‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 79 sur 173 · HL. ÊE CHATIMENT | DES PAIENS · texte numérisé non relu

HL. ÊE CHATIMENT | DES PAIENS

e Ami Roland, vaillant, belle jeunesse, quand je serai à Aix, en ma chapelle, mes vassaux viendront, demanderont des nouvelles. Je leur en donnerai d’étranges et de cruelles : « Il est mort, mon neveu, qui me fit conquérir tant de terres. » Contre moi se rebelleront les Saxons, et les Hongrois, et les Bulgares, et tant de peuples hostiles, ceux de

Rome et de Pouille, et tous ceux dé Palerme, et ceux d'Afrique, et ceux de Califérne. Ët alors commenceront ma peine et ma détresse, Qui mènera aussi puissamment mes armées, maintenant qu’est mort celui qui a toujours été notre guide ? Ah! France, comme tu restes déserte ! J’en ai un si grand deuil que je voudrais ne plus vivre ! »

Il tire sa barbe blanche, arrache à deux mains

les cheveux de sa tête. Cent mille Français se pâment contre terre.

« Ami Roland, Dieu ait merci de toi ! Que ton âme soit mise au paradis ! Celui qui t’a tué a ruiné la France. J'ai si grand deuil que je ne voudrais plus vivre. Oh ! mes chevaliers, qui avez été tués pour moi ! Puisse Dieu, le fils de sainte Marie, accotdérf que mon âme, avant que j’atteigne les maîtres ports de Cize, se sépare de mon corps, qu’elle reçoive place auprès des leurs et que ma chair soit ensevelie auprès d'eux |! »

11 pleure, tire sa barbe blanche. Et le duc Naimes dit : « Grand est le désespoir de Charles ! »

Mais de quoi sert tant d’affliction ? Geoffroy

d'Anjou s'adresse à l’empereur: « Seigneur, lui

dit-il, ne vous abandonnez pas ainsi à la douleur. Faites rechercher sur le terrain tous ceux des nôtres qui ont été tués dans la bataille et commandez qu’on les porte dans une même fosse. »

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Alors, les Français mettent pied à terre. Ils ensevelissent à grand honneur les corps des défunts, au milieu des prières de tout le clergé et des parfums de la myrrhe, du thimiane et de l’encens. Mais, pour Roland, pour Olivier et pour l'archevêque Turpin, l’empereur fait recueillir leurs cœurs dans un linceul de soie qu’on dépose au fond d’une urne de marbre ; et leurs corps lavés de vin et d’aromates, cousus dans des peaux de cerfs, sont emmenés sur trois chars recouverts de draps de soie et escortés de quatre hauts seigneurs.

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Préparatifs de bataille (vers 2.974-3.344). — Après avoir rempli ce pieux office, Charlemagne s'apprête à quitter Roncevaux quand surgissent les avant-gardes de l’émir Baligant ; et deux messagers qui se détachent de l’armée païenne viennent le provoquer à la bataille. Ils lui disent : « Roi orgueilleux, tu n’en seras pas quitte pour t’en retourner ! Baligant arrive, qui chevauche après toi avec sa grande armée venue d'Arabie. Nous allons voir maintenant si tu es un vaillant. »

Charles peut se ressouvenir de son grand deuil

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et de la grande perte qu’il a subie. Mais il ne promène pas moins fièrement ses regards sur ses Français ; et de toute sa voix il:s’écrie : « Barons, à vos chevaux et à vos armes! » Il s’équipe, superbe dans son armure, et tous ceux de France s’équipent avec lui. Certes, il a raison de contempler avec orgueil la belle contenance des siens : de pareils vassaux sont bien faits pour inspirer confiance! Et il s’occupe de distribuer ses corps de bataille. À ses côtés, le duc Naimes et Jazeran de Provence font exécuter ses ordres. Jamais armée ne montra plus belle allure, plus ferme volonté de prouver sa vaillance. C’est tout l’honneur de l’empire qui est là.

Charles appelle Rabel et Guinemant. Il leur dit : « Seigneurs, je vous l’ordonne, prenez les places d'Olivier et de Roland : que l’un porte l'épée, l’autre l’olifant, et chevauchez tous en tête de l’armée, avec quinze mille Français, des jeunes, des meilleurs que nous ayons. Après eux en viendra le même nombre, que guideront Giboin et Loranz. »

Le duc Naimes et le comte Jozeran disposent ces deux corps de bataille. Si la bataille se présente, ils sauront la donner.

Les deux premiers corps de bataille sont formés de Français. Ensuite, Naiïmes et Jozeran organisent le troisième. Là se trouvent les vassaux de Bavière. On les a comptés au nombre de vingt mille. Jamais

ils ne fléchiront dans la bataille. Il n’y a pas sous le ciel gent plus chère à Charlemagne, hormis ceux de France, qui conquièrent les royaumes. Le comte Ogier le Danois, le rude guerrier, les mènera ; car c’est une fière troupe.

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L'empereur Charles a déjà trois corps de bataille. Le duc Naimes forme alors le quatrième, de barons qui savent ce au’est vaillance. Ce sont ceux d’Allemagne, au nombre, dit-on, de vingt mille. Ils ont . de bons chevaux et de bonnes armes. Jamais ils ne quitteront la bataïlle par peur de la mort. Leut guide sera Herman, le duc de Trace : celui-là mourra plutôt que de faire une couardise. ;

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