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Quand les deux messagers sont revenus à leur seigneur, les discours par lesquels ils lui rendent compte de ce qu’ils ont appris ne sont pas faits pour le réjouir. Baligant se prend à songer et la douleur que lui causent ces nouvelles le rendent presque fou. Mais il apprend, du moins,-que Charlemagne est là, qu’il pourra l’atteindre, le saisir ; et l’orgueil lui remplit de nouveau le cœur. Il sera le vengeur! Marsille a perdu son poing droit ? Il saura faire, lui, Baligant, qu’en
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change de ce poing Re païen reçoive la tête de l'empereur. En toute hâte, il se rend à Saragosse pour recueillir l'hommage de son vassal ; et puis, chef suprême de tous les paiens, transporté de fanatique ardeur, il retourne au galop vers son immense armée pour la mener à la bataille.
Les deux messagers sont montés à cheval. Ils sortent en hâte de la cité et s’en retournent, bouleversés, vers l’émir. Ils lui présentent les clés de Saragosse.
Baligant dit : « Qu'avez-vous appris ? Où est Marsille, que j'avais appelé ? » Clarien dit : « Il est blessé à mort. L'empereur était hier au passage des ports : il s’en voulait retourner en douce France. Il s'était formé une brillante arrière-garde : il y avait laissé le comte Roland, son neveu, avec Olivier et les douze pairs, et vingt mille chevaliers de
+ France. Le roi Marsille, vaillamment, leur livra y bataille. Il se rencontra avec Roland. Roland lui donna un tel coup de Durendal qu'il lui sépara du corps le poing droit. Il lui tua son fils, qu'il aimait tant, et les barons qu'il avait amenés. Marsille s'enfuit, ne pouvant plus tenir. L'empereur l'a durement poursuivi. Le roi vous mande que vous le secouriez. Il vous fait remise du royaume d’Espagne. »
Et Baligant se prend à songer : il éprouve un
tel deuil qu’il en est presque fou.
« Seigneur émir, dit Clarien, il y eut hier bataille à Roncevaux. Roland y est mort, et le comte
Olivier ; morts y sont les douze pairs, que Charles
chérissait, avec vingt mille de leurs Français. Mais le roi Marsille y a perdu le poing droit et l’empereur lui a donné une rude poursuite. Il n’y a pas un chevalier de cette terre qui n'ait été ou tué ou noyé dans l'Ébre. Les Français sont campés sur la rive : ils sont si proches de nous sur cette terre que, si vous le voulez, ils auront du mal à s’en retourner. » Et Baligant reprend son regard fier : son cœur se remplit de joie et d’allégresse. Il se lève de son fauteuil et, debout, il s’écrie : « Barons, plus de retard ! Sortez des vaisseaux ; en selle, et chevauchez ! Si le vieux Charlemagne ne s’enfuit, le roi Marsille sera bientôt vengé : pour son poing droit perdu, je lui livrerai la tête de l’empereur. »
Les païens d'Arabie sont sortis des nefs, puis ils sont montés sur leurs chevaux et leurs mulets. Ils se mettent à chevaucher. L’émir, les ayant acheminés, appelle Gemalfin, l’un de ses fidèles : « Je te confie le commandement de mes armées... » Puis, montant sur son destrier brun, il emmène avec lui quatre ducs. Il chevauche et arrive à Saragosse, I1 descend à un perron de marbre et quatre comtes lui ont tenu l’étrier. Il gravit les degrés et monte au palais. Bramimonde accourt à sa rencontre et lui dit : « Malheureuse que je suis ! Quelle humiliation, sire, d’avoir ainsi perdu mon seigneur |! » Elle tombe aux pieds de l’émir. Il la relève. Ils montent ensemble dans la chambre, pleins de douleur.
Le roi Marsille, quand il voit Baligant, appeile .
deux Sarrasins d'Espagne : « Prenez-moi par les s0
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bras, asseyez-moi ! » De son poing gauche il saisit l’un de ses gants. Il dit : « Seigneur roi, émir, je vous livre toutes mes terres, et Saragosse, et le fief qui en dépend. Je me suis perdu et j’ai perdu tout mon peuple. »
Et l’émir répond : « J’en ai d'autant plus d’affliction que je ne puis rester longtemps avec vous : je sais que Charles n’est pas à m'attendre. Mais je reçois votre gant. »
Plein de douleur il s’éloigne en pleurant. Il descend les degrés du palais, monte à cheval et rejoint les siens à force d’éperons. Il chevauche si vite qu'il arrive le premier. Il crie et il répète : « Venez, païens, car déjà ils hâtent leur fuite ! »
Charlemagne à Roncevaux (vers 2.845-2.973). — Or, Charlemagne, dès le point du jour, s’est éveillé; et Gabriel l’a laissé après l’avoir signé du signe de la croix. L/empereur et tous les siens quittent les armes sous lesquelles ils s'étaient endormis ; puis, montant à cheval, ils se rendent à Roncevaux, où s’est livrée la bataille et où les attend le douloureux spectacle.
Quand ils y arrivent, à la vue de tant de mort: le cœur de Charlemagne se serre : il pleure. Mais il veut, d’abord, retrouver son neveu. Il sait qui le trouvera à la tête de tous ses chevaliers ; et traversam Îes prés couverts de fleurs que le sans de ses barons a rendu vermeilles, il découvre près des trois perrons, au-dessous des deux arbres