MAUVAIS PRÉSAGE
— « Beau sire Gane, écoutez, dit le roi ; vous partirez accomplir ce message.
» Parlant pour moi, dites au roi Marsile qu'à jointes mains il soit mon homme lige.
)) A lui sera la moitié de l'Espagne. L'autre moitié, je la donne à Roland.
» S'il ne s'y prête, il faut bien l'aviser que par mon ordre il sera pris, lié, dûment jugé pour fait de trahison, et mis à mort en grand deuil et opprobre.
» Voici l'écrit revêtu de mon sceau.
» Dans le poing droit livrez-le au païen. »
les barons de Charlemagne groupés autour de leur empereur expirant. Il leur dit : « Au nom de Dieu, je vous en prie — à cette heure où finit ma vie, — évitez de vivre en discorde; — aimez-vous bien en braves gens. — La haine est la mort d'un pays. »
1. Ce couplet, qui comble une lacune du texte d'Oxford, est traduit sur le texte du manuscrit de Châleauroux, texte cité par Théodore Mûller dans son édition de 1863 et dans son édition de 1878 (Gôttingen). — Le manuscrit que je désigne ici sous le nom de manuscrit de Châleauroux, parce qu'il a été donné à la bibliothèque de celte ville, est connu sous le nom de manuscrit de Versailles. Il avait appartenu à Louis XVI.
Charle lui tend le gant de sa main droite. Mais Ganelon voudrait être bien loin ; il le prend mal, et le gant tombe à terre.
— « Dieu ! s'écrie-t-on, que présage cela ? Un grand malheur suivra doue ce message ? »
— « Vous le saurez, seigneurs », dit Ganelon.
Il ajouta : « Donnez-moi congé, sire. Devant partir, je ne veux plus attendre. »
— « Allez : au nom de Jésus et au mien ! » dit l'empereur.
De la droite il l'absout; et fait sur lui le signe de la croix' ; puis lui remet le bâton et la lettre.
1. L'empereur allie au caractère royal un raraclère sacerdolal dont on trouvera un autre témoignage au couplet 255.
Quand ses guerres lui laissaient des loisirs, Cliarleraagne s'occupait de régler la discipline ecclésiastique et la liturgie.
De son temps, on ne roniprenail pas un chef de l'Etat qui ne fiU pas très religieux et défenseur zélé du catliolicisme. Mais aussi très grande était l'ingérence de l'autorité civile dans les choses de la religion. Ainsi les vieilles annales nous représentent le grand empereur renvoyant à leurs familles des enfants que les évêques allaient baptiser, et leur interdisant les fonts baptismaux jusqu'à ce qu'ils fussent mieux instruits.