‹ La Chanson de RolandChapitre 146 sur 171 · CCXLV · texte numérisé non relu

CCXLV

LI amiralz la suc gent apelet :

« Ferez, paien : por el venud n'i estes ! Jo vos durrai muillers gentes e bêles, Si vos durai feus e honors e teres. » 3400 Paien respundent : ^< Nus le devuns ben fere. A colps pleners de lor espiez i perdent :

cherche à joindre ! Combien de barons il requiert de ses armes ! Un plus vaillant que lui, je ne le demande pas. Secourez-le de vos épieux tranchants ! » A ces mots, les païens s'élancent. Ils frappent des coups durs ; grand est le carnage. La bataille est merveilleuse et lourde : ni avant ni depuis, jamais on n'en vit une aussi rude.

GRANDES sont les armées, les troupes hardies. Les corps de bataille sont tous engagés. Et les païens frappent merveilleusement. Dieu ! Tant de hampes rompues en deux, tant d'écus brisés, tant de brognes démaillées ! La terre en est toute jonchée, et l'herbe du champ qui est verte et

fine L'émir invoque ses fidèles : « Frappez,

barons, sur l'engeance chrétienne ! » La bataille est dvire et obstinée. Ni avant ni depuis on n'en vit une aussi âpre. Jusqu'à la nuit, elle durera sans trêve.

Page 1