‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 3 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

En l’année 778, Charlemagne, répondant aux sollicitations de quelques princes sarrasins d’'Espagne, avait franchi les Pyrénées. Une partie de ses troupes, passant par les cols de l’est, s’était emparée de Gérone, en Catalogne; une autre partie, qu’il commandait en personne, était passée par les cols du pays basque et s'était emparée de Pampelune, en Navarre ; puis les deux parties de l’armée s'étaient réunies devant Saragosse, dont elles avaient fait le siège mais sans succès. Un soulèvement des Saxons mit Charlemagne dans

-l’'obligation de renoncer à l’entreprise. Il prit le chemin du retour ; et comme, après avoir rasé les

murailles de Pampelune, il repassait les Pyrénées, un échec sensible lui fut infligé, le 15 août, par des pillards du pays basque : ses convois furent enlevés et ses troupes d’arrière-garde furent taillées en pièces.

Parmi les différents textes qui nous ont conservé le souvenir de ces événements, 1il.en est un qui mérite d’être cité intégralement en raison des

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détails qu’il fournit, et qu’il est seul à fournir, sur l'agression des montagnards basques. C’est une page de la Vie de Charlemagne, qui fut composée en latin par Éginhard, vingt années au plus tard après la mort de l’empereur. En voici la traduction :

On se battait constamment et presque sans interruption contre les Saxons. Charles établit des postes aux endroits convenables le long des frontières ; puis ii se tourna vers l'Espagne avec toutes les forces dont il disposait. Il franchit les Pyrénées, réduisit toutes les places et tous les châteaux qu'il rencontra sur sa route et rentra sans autre perte que celle qu’il subit au retour, dans les Pyrénées, du fait de la perfidie basque.

Son armée cheminait étirée en une longue file ainsi que l’exigeait l’étroitesse de la route. Les Basques avaient dressé une embuscade au sommet de la montagne : les bois, épais en cet endroit, les favorisaient. Fondant sur les convois et les troupes d’arrière-garde qui couvraient le gros de l’armée, ils les précipitent dans le ravin et, au cours du combat qu'ils engagent, massacrent jusqu’au dernier homme. Puis, ayant pillé les bagages, ils se dispersent rapidement dans toutes les directions en profitant de la nuit qui tombait. Ils avaient pour eux, en cette circonstance, la légèreté de leur armement et la configuration du terrain, tandis que les Francs avaient contre eux la lourdeur de leurs armes et leur position en contre-bas. Dans ce combat furent tués Eggihard, sénéchal du roi,

x. Chapitre 9.

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