La Chanson de Roland
a Chanson de Roland n’est pas une œuvre isolée : elle fait partie d’un cycle complet et fort étendu, dont nous allons essayer de donner une idée.
C’est à la poésie française/ elle-même qu’il faut demander des indications sur l’ensemble de notre cycle chevaleresque. Écoutons d’abord Jean Bodel, le trouvère de la Chanson des Saxons :
Ne sont que trois matières à nul home ant an dan t : De France , de Bretaigne et de Rome la grant e Et de ces trois matières ni a nule semblant :
Li conte de Bretaigne sont si vain et plaisant ;
Cil de Rome sont sage et de san aprenant ;
Cil de France de voir chascunjor apparant.
La matière que Jean Bodel appelle de Rome comprend toute l’antiquité sacrée et profane. La matière de Bretagne ou de la Table Ronde comprend les chansons relatives soit à la cour du roi
Arthur, soit à la recherche d’un vase mystique, le Graal, qui aurait servi à la Gène de Notre-Seigneur.
Il est difficile de savoir le nombre de poèmes qui ont été composés sur la matière de France. On en connaît environ quatre-vingts, écrits en vers de dix ou douze pieds, ordinairement divisés en strophes inégales, d’une même assonance ou monorimes. L'étendue de ces poèmes, ou, pour les appeler par leur nom, de ces chansons de geste , varie extrêmement. Les plus anciennes, aussi les meilleures, sont courtes, en vers de dix pieds et divisées en strophes assonantes.
La matière de France a aussi ses divisions qui, comme celle en trois matières, nous ont été données par nos anciens poètes et qui méritent d’être conservées. Assurément, elles ont quelque chose d’artificiel, mais il serait peut-être difficile d’en trouver de meilleures.
Voici ce que dit le trouvère inconnu de Doon de Mayence :
Bien sceivent li plusor , nen sui pas en doutanchc , Qu'il n’éut que ///gestes u réaume de Franche .
Si fu la premeraine de Pépin et de Fange ; L'autre après de G arin de Monglane la franche; Et la tierce si fu de Doon de Mayence .
Ainsi la matière de France se divise en gestes . C'est l’expression consacrée ici pour dire. famille
INTRODUCTION
ou descendance (i). Cette division, inspirée par les idées du temps, est chère à nos anciens poètes, qui ont fait entrer leurs héros de gré ou de force dans Tune des trois descendances, et qui ont même inventé des héros intermédiaires pour combler les lacunes ou pour donner des ancêtres à qui n’en avait pas encore. Mentionnons certaines œuvres, comme le cycle des Lorrains, qui font bien partie de la matière de France, mais qui n’ont pas leur place dans l’une des trois gestes ou qui n’y entrent que difficilement,
La Chanson de Roland occupe donc dans le cycle de nos épopées du moyen âge la place suivante : elle appartient à la matière de France et dans cette matière à la geste de Pépin, appelée aussi du roi.