‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 20 sur 173 · I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

I. LES ORIGINES DE LA LÉGENDE

Latine et il avait établi son protectorat sur les lieux saints de la Palestine : il apparut donc aux premiers croisés comme leur devancier; Godefroy de Bouillon et Baudouin de Flandres le rangeaient fièrement au nombre de leurs ancêtres ; et, si l’on en croit Ekkehard d’Aura, le bruit courut en 1101 qu’il venait de ressusciter pour se mettre à la tête des armées d’Orient. Charles avait franchi les Pyrénées et combattu les Sarrasins devant Pampelune et Saragosse : c’était donc lui, pensait-on, qui avait dressé, au col de Roncevaux, cette croix de pierre qu’on appelait de son nom la Croix de Charlemagne ; de même que c'était lui, pensaiton, qui, dans les Alpes, avait fondé l’hôpital du val de Suse. Quiconque se rendait en Espagne, comme quiconque se rendait à Rome ou à Jérusalem, rencontrait son souvenir sur sa route : le souvenir du plus saint des héros.

Quant aux barons qui l’avaient secondé dans l’accomplissement de son œuvre, ils méritaient, l’ayant servi, d’être considérés comme les modèles les plus purs du devoir de chevalerie. C’est dans le courant du x1° siècle que s’est élaborée cette conception religieuse de la mission du chevalier, où la notion de fidélité du vassal à son suzerain se double, comme on le voit dans la- légende de Roland, de la notion de fidélité à son Dieu. Le héros sert son roï et sa foi. Cette double obligation, quand il l’accepte, l’achemine à la gloire et

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à la sainteté. Sa mort, quand elle survient, lui assure non seulement l’honneur des serviteurs loyaux, mais aussi la palme du martyre. Et c’est cette conception que traduisent en particulier les actes du pape Urbain II.

Au moment où le souverain pontife appelait la chevalerie au secours de l’Orient chrétien, sa prédication en faveur de la Croisade s’adressait d’abord à ses auditeurs sur un ton véhément. Il commençait par maudire l'instinct de rapine et de meurtre des mauvais seigneurs. Il leur disait 1 :

« Vous qui portez le glaive, pleins d’un immense orgueil, vous massacrez vos frères et vous vous entredéchirez... C'est pour la défense des siens que la sainte Église a réservé cette milice du Christ dont nous devons être les hérauts. Mais vous ne suivez pas le chemin qui vous conduirait au salut, à la vie: vous opprimez les orphelins, vous dépouillez les veuves ; vous êtes des homicides, des sacrilèges, des pillards ; vous répandez le sang chrétien par appétit des profits dont se paient les brigands ; et, pareïls aux vautours qui flairent la charogne, vous guettez l’occasion des guerres pour y accourir. C’est là une route détestable, qui vous écarte de Dieu. Si vous avez souci de vos âmes, quittez cette façon

d'entendre votre rôle militaire et élancez-vous pour la défense de l'Église. »

Mais, après ces sévères admonestations, le prédicateur s’employait à tourner les cœurs vers le véritable devoir. I1 poursuivait :

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