‹ La Chanson de RolandChapitre 20 sur 68 · Par mi celé ost suvent menu reguardet · texte numérisé non relu

Par mi celé ost suvent menu reguardet

Pour le commencement de ce couplet, en même temps que j'ai traduit les trois vers du texte d'Oxford, j'ai intercalé ce vers du manuscrit de Venise :

Sunent ses graisles e bêlement (e) alte.

Gane; vous n'avez pas de baron si vaillant. »

Le roi l'entend ; fièrement le regarde ; et puis lui dit :

tt Vous êtes le démon, que telle rage au corps vous soit venue.

» Qui mènerait devant moi l'avant-garde? »

Gane répond :

« Ogier de Danemark.

» Pas de baron qui mieux que lui le fasse. »

Lorsqu'il entend que Gane le désigne, le preux Roland parle en bon chevalier :

« Vraiment je dois bien vous aimer, beau-père, de m'avoir fait donner l'arrière-garde.

)) A mon escient, le roi n'y perdra rien, mule, mulet, palefroi, destrier, cheval de somme ou poussin sans valeur, avant qu'on n'en dispute à coups d'épée. »

— « Vous dites vrai. Je le sais bien », dit Gane.

Donc lui, Roland, aura l'arrière-garde.

Son cœur en gronde ; il dit à son beau-père : « Âh! mauvais homme, homme de basse

espèce, me vois-tu donc laissant tomber le gant, ainsi que toi naguère devant Charle * ?

» Droit empereur, ajoute le baron, donnez-moi l'arc que vous tenez au poing...

» Je sais que nul ne me reprochera de le lâcher, comme fit Ganelon, quand il reçut le gant et le bâton. »

Mais l'empereur, le front sombre et baissé, tord sa moustache et tourmente sa barbe ; et, malgré lui, ses yeux versent des pleurs.

A ce moment s'approche le duc Nairae.

Meilleur vassal n'est à la cour de Charle.

Il dit au roi :

« Vous l'avez entendu : votre neveu ressent grande colère.

» Puisqu'à Roland échoit l'arrière-garde, car quel baron la prendrait à sa place ? donnez-lui l'arc que vous avez tendu ; et trouvez-lui de bons auxiliaires. »

1. Pour traduire exactement je devrais dire : « ainsi que toi le bâton devant Charle ». Mais ce serait en contradiction avec le récit fait au couplet 27.

— « Voilà », dit Charle.

Et Roland reçut l'arc.

L'empereur dit à son neveu Roland ; « Mon beau neveu, sachez bien qu'avec vous, je veux laisser la moitié de l'armée.

» Pour rester sauf, gardez-la près de vous. »

— « Non, dit Roland, non, je n'en forai rien. Me perde Dieu, si je démens ma race !

» Je garderai vingt mille bons Français. » Vous, sûrs de tout, passez les défilés; car, moi vivant, vous ne craindrez personne. »

Le preux Roland est monté sur un tertre. Son haubert brille ; on n'a vu le meilleur.

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