TL LE CHATIMENT DES PAIENS
Charles. Par toute l’armée paienne se font entendre les tambours, les buccines, les clairons : et . chacun s’équipe en hîte.
Baligant chevauche, champion formidable. Il est beau, grand et fort. De son. épieu la hampe est grosse comme une massue ; et le fer, à lui seul, en est si lourd qu’un mulet en aurait sa charge. Il porte une épée, qu’il a nommée Précieuse, en pensant à l’épée de Charlemagne, qui se nomme Joyeuse. D’un coup d’éperon, il fait franchir à sa monture un fossé de cinquante pieds. En le voyant si puissant, monstre de stature et monstre de bravoure, les païens sentent leur cœur . s’emplir de confiance. L’enthousiasme les transporte. Mais, par-dessus tous, Malpramis, le propre fils de Baligant, brûle de se distinguer. Le grand et redoutable honneur de frapper le premier coup, il le sollicite et l’obtient de son père.
Immense, effrayante armée ! Ce que Charlemagne va trouver devant lui, c’est un torrent de quarante peuples, ivres de fol orgueil, aveuglés par le fanatisme ; c’est la menace de toute une. partie du monde ; c’est toute l’horreur d’un ténébreux Orient, d’une Asie perfide, d’une Afrique hideuse et diabolique ; c’est tout l’effort du paganisme déchaîné contre la chrétienté. Quelle sinistre ruée! Secondé des rois Torleu et Dapamort, ses lieutenants, l’émir dispose ses troupes pour la bataille. Aux dix corps de Charlemagne il en
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La opposera trente ; et le moindre de cès corps comptera cinquante mille hommes; et chacun d’eux sera formé de tout ce que l’Orient peut vomir d’engeances fabuleuses, de monstres et de réprouvés. .
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L'émir chevauche par les rangs de son armée, suivi de son fils à la haute stature, du roi Torleu et du roi Dapamort. Ils forment aussitôt trente corns de bataille. C’est un nombre prodigieux de chevaliers : le moindre corps en compte cinquante mille.
Le premier est formé de ceux de Butentrot et le second de Misnes aux grosses têtes : sur leur échine, au milieu du dos, ils portent dés soies, comme des sangliers. Le troisième est de Nubles et de Blos ; et le quatrième, de Bruns et d’Esclâävons ; et le cinquième,de Sorbres et de Sorz ; et le sixième, d'Arméniens et de Maures ; et le septième, de ceux de Jéricho ; et le huitième, de N'gres ; et le neuvièmrw, de Gtos : ét le dixième, de ceux de Balide la Forte, une race qui ne voulut jamais le bien.
L'’émir jure par tous les serments, par la puissance et le corps de Mahomet : « Charles de France chevauche comme uü fou ! Il y aura bataille, s’il ne se dérobe : jamais plus il ne portera la couronte d'or. »
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Après, ils établissent dix autres corps de bataille, Le premier est formé des hideux Chananéens, qui sont venus de Val Fuit ; le second, de Turcs : le troisième, de Persans ; lé quatrième, de Petchenè-
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gues... ; le cinquième, de Solteras et d'Avers : le sixième, d’Ormaleus et d’Eugiez ; le septième, du peuple de Samuel ; le huitième, de ceux de Bruise ; le neuvième, de Clavers ; et le dixième, de ceux d'Occian la Déserte : c’est une engeance qui ne sert pas Dieu ; vous n’entendrez jamais parler de plus félons ; ils ont le cuir dur comme du fer : aussi ne se soucient-ils pas de porter heaume ni haubert ; dans la bataille, ils sont rudes et obstinés.
L'’émir a ordonné dix autres corps de bataille, Le premier est formé des géants de Malprose ; le second, de Huns et le troisième de Hongrois ; et le quatrième, de ceux de Baldise la Longue ; et le cinquième, de ceux de Val Peneuse ; et le sixième, de ceux de Marose ; et le septième, de Leus et
d’Astrimoines ; le huitième, de ceux d’Argoilles ; et
le neuvième, de ceux de Clarbonne ; et le dixième, de ceux de Fronde aux grandes barbes : c'est une race qui a toujours détesté Dieu.
Ainsi se dénombrent les trente corps de bataille de l’émir. Et de même qu’à la noble gravité de Charlemagne s'oppose l’orgueilleuse jactance du gigantesque Baligant, à la calme bravoure des chevaliers chrétiens la furie de hordes inhumaines, de même à la piété de l’empereur, incliné de plein cœur devant le Dieu véritable auquel il a adressé sa prière avant de marcher à la bataille, s'oppose l’idolâtrie du paien. Car devant lui
J’émir fait porter, avec le dragon qui lui sert
158 NU NN LE POBME IR D SA AR Lx LR EN Je Leg eAe t d’enseigne, un étendard de Tervagant et de Mahomet et une statue d’Apollin, autour desquels marchent dix Chananéens maudits, qui clament, au-dessus des heaumes courbés par la superstition : « Quiconque désire la protection de nos dieux doit les prier et les servir en toute humilité ! »
La bataille (vers 3.345-3.559). — Maintenant, les deux armées se découvrent à plein. Partout brillent les heaumes aux pierres serties d’or, et les écus, et les brognes teintes, et les épieux où battent les enseignes. Si nombreux sont les Arabes qu’ils couvrent toute la contrée ; au milieu de leurs rangs s’aperçoit le dragon de l’émir ; et de toutes leurs bouches jaillit le cri de « Précieuse ! » Mais en face d’eux s’avancent de fière allure Charlemagne et ses preux. Allemands, Bavarois, Normands, Bretons, Poitevins et Auvergnats, Flamands et Frisons, Lorrains et Bourguignons, tous font figure de gens qui ne reculeront pas ; et ceux de France les enradrent
magnifiquement : car deux fois quinze mille Français, des plus jeunes, ceux que Charlemagne appelle ses enfants, ouvrent la marche au son de l’olifant, conduits par Rabel et Guinemant, par Giboin et Lorant ; et cent mille autres Français
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la ferment, des vétérans ceux-là, groupés autour.
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