‹ La Chanson de RolandChapitre 44 sur 46 · CHANT XXXIX · texte numérisé non relu

CHANT XXXIX

Au ciel volaient les étincelles claires.

Les séparer, on ne le pourrait plus :

Sans homme mort, ils ne finiront pas. aoi.

Il est très-preux, Pinabel de Sorence 2 Il a frappé Thierry sur son écu ;

Le feu jaillit et l’herbe s’en allume.

De son épée il présente la pointe,

Sur le visage il la lui fait descendre.

La droite joue en est ensanglantée.

Et le haubert déchiré jusqu’au ventre.

Dieu ne permit qu’il le renversât mort. aoi.

Thierry voit bien que sa joue est blessée,

Le sang tout clair choit sur Fherbô du pré î Dessus le casque il frappe Pinabel,

Jusqu’au nasel il le brise et le fend.

Lui fait couler la cervelle en dehors,

Brandit le coup et le renverse mort.

jOr, par ce coup, le combat est fini!

Les Franks criaient : « Dieu y a fait miracle.

|« Il est de droit que Gane soit pendu,

« Et ses parents qui répondent pour lui ! » aoi.

Quand eut Thierry vaincu dans le combat,

|L empereur Charle est venu près de lui, Ensemble avec de ses barons quarante, Naymeleduc et l’ardennois Ogier,

3eoffroy d’Anjou, Guillaume, sieur de Blaye. L’empereur prend entre ses bras Thierry,

Le front essuie avec ses peaux de martre,

Puis il les ôte et lui met d’autres peaux.

Tout doucement on désarme Thierry, Sur une mule arabe l’on le monte,

Et l’on retourne avec joie et courage Jusque dans Aix; on descend à la place Lors commença l’occision des autres.

CHARLEMAGNE REND LA JUSTICE ET COMMENT DIEU LUI FAIT CONNAITRE SA VOLONTE

Le roi s’adresse à ses ducs, à ses comtes :

« Conseillez-moi sur ceux que j’ai gardés.

« Pour Ganelon ils sont venus au plaid,

<( Pour Pinabel se sont rendus garants. »

— « Qu’il n’en survive aucun, » répondent-ils. Le roi commande à son viguier Basbrun :

« Va, pends-les tous à cet arbre maudit.

« Par cette barbe au poil blanc et chenu,

« S’il en échappe un seul, tu seras mort. » Basbrun répond : « Qu’ai- je autre chose à fai Puis, avec cent sergents, il les entraîne.

Trente ils étaient qui furent tous pendus.

Que le félon et les siens soient occis! aoi.

Les Poitevins, les Bretons, les Normands,

Les Bavarois, avec les Allemands,

Tous sont d’accord, et surtout les Français, Que Gane meure en merveilleux tourment.

Quatre chevaux sont menés devant lui.

CHANT XL

On l’y attache et des pieds et des mains.

Les chevaux sont orgueilleux et rapides.

Quatre sergents les poussent en avant,

Vers la jument, dans le milieu d’un champ.

Pour Gane, c’est grande perdition.

Voici les nerfs qui vont tous s'allongeant,

Pui^ de son corps les membres qui s’arrachent,

Et le sang clair s’épand sur l’herbe verte.

Comme félon convaincu, Gane est mort.

Il n’est pas juste que le traître se vante.

Quand Charlemagne eut fini sa vengeance»

Il appela les évêques de France,

Ceux de Bavière avec ceux d’Allemagne :

« Ici je garde une noble captive.

« Tant elle ouït sermons, vit bons exemples,

« Qu'elle veut croire et devenir chrétienne.

« Baptisez-la pour qu’à Dieu soit son âme. »

— « Il faut qu’elle ait, dirent-ils, des marraines. « Assez y a dames de haut lignage ;

« La foule est grande aux bains d’Aix-la-Chapelle . » Reine d'Espagne alors fut baptisée ;

On lui trouva le nom de Julienne.

Chrétienne elle est, vraiment par connaissance.

Le jour se passe et la nuit s’assombrit.

Cbarle est couché dans sa chambre voûtée.

Saint Gabriel, de par Dieu, lui vint dire : a Charles, convoque encor ta grande armée.

« Va conquérir la terre de Syrie (i);

«Tu secourras le roi Vivien d’Antioche,

(i) Le texte ne dit pas Syrie et Antioche , mais B ire (?)

et lmphe (?)

« Dans ia cité que ies païens assiègent.

« Là, les chrétiens te réclament et crient. » Mais l'empereur n’y \oudrait point aller.

« Dieu, dit le roi, si peineuse est ma vie ! s Fleure des yeux, tire sa barbe blanche.

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