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COMMENT LE ROI MARSILE ENVOIE DES MESSAGERS A CHARLEMAGNE

otre grand roi, l’empereur Charlemagne, Sept ans tout pleins en Espagne est resté. Jusqu'à la mer il conquit le pays.

11 n’est château qui tienne devantlui.

Cités ni murs ne restent à forcer,

Hors Saragosse, en haut d'une montagne.

Marsile y tient : il n'adore pas Dieu,

Sert Mahomet et réclame Apollon (i).

Il ne pourra se garder de malheur, aoi (2).

(1) Les musulmans n’adorent pas Mahomet, mais le Dieu unique. Les poésies chevaleresques confondent aussi ces infidèles avec les païens de l’antiquité et leur attribuent un culte à Jupiter et à Apollon.

(2) Le mot aoi se trouve à la fin d’un grand nombre de strophes de la Chanson de Roland. Le sens de cette particule n’est pas bien connu : les uns y voient une exclamation guerrière, tandis que d’autres pensent que c’est une indication musicaleà l’usage du jongleur qui chantait ce poème.

Le roi Marsile était à Saragosse.

Il est allé dans un verger à l’ombre,

Sur un perron de marbre il s’est couché.

Autour de lui sont plus de vingt mille hommes. Il en appelle à ses ducs et ses comtes (i) :

(( Sachez, seigneurs, quel malheur nous encombre *. « Car l’emperear Charles de douce France (2)

« En ce pays nous est venu confondre.

«Je n’ai d’armée à pouvoir le combattre,

« Ni telle gent à disperser la sienne.

« Conseillez-moi comme mes hommes sages :

« Préservez-moi de la mort, de la honte. »

Pas un païen qui réponde un seul mot,

Fors Blancandrin, du château de Val-Fonde.

Blancandrin est des plus sages païens,

Un chevalier de beaucoup de courage,

Homme de bien pour aider son seigneur,

Il dit au roi : « Ne vous effrayez pas.

« Offrez à Charle, à l'orgueilleux, au fier « Loyal service et très-grande amitié.

« Présentez-lui des ours, lions et chiens.

« Sept cents chameaux et mille autours mués (3), « D’or et d’argent trois cents mulets chargés;

« Cinquante chars qu’il en fera remplir;

« Bien en pourra payer tous ses soldats.

(1) A cette époque, la société musulmane était organisée féodalement en Espagne. Les appellations de duc, comte, etc., sont employées ici à propos.

(2) L’épithète de douce est ordinairement jointe au nom de la France, même par les Sarrasins.

(3) Mués, après la mue. C’est le moment où les oiseaux de -chasse ont le plus de valeur.

CHANT Ier.

v En ce pays, c’est assez guerroyer;

« Promettez-lui que, s’il retourne en France,

« Vo! s l’y suivrez au jour de saint Michel,

« Pour recevoir la loi de chrétienté,

« Être son homme en tous biens, tous honneurs. « Vous enverrez des otages, s'il veut,

« Ou dix ou vingt qu’il ait confiance,

« Envoyons-lui les enfants de nos femmes « Dût-il périr, j’y enverrai le mien!

« Il est bien mieux qu’ils y perdent leurs têtes « Que nous perdions et l’honneur et nos biens,

« Que nous soyons réduits a mendier! » aoi.

Il dit encor : « Sire, par ma main droite,

« Et par la barbe à mon sein ventelant!

« Vous allez voir leur troupe se défaire;

« Les Franks iront en France, sur leur terre ;

<' Chacun sera dans son meilleur domaine;

« Chacun sera dans Aix, à sa chapelle ;

« A Saint* Michel il fera grande fête.

« Le jour viendra, le terme passera :

« Il n’entendra de nous mot ni nouvelle.

« Charles est fier, et son cœur est cruel.

« Il tranchera les têtes des otages;

« Mais il est mieux qu’ils y perdent la tête,

« Que nous perdions notre Espagne la belle,

« Que nous ayons des maux et des souffrances. * Chaque païen dit : « C’est peut-être bien. »

Le roi Marsile a fini son conseil.

Il appela Clarin de Balaguet,

Estramarin et son pair Eudropin,

Et Priamon et Garlan le barbu,

Et Machiner et son oncle Maheu,

Et Joymer et Malbien d'outre-mer,

Et Blancandrin pour dire son dessein.

Des plus félons il en appela dix.

« Seigneurs barons, allez vers Charlemagne.

« En la cité de Cordres il réside.

« Branches d'olive en vos mains porterez,

« Signifiant paix et humilité.

« Si par votre art vous pouvez m’accorder,

« Vous recevrez beaucoup d’or et d’argent,

« Terres et fiefs, tant que vous en voudrez. » — « Nous en avons assez, » répondent-ils. agi.

Le roi Marsile a fini son conseil.

Il dit aux siens : ce Donc, seigneurs, vous irez,

« Branches d’olive en vos mains porterez « Et vous direz à Charlemagne, au roi,

« Que pour Jésus il ait merci de moi;

« Qu’il ne verra ce premier mois passer « Sans que je vienne avec mille des miens;

« Je recevrai la loi de chrétienté,

« Serai son homme, et de cœur et de foi,

« Et s'il en veut, il aura des otages. » Blancandrin dit : « Vous aurez bon succès. » aol

Marsile a fait venir dix mules blanches,

Que lui donna le roi de Suatilie :

Les freins sont d’or et les selles d’argent.

Les messagers sont montés sur les mules, Portant en main des branches d’olivier.

Ils ont rejoint Charles, le roi de France.

Il ne pourra faire qu’ils ne le trompent, aol

CHANT II

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