‹ La Chanson de RolandChapitre 43 sur 46 · CHANT XXXIX · texte numérisé non relu

CHANT XXXIX

IÔq

Vont à la messe, à la communion (i),

Et de grands dons ils offrent aux couvents. Devant le roi tous deux sont revenus.

Leurs éperons ils ont aux pieds chaussés, Vêtent leurs blancs hauberts forts et légers, Leurs casques clairs attachent sur la tête, Ceignent au corps l’épée à garde d’or, Pendent au cou les écus à quartiers ;

A la main droite ils ont l’épieu tranchant, Puis ont monté leurs destriers rapides.

Alors pleuraient cent mille chevaliers,

Qui de Thierry pour Roland ont pitié .

Dieu connaît bien quelle sera la fin !

XXXÏX

DU COMBAT QUI EUT LIEU AUPRÈS d’aIX-LA-CHAPELLE ENTRE PINADEL ET THIERRY

Au-dessous d’Aix, la prairie est très-large ;

Là des barons se fera la bataille.

Ils sont tous deux courageux et prud’hommes,

Et leurs chevaux sont rapides et vifs.

Ils piquent bien, lâchent toutes les rênes,

A toute force ils frappent l’un sur l’autre,

Les deux écus ils froissent et fracassent,

Rompent hauberts et déchirent les sangles ;

Les selles d’or tournent, tombent à terre.

Cent mille Franks pleurent, qui les regardent, aoi.

(i) Il y avait une messe spéciale qu’on appelait messe du jugement de Dieu. (Note de F. Génin.)

Les chevaliers sont tous les deux à terre : Rapidement ils se dressent sür pieds.

Pinabel est fort, alerte et léger.

L’un cherche l’autre, ils n’ont plus de chevaux. Avec Tépée à la garde d'or pur,

Ils se frappaient sur les casques d’acier.

Les coups sont forts à fendre les deux casques. Les chevaliers français sont dans l’angôisse ;

« Le roi dit : Dieu, faites voir le bon droit. »

Pinabel dit : « Reconnais-toi vaincu,

« Et je serai ton homme par amour,

« Te donnerai de mes biens à ton gré ;

« Mais avec Gharle accorde Ganelon.

Thierry répond : « Je n’y veux pas penser.

« Sois-je félon si jamais je l'octroie!

« Qu’entre nous Dieu montre aujourd’hui le

[droit! » aoi.

Thierry lui dit : « Pinabel tu es brave e Et grand et fort ; ton corps est bien moulé ;

« Pour ta valeur tes pairs te reconnaissent.

« Laisse finir ici cette bataille.

« Avec le roi je t’accorderai bien ;

< ( De Ganelon justice sera faite « Telle que jour n’y aura qu’on n’en parle. » Pinadel dit : « Ne plaise au Seigneur Dieu !

« Je soutiendrai toute ma parenté,

« Homme mortel ne me fera céder.

« Mieux vaut mourir que mériter le blâme ! »

A se frapper voici qu’ils recommencent Sur leurs cimiers qui sont incrustés d’or;

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