‹ La Chanson de RolandChapitre 36 sur 68 · MARSILE LANCE SA DERNIERE RÉSERVE^ ET ADISME COMBAT AVEC TURPIN · texte numérisé non relu

MARSILE LANCE SA DERNIERE RÉSERVE^ ET ADISME COMBAT AVEC TURPIN

Voyant qu'ainsi ses gens souffrent martyre, Marsile fait sonner cors et trompettes; monte à cheval et part avec son monde.

Au premier rang chevauchait un païen. C'était Abisme, insigne scélérat.

Point n'est félon aussi chargé de crimes.

Il ne croit pas en Dieu, fils de Marie ; a le corps noir comme la poix fondue; et prise plus de tuer ou trahir que de gagner tout l'or de la Galice.

Nul ne le vit jamais s'ébattre et rire.

Mais il est brave et follement hardi ; et c'est par là qu'il plaît au roiMarsile.

A lui l'honneur de porter le dragon, autour duquel les païens se rallient.

Turpin ne peut, lui, aimer tel coquin.

1. C'est par suite d'une erreur évidente que le manuscrit d'Oxford, contredit en ce point par tous les autres manuscrits, place ce couplet et le couplet suivant après le couplet 126.

LES PHODIGKS DliS FREUX. 197

Dès qu'il le voit, il songe à l'attaquer; et, très tranquille, il se dit à lui-même :

« Ce Sarrasin m'a l'air fort hérétique. Plutôt mourir que de ne pas l'occire. Fi des couards et de la couardise ! »

Notre archevêque engage la bataille, sur le cheval qu'il prit en Danemark, au roi Grossaille, après l'avoir tué.

C'est un cheval léger, fait pour la course.

La jambe est plate et les pieds sont moulés; la cuisse est courte et la croupe bien large; l'échiné est haute et les flancs allongés ; la queue est blanche et la crinière jaune ; la tête est fauve et l'oreille petite.

11 n'est cheval de si belle encolure.

Turpin le pique et le lance au galop.

D'un prompt élan il tombe surAbisme, et porte un coup à son brillant écu, oii sont rubis, topazes, améthystes, cristaux de roche, escarboucles de feu, don d'un émir qu'on appelait Galafre, et qui, lui-même, étant au Val-Métas, l'avait reçu des propres mains du diable.

Tel est le coup asséné par Turpin qu'après l'écu ne vaut pas un denier.

108 LA CHANSON DK I\OlANU.

De part en part il a percé son hunime. Le voilà mort. Il gît raide sur place. On se disait: « L'archevêque est un brave. Avec Turpin la crosse est bien gardée. >»

Le preux Roland interpelle Olivier : « Mon compagnon, il en faut convenir, notre archevêque est très bon chevalier. Il n'en est pas de meilleur sous le ciel. Lance et épieu dans sa iy\;\\n font merveille. »

Lors Olivier : « Eh bien! courons l'aider. »

Et les Français recommencent la lutte. Tous frappent dur et la mêlée est rude.

Fort maltraités y furent les chrétiens.

Page 1