II. LA MORT DE ROLAND
refusé de prendre avec lui cette moitié de l’armée que lui offrait Charlemagne : sera-cé pour avouer maintenant son erreur, pour laisser croire à du regret, à de la crainte ? Il sait trop bien à quoi l’honneur l’oblige et qu’il lui commande de ne compter que sur son épée. Il ne sonnera point. Le danger ? Il l’a recherché. On se battra! Et Roland, n’obéissant qu’à la loi qu’il s’est imposée, répète avec allégresse ses paroles du début : pour le service de son seigneur il faut savoir peiner et payer de sa personne !
Olivier dit : « Les païens sont en force ; et nos Français, il me semble, sont bien peu. Compagnon Roland, sonnez donc de votre cor. Charlemagne l’entendra et l’armée retournera. »
Roland répond : « Je ferais une folie ! J’en perdrais ma réputation en douce France. Je vais frapper de Durendal à grands coups: la lâme en sera sanglante jusqu’à l’or de la garde. Ces félons de païens sont venus aux ports pour leur malheur. Je vous l’assure, ils sont tous marqués pour la mort. »
— « Compagnon Roland, sonnez donc de l'olifant. Charles l’entendra, il fera retourner l’armée. Nous aurons le secours du roi et de ses barons. »
Roland répond: « Ne plaise à Dieu qu'à cause de moi mes parents soient blâmés et que la douce France tombe dans l’humiliation ! Non. Je frap-
perai rüdement de Durendal, ma bonne épée,
{ que j'ai ceinte au côté. Vous en verrez toute la lame ensanglantée. Ces félons de païens se sont assemblés pour leur malheur. Je vous l’assure, ils sont tous destinés à la mort. »
— « Compagnon Roland, sonnez votre olifant.
Charles l’entendra, qui est au passage des ports.
Je vous l’assure, les Francs retourneront.
— « Ne plaise à Dieu, lui répond Roland, qu'il soit jamais dit par homme vivant que j'aurai sonné du cor pour des païens ! Mes parents n’en entendront pas le reproche. Quand je serai au milieu de la bataille, je frapperai et mille et sept cents coups. Vous verrez sanglant l'acier de Durendal. Les Français sont vaillants, ils frapperont hardiment. Ceux d’Espagne n’échapperont pas à la mort. »
Olivier dit : « Je ne vois pas là sujet à blâme. J'ai vu les Sarrasins d’Espagne. Les vallées, les montagnes, les landes, toutes les plaines en sont couvertes.Les armées de cette engeance ennemie sont immenses; et nous comptons si peu des nôtres | »
Roland répond : « Mon ardeur s’en accroît { Ne plaise à Dieu ni à ses anges que jamais à cause de moi la France perde de son renom ! Plutôt la mort que la honte ! C’est pour nos exploits que l’empereur nous tient plus haut dans son amour. »
Roland est preux, Olivier est sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Du moment qu'ils