‹ La Chanson de RolandChapitre 11 sur 68 · LE CHOIX DU MESSAGER · texte numérisé non relu

LE CHOIX DU MESSAGER

— « Seigneurs barons, qui de vous enverrai-je, à Saragosse, auprès du roi Marsile ? »

Naime répond : « J'irai, si ça vous plaît; octroyez-moi le bâton et le gant. »

Le roi reprend :

tt Vous êles un sage homme.

» Par cette barbe et par cette moustache, vous n'irez pas si loin de votre roi. . .

» Rasseyez-vous; vous n'avez rien à dire. »

« Seigneurs barons, qui de vous enverrai-je au Sarrasin qui règne à Saragosse ? »

Roland répond : « J'y puis fort bien aller. »

— « Gardez-vous-en, dit le comte Olivier; votre cœur est trop ardent et farouche : vous vous feriez, j'en ai peur, quelque affaire. J'irai plutôt, s'il plaît à l'empereur. »

Le roi reprend :

« Taisez- vous tous les deux.

» Ni vous ni lui n'y porterez les pieds.

» Non, par ces poils que vous voyez blanchis, je n'enverrai aucun des douze pairs'. » Chacun se tait et attend en silence.

Turpin de Reims se lèvi; de son rang, et dit au roi :

« Laissez en paix vos Francs.

» Depuis sept ans que vous ôtes ici, ils ont assez eu peines et labeurs.

» A moi d'avoir le bâton et le gant.

» J'irai trouver ce Sarrasin d'Espagne : je prétends voir un peu comme il est fait, et lui marquer ma façon de penser*. »

/'' 1. Les douze pairs, mentionnés avec des noms divers dans les ' chansons de geste, étaient douze seigneurs, ficres d'armes ou compagnons, qui étaient en même temps les compagnons de Cbariemagne.

On les appeliiil aussi paladins, hommes du palais, parce qu'ils étaient attachés à la personne de l'emiiereur comme les meilleurs de ses preux.

Les iloiizi; pairs, dans la Chanson de Roland, sont : Roland et son ami Olivier, Gérin et son ami Gérier, Yvon et son ami Yvore, Otto et Déranger, Samson et Anséis, Girard de Roussillon et Angelier le gascon.

L'auteur de Roland, à la fois enfantin et charmant dans son naïf amour de la symétrie, nous montrera se constiiuanl le compiignonnige de douze Sarrasins qui seront les douze pairs de Marsile et qui combattront tour à tour les douze pairs de CiiarJemagne. [Troisièmc livre.)

2. Il y a ici deux sens possibles. Je les marque tous deux en Ira-

Mais ] 'empereur répond d'un ton fâché : « Rasseyez-vous sur votre tapis blanc ; et plus un mot, sauf si je vous l'ordonne. »

« Chevaliers francs, dit le grand empereur, pour messager auprès du roi Marsile élisez-moi un baron de ma terre. »

Alors Roland : « Prenez donc mon parâtre; vous ne sauriez en choisir un plus sage. »

— « Oui, dit chacun; il fera bien l'affaire. »

duisant les deux vers suivants, l'un appartenaut au texte d'Oxford» l'autre tiré des manuscrits de Venise :

Si'a vois vedeir alqaes de sun semblant, Si li diro an poco de mon semblant.

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