^iVgiBt'il f aum bataille*

Il tend au roi 1^ g^^t 4e s% ffiaifi 4rQi1»i

Et CharlemagHQ {|c«jBptp 8e§ gftmQte,

Il fait porter quatre bancs i§ur la place.

Là vonli s'asseoir ceux qui doivent combattre.

On reconnaît que tout est bien réglé (1),

Le comte Ogier ainsi le prqclama.

Ils font venir leurs chevaux et leuhs armes.

Avant d'allel^ Combattre, ils se confessent; àoi. Ils sont absous et bénis tous les deux, Vont à la mesgQi i^ ^ ço^w^iinion (g), Et de grands dons ïH^ f#*@nl^ aux ç^m^ntp,

Devait ]^ ^^ tpUA d€)U2| ^K>ut r^^ÇAUfl* Leurs éperons Us pqt aux pi^f) cbaus^éSt Vêtent leurs blancs hç^\^rts forts et légers,

(i) Ben sant viallés par |ug;çmçnt des altre^ Malles vient de mail^ c'est-à-dire qulls sont régulièrement traduits au n;iail, régnUèremonl mis aux prises.

{Note de F, Génin.}

(2) Il y avait une messe spéciale qu'on appelait messe du jugement de Dieu. (Note de P. Génin.) Voir Parise la Duchesse, pages 12 et 15,

196 LA CHAlCSOlf OB IMKAKDu

Leurs casques daÎFB atbdient sur la. tAle, Ceignent an ocnrps F^ée à garde d'or.

Les écns peints suspendent à leur oon ; A la main droite ils ont Féj^en trandiant.

Puis ont monté leurs destriers rapides.

Alors pleuraient cent mille clievaliecB, Qui de Thieny pour Roland ont pitié.

Dieu connaît bien qudle sera la fin !

LU

ne COMBAT QUI EUT UEC AUPBES D AIX-LA-CHÂPKLLE ENTRE PINABEL ET THIERRY.

Au-dessous d'Aix, la prairie est très4f]^;

Là des barons se fera la bataille.

Os sont tous deux courageux et prud%ommes.

Et leurs chevaux sont rapides et vifs.

Os piquent bien, lâchent toutes les rênes,

A toute force ils firappent l'un sur l'antre.

Les deux écus ils finissent et firacassent.

Rompent hauberts et déchirent les sangles ;

Les selles d'or tournent, tombent à terre.

Cent mille Franks pleurent, qui les regardent*

Les chevaliers sont tous les deux à terre : aoi.

Rapidement ils se dressent sur pieds.

Pinabel est fort, alerte et léger.

L'un cherche l'autre, ils n'ont plus de chevaux.

Avec l'épée à la garde d'or pur,

Ils se frappaient sur les casques d'acier.

Les coups sont forts à fendre les deux casques.

Les chevaliers français sont dans l'angoisse :

(K Dieu, faites voir que Charle a le bon droit. »

Pinabel dit : a Reconnais-toi vaincu,

c( Et je serai ton homme par amour,

c( Te donnerai de mes biens à ton gré ;

a Mais avec Charle accorde Ganelon.

Thierry répond :"<t N'est besoin que j'y pense.

c( Sois-je félon si jamais je l'octroie !

c( Qu'entre nous Dieu montre aujourd'hui le droit ! d

AOI.

Thierry lui dit : « Pinabel, tu es brave

c( Et grand et fort; ton corps est bien moulé,

<K Pour ta valeur tes pairs te reconnaissent .>

« Laisse finir ici cette bataille.

« Avec le roi je t'accorderai bien ;

(( De Ganelon justice sera faite.

<i Telle que jour n'y aura qu'on n'en parle. »

Pinabel dit : « Ne plaise au Sftgneur Dieu !

« Je soutiendrai toute ma parenté^

(c Homme mortel ne me fera céder.

a Mieux vaut mourir que mériteô? le blâme ! v

A se firappèr Toici qu'ils recommencent,

Sur leurs cimiers tout inci^nstés d'or pur ;

Au ciel volaient lès étincelles claires.

Les séparer^ on rie le poumdt phis :

Sans homiiie màti^ ïlé ne finiront f^i aoi.

Il est très-preux, Pinabel de Sorence :

Il a frappé Thierry sur son bon eas<|ue,

Le feu jaillit et l'berbe s^en allume^

De son épée il prësei^te le fily

Sur le visage il la kii lait descendre

(La droite joue en esi ensanglantée),

Et le haubert fend du dos jusqu'au ventre.

Dieu de peniiiit qu^il le renversai mort.- a<».

Thierry voit bien que sa jolie esi blessée.

Le sang tout clair choit sur l'herbe du pré 1 Dessus le casque il frappe Pinabel, Jusqu'au nasel il le bride et le fend, Lui fait couler la cervelle en dehors, Brandit le coup et le renverse mort.

LA GHJmSOK DE MtXND. l99

Or, par ce coup, le combat est fini!

Les Franks criaient : « Dieu y a fait miracle.

« Il est de droit que Gane soit pendu,

<c Et ses parents qui répondent pour lui (1) ! » aoi.

