‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 123 sur 173 · LE · texte numérisé non relu

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Turbpin. — La présence de Turpin sur le champ de bataille marque, au cœur de l’action, le caractère religieux de la lutte. Dans cette mêlée, où il combat comme un vassal parmi des vassaux, Turpin est pourtant l’archevêque. Les Français, tout en admirant ses coups, ne l’oublient pas : « L’archevêque sait faire respecter sa crosse », constatent-ils. À son bras ont été réservés des ennemis particulièrement abominables de l’Église. Il abat Corsalis, un roi de Barbarie, versé dans les arts maléfiques et qui provoque sa haine au premier chef. Il abat Siglorel l’enchanteur, qui est déjà descendu en enfer grâce aux sortilèges de Jupiter. Il abat le roi Abisme, dénommé du nom même des gouffres

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maudits, noir comme poix, fermé à la foi, et dont l’écu est le présent d’un démon. Il abat enfin Malquiant, fils de Malcud — beaux noms de mécréants — venus de la sombre Afrique. En ces félons, ce que terrasse Turpin, c’est le paganisme personnifié, c’est l’idolâtrie et tous ses crimes. Et pourquoi avait-il déjà abattu ce roi de Danemark, ce Grossaille, sur lequel il avait conquis son destrier ? C’est que ce roi était un païen, le maître d’un pays où Charles avait durement bataillé pour établir la loi chrétienne.

Turpin parle ; et ses paroles sont celles d’un apôtre. Au moment où va s'engager le premier combat, 1l apporte à ses compagnons les encouragements de la foi. Leur donnant l’absolution, il dit : « Aïdez à soutenir la chrétienté! » Et à ceux qui succomberont, saints martyrs, il promet les splendeurs du paradis. Quand la seconde bataille s'annonce, fatale, il sait qu’il est de son devoir de ne plus cacher que tous les Français périront sur cette place. Mais il répète sa promesse : « Il est une chose, dit-il, dont je vous suis bon garant : le saint paradis vous est grand ouvert; vous y serez assis près des Innocents. » C’est donc lui qui définit le sens de la lutte engagée, qui met dans les esprits, comme une certitude, l’idée du trépas prochain et qui use de

cette conviction pour porter l’ardeur belliqueuse à son comble,

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