UNIVERSITY OF THE PACIFIC
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Il y a tout juste cent ans (c'était en 1832) que la Chanson de Roland, oubliée depuis plus de quatre siècles et dont on croyait le texte perdu, fut retrouvée par Henri Monin dans un manuscrit de la Bibliothèque du Roi. À peine ce texte était-il rendu à la curiosité, que la question se posa de savoir s’il fallait y reconnaître un représentant de la tradition originale, ou seulement un dérivé. Francisque Michel, donnant en 1837 la première édition de la Chanson, la fondait sur un manuscrit de la Bibliothèque bodléienne, à Oxford, lequel offrait une rédaction évidemment plus ancienne que Celle de Paris. Bientôt après, de nouveaux textes étaient encore signalés dans de nouveaux manuscrits, découverts à Venise, à Versailles, à Lyon, à Cambridge. Et l’on se trouva finalement en présence de quatre versions du poème, très sensiblement différentes les unes des autres.’ Après de longs et laborieux efforts pour déterminer par quels rapports elles étaient unies, la preuve a été administrée que celle d'Oxford doit être considérée comme la plus ancienne, qu’elle a été la source de toute la tradition ultérieure et qu’elle possède
à elle seule autant d'autorité que toutes les autres réunies. C’est donc cette rédaction qui fera l’objet de la présente étude et c’est d’elle qu’il s'agira quand on parlera de la Chanson de Roland.
Mais le manuscrit d'Oxford lui-même nous livre-t-il le poème en son état primitif ? Ou bien ne fournit-il de ce poème que la forme la plus ancienne à laquelle nous puissions accéder, sans nous faire connaîre cependant la forme originale de l’œuvre? Assez nombreux sont les critiques qui ont incliné vers la seconde de ces opinions, en se fondant principalement sur l'épisode relatif à l'intervention de l’émir Baligant, où ils ont cru reconnaître un élément adventice, une pièce rapportée, initialement étrangère à la Chanson.
Leurs raisons, nous l’indiquerons en son lieu, sont loin d’emporter la conviction ; mais, pour peu qu'ils aient eu de chance d’être dans le vrai, il convient de le signaler. Si leurs vues étaient justes, celui qui, dans ce livre, a été appelé « l’auteur » ou « le poète » n'aurait été qu'un remanieur ; son œuvre n'aurait été qu’une refaçon; et, dans l’impossibilité de discerner ce qui, de sa part, a été emprunt ou création, il faudrait renoncer à se représenter précisément l’individualité propre du trouvère qui, le premier, aurait chanté de Roland. Toutefois, à supposer qu'un doute subsistät quant au caractère primitif de la rédaction d'Oxford, un point, tout au moins, resterait hors
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de contpstation : à savoir que c’est un unique et même auteur qui a pensé ou repensé l’œuvre, qui l’a écrite ou récrite de bout en bout. Le poème qu’il nous offre est beau et vénérable. En l’arrétant 4 Selon les lignes que nous lui connaissons, il a … prouvé qu'il était un grand artiste. S'il ng l’a pas | créé intégralement, il en a recueilli la tradition ; avec un sens admirable de ses vertus intimes. … Aussi la version d'Oxford est-elle, en elle-même, i un sujet digne de l’étude la plus diligente, même + Si elle a été précédée d’un poème plus ancien. | L'aventure serait de vouloir reconstituer ce poème … plus ancien, puisque aussi bien l'existence n’en est “ rien moins que certaine. La prudence commande n de s’en tenir à une réalité plus palpable, à un » jexte qui existe et qui possède suffisamment de “ mérites pour retenir les délicats.
; On peut, d’après ce qui précède, se faire une Première idée des difficultés que rencontre ici la … critique. Ces difficultés foisonnent, tant en ce qui concerne l'établissement du texte que bour l’interprétation littéraie et littérairs de l’œuvre. Elles > ont fourni matière à une profusion dp thèses et d’'hypothèses touchant l’ensemble ou les détails. Des opinions qui ont eu ainsi l’occasion de s’ex- | primer il ne sera guère fait mention au cours de … cet pxposè. On y a autant que possible évité la ; discussion. On a préféré s’en tenir à un discours | où ont été simplement coordonnés, selon l’ordre
des temps ou selon la nature de leurs rapports logiques, un certain nombre de faits authentiques. C’est dans un appendice bibliographique qu'ont été rejetés les titres des principaux travaux auxquels on pourra se reporter. Mais les personnes familières avec les problèmes que pose la Chanson reconnaîtront sans doute, à l’examen du livre, qu’on n’y a négligé aucun des avis qui se sont précédemment mamifestés au sujet de cette œuvre célèbre. Si on ne les a bas tous retenus, si l’on s’en est assez souvent séparé, elles voudront bien supposer que ce n’est bas à la légère. Elles pourront être assurées, en tous cas, qu’il n’y a eu là ni ingratitude, ni dédain, ni présomption.
Paris, 15 Décembre 1932.
SD Lu