‹ La Chanson de RolandChapitre 26 sur 68 · LE PRUDENT OLIVIER ET LE FIER ROLAND · texte numérisé non relu

LE PRUDENT OLIVIER ET LE FIER ROLAND

Olivier dit. :

« Les païens sont en force ; et nos Français sont en bien petit nombre.

» Ami Roland, sonnez de votre cor!

» Charte, entendant, ramènera l'armée. »

Roland répond :

« Ce serait être fou; et je perdrais ma gloire en douce France.

» Ma Durandal va frapper de grands coups; son fer sera sanglant jusqu'à la garde. Sanglante aussi jusqu'à l'or du pommeau seral'épée en toute main française.

» C'est leur malheur qui les mène en ces gorges; tous, je le jure, ils sont jugés à mort. »

— « Ami Roland, sonnez votre olifant!

» Charle entendant ramènera l'armée ; roi et barons viendront nous secourir. »

Roland répond :

« Non certe, à Dieu ne plaise que mes parents pour moi encourent blâme; que douce France ait pour moi à rougir !

» Mieux vaut frapper grands coups de Durandal, ma bonne épéc, que j'ai ceinte au côté. Vous allez voir son fer ensanglanté.

)) Ces félons sont rassemblés pour leur perte; tous, je le jure, à ki mort sont voués. »

— « Ami Roland, sonnez votre olifant !

» Si l'empereur, qui par les monts chevauche, l'entend sonner, les Français reviendront. »

Roland répond :

« Non certe... A Dieu ne plaise qu'homme vivant puisse dire jamais : « Pour ces païens Roland sonne du cor. »

» Jamais les miens n'entendront tel reproche.

» Quand je serai dans la grande bataille, je frapperai sept cents et mille coups, et vous verrez saigner ma iJurandal.

» Bons sont nos Francs; ils frapperont en braves. Rien n'ôtera les païens à la mort. »

— « Je ne vois pas que l'on pût vous blâmer, dit Olivier; j'ai vu les Sarrasins : vallées et monts

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en sont tout inondés; leur foule emplit et la lande et la plaine.

» Ces étrangers sont une immense armée. Que faire avec si faible compagnie ? »

Roland répond :

« Mon ardeur s'en augmente.

» Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges, que mon pays par moi perde sa gloire !

» ^ut^XjnnQm^£ue d'encourir ja^^ !

» Plus nous frappons, plus l'empereur nous aime. »

Roland est preux ; mais Olivier est sage.

Ils ont tous deux merveilleuse vaillance, et dès qu'ils sont à cheval, sous les armes, mourraient plutôt qu'esquiver le combat. Bons sont leurs cœurs et fières leurs paroles.

Mais les païens chevauciient a\ec rage...

— « Voyez un peu, Roland, dit Olivier. Ils sont tout près, et Charle est loin de nous.

» Si vous aviez daigné sonner du cor, il serait là; nous n'aurions pas dommage.

» Levez les yeux vers ces noirs défilés. En quel deuil est la pauvre arrière-garde ! Ceux qui y sont n'iront pas dans une autre. »

— « Paix ! dit Roland ; c'est là nous faire outrage.

» Maudit qui porte au ventre un lâche cœur!

» Nous tiendrons pied fortement sur la place. De nous viendront et les coups et la mort. »

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