COMMENT ROLAND SE CONFESSE A DIEU
Roland sent bien que la mort l'entreprend, Que de la tête au cœur elle descend.
Il est allé sous un pin en courant.
Il s’est couché le sein sur l’herbe verte;
Il met sous lui son épée et son cor;
Vers les paiens il a tourné sa tête.
Et s’il le fait, c'est qu’il veut être sûr Que Charles dise, et toute son armée,
Le nobl e preux, qu’il est mort en vainqueur*
Il bat sa coulpe et souvent et menu (1),
Pour ses péchés il offre à Dieu son gant, aol
Roland sent bien que son temps il n’a plus. Là, sur un pic et tourné vers l’Espagne,
Il a frappé d’une main sa poitrine.
« Meâ culpâ , mon Dieu, par tes mérites,
« Pour mes péchés, les grands et les menus, « Que j’aurai faits dès l'heure où je suis né « Jusqu’à ce jour où je suis parvenu! »
Il tend vers Dieu le gant de sa main droite. Anges du ciel descendent près de lui. aoi.
Le preux Roland gisait dessous un pin.
Il a tourné sa face vers l’Espagne.
De mainte chose il lui vient souvenance :
De tant de lieux qu’il a conquis le brave !
De douce France et de sa parenté,
De son seigneur, Charles, qui l’a nourri.
Il ne peut pas qu’il ne pleure et soupire. Mais il ne veut pas s’oublier lui-même,
Dit ses péchés, demande grâce à Dieu :
« Notre vrai Père, et qui ne mens jamais! c( Qui de la mort ressuscitas Lazare,
« Et qui sauvas Daniel des lions,
« Sauve mon âme aussi de tout péril « Pour les péchés que j’ai faits en ma vie ! » Il offre à Dieu le gant de sa main droite ; Saint Gabriel de sa main le lui prend.
Dessus le bras sa tête était penchée ;
Il est allé vers sa fin les mains jointes;
(1) C'est-à-dire, il dit me a culpâ, en se frappant la poitrine.
CHANT XXX
Dieu lui manda son ange Chérubin Et saint Michel qu’on nomme du Péril ; Vient avec eux l’ange saint Gabriel;
Au paradis portent l’âme du comte.