‹ LA CHANSON DE ROLAND (volume 3)Chapitre 81 sur 173 · CHATIMENT DES PAIENS · texte numérisé non relu

CHATIMENT DES PAIENS

L'empereur a six corps de bataille constitués. Le duc Naïmes forme ensuite le septième avec les Poitevins et les barons d'Auvergne. Ils peuvent être quarante mille chevaliers. Ils ont de bons chevaux et de très belles armes. Ils sont rangés dans un val, au piéd d'un tertre, et Charles les bénit de sa main droite. Jozéran et Godselme les mèneront,

Le huitième corps de bataille, Naimes le forme dé Flamands et de barons de Frise. Ils sont plus dé quarante mille chevaliers. Jamais ils ne se tetireront de la bataille. Le roi dit : « Ceux-là feront bien mon service. » Rembalt et Hamon de Galice les conuduiront tous les deux en bons chevaliers.

Naïmes et le comte Jozeran forment le neuvième corps de bataille avec des preux qui sont de Lorraine et de Bourgogne. On compte dans leurs rangs cinquante mille chevaliers, heaumes lacés et brogné sur lé dos. Ils portent de robustes épieux à hampe courte, Si les Arabes osent venir et qu'ils les chargent, ils sauront frapper. Leur guide sera Thierri, le duc d’Argonne.

. Le dixième corps de bataille est formé des barons de France. Ils sont cent mille, de nos meilleurs capitaines. Leurs corps sont vigoureux, leur contenance est fière, leurs chefs sont fleuris et leurs barbes blanches. Ils sont vêtus de hauberts et de brognés à double épaisseur, ceints d’épées de France et . d'Espagne, et leurs beaux écus portent des signés

peints. Ils sont à cheval et réclament la bataille. Ils poussent le cri de « Montjoie ! » Charlemagne marche avec eux. Geoffroi d'Anjou porte l’ori-

flamme, qui était autrefois à Saint-Pierre et se nommait Romaine, mais qui prit ensuite le nom de Montjoie.

Quand les dix corps de bataille ont été ainsi établis, l’empereur descend de cheval, se prosterne sur l’herbe verte et, le visage tourné du côté de l’Orient, il invoque Dieu avec ferveur : « Père véritable, prends-moi aujourd’hui sous ta protection ! Défends-moi comme tu as sauvé Jonas du corps de la baleine ; comme tu as sauvé le roi de Ninive; comme tu as sauvé Daniel de la fosse aux lions ; comme tu as sauvé les trois enfants de la fournaise. Que ton amour m'’assiste ! Accordemoi, je t’en prie, cette grâce de venger mon neveu Roland ! » Puis il se relève, signe son chef du signe qui donne la force, et remonte sur son cheval. Le voilà à la tête de ses troupes, droit sur ses étriers, sa grande barbe étalée sur la poitrine, par-dessus la brogne. Ses cent mille Français limitent, qui, eux aussi, portent leur barbe au vent. Les clairons sonnent ; dominant leurs accents, l'olifant retentit; et toute l’armée s’ébranle.

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