Quand eut Thierry vaincu dans le coiîibat.

L'empereur Charle est Tenu près de lui.

Ensemble aveè trente de ses baroné, Nayme le duc, Ogier de Danemark; Geoffroy d'Aïqou, Guillaume^ sieùr dé Bla^e.

L'empereur prend entre ses bras Thie:^ry j Le front essuie avec ses peaux de martre.

Puis il les ôte et M met d'autres peaux.

Tout doucement on désarme TMerry , Sur une mule àrslbe l'on le monte, Et l'on retourne avec joie et courage, Jusque dans Aix ; on descend S la place.

Lors commença l'occision des autres.

(1) Les fils de Pinabel figurent dans le ronâin d'Â9e à'Aiiigmmi où Ton rappelle la catastrophe de leur père :

Et Mile et Âubouin^ fil Pinabel le blon.

Il fu jadis ocois por le plait Ganelon.

(Éd. de MM. GûéBisard et Méyer; ]^a(pe S.)

CHARLEMAGNE REND LA JUSTICE, ET COMMENT DIEU LUI FAIT CONNAITBE SA VOLONTÉ.

Le roi s'adresse à ses ducs, à ses comtes :

<( Conseillez-moi sur ceux que j'ai gardés.

a Pour Ganelon ils sont venus au plaid, «c Pour Pinabel se sont rendus garants, n — Qu'il n'en survive aucun, i» répondent-ils. Le roi commande à son viguier Basbrun :

«c Ya, pends^les tous à des arbres maudits.

a Par cette barbe au poil blanc et chenu, « S'il en échappe un seul, tu seras mort. y> Basbrun répond : a Qu'ai-je autre chose à faire ? j> Puis, avec cent sergents, il les entraîne.

Trente ils étaient qui furent tous pendus.

Que le félon soit occis et détruit ! aoi.

Les Poitevins, les Bretons, les Normands, Les Bavarois, avec les Allemands, Tous sont d'accord, et surtout les Français, Que Gane meure en merveilleux tourment.

Quatre chevaux sont menés devant lui.

On Fy attache et des pieds et des mains.

Les chevaux sont orgueilleux et rapides.

Quatre sergents les poussent en avant, Vers un ruisseau qui coule dans un champ.

Voici les nerfs qui voi^t tous s'allongeant.

Puis, de son corps les membres qui s*arrachent. Et le sang clair s'épand sur l'herbe verte.

Comme félon convaincu, Gane est mort (1).

Il ne faut pas que les traîtres se vantent !

Quand Charlemagne eut fini sa vengeance.

Il appela les évèques de France,

Ceux de Bavière avec ceux d'Allemagne :

« Ici je garde une noble captive.

(( Tant elle ouït sermons, vit bons exemples,

« Qu'elle veut croire et devenir chrétienne.

« Baptisez-la pour qu'à Dieu soit son âme. »

— « II faut qu'elle ait, dirent-ils, des marraines (2).

(1) Les chansons postérieures à notre poëme mentionnent quelquefois d'une manière différente ces derniers incidents. Ainsi^ dans Gaydon, Thibaut d'Aspremont dit^ à la page 2, en parlant de Charlemagne :

Gane^ mon frère, fist ardoir en un ré (bûcher). Et Pynabel, mon neveu, l'alosé, Fist à coes de chevax traïnner.

Dans Aye cT Avignon, le flls de Gane ne s'appelle pas, comme ici, Baudouin, mais Béranger. Ce dernier figure dans Parise la Duchesse avec d'autres membres du lignaige al culvert Ganehn.

(2) Il fallait deux marraines pour une femme. Voir la* note de M. Génin.

<c Assez y a daines de haut lignage;

<c La foule est grande aux bains d'Aix-la-Chapëlle; i

Reine d'Espagne alors fût baptisée ;

On lui trouva le nom de Julienne.

Chrétienne elle est^ vraiment par condaissonbe.

Le jour se ]^asse et la nuit s'assombrit.

Charle est couché dans sa chambre voûtée. Saint Gabriel, de par Dieu, lui vint dire :

<,( Charles, convoque encor ta grande armée.

c< Va conquérir la terre de Syrie ; « Tu secourras le roi Vivien d'Antioche, (c Dans la cité que les payens assiége&t.

« Là les chrétiens te réclament et crient, v Mais^l'empereur n'y voudrait point aller, (c Dieu, dit le roi, si peineuse est ma vie ! jit Pleure des yeux, tire sa barbe blanche.

ICI FINIT LA GESTE tfE tttkAOiJLTlË.

TAfiLË UÈS MATiÈItÈS-

INTRODUCTION

SUR LES ORIGINES. . i

Pag«i.

De l'épopée indienne n

Des épopées iranienne^ grecque et germanique x

Quelques mots sur l'origine des épopées xiy

Sur la communauté des sentiments xix

Sur les traditions germaniques • xxu

Sur l'origine de l'épopée française xxvm

GOl!lSIDÉRATIONS HISTORIQUES.

Du christianisme todox

Turpin ou du clergé. xlûi

Gharlemagne ou de la royauté XL^

De la tradition nationale. , . l

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