LA GRANDE MÊLÉE ET LA DÉROUTE DES SARRASINS
Rude vraiment et grande est la bataille.
Les Francs, frappant avec vigueur et rage, brisent le fer, déchirent les chairs vives, tranchent les poings, les côtes, les éohines.
Les Sarrasins s'écrient désespérés :
« Terre des Francs, Mahomet te maudisse 1 Sur toute race est ta race hardie. »
Dans leur détresse, ils appellent Marsile : «Chevauche, roi! Nous avons besoin d'aide. »
Oui, merveilleuse et grande est la bataille.
Les Francs, pointant leurs lances d'acier brun, de tous côtés portent des coups terribles.
On peut voir là bien grande douleur d'hommes; car, par milliers, blessés, sanglants et morts, tel sur le dos, tel sur la face, ils gisent, ou côle à côte, ou tassés l'un sur l'autre.
LES PRODIGES DES PREUX. 19o
Les Sarrasins n'y peuvent plus tenir. Bon gré, mal gré, il faut qu'ils lâchent pied.
Les Francs les vont chasser de vive force.
Roland surtout frappe en preux chevalier.
Tous les Français chevauchent à sa suite, et au galop foncent sur les païens.
Ils ont du sang jusqu'au milieu du corps, et leurs épées sont tordues ou brisées. Tel qui n'a plus de fer pour attaquer, songe à s'armer d'un cor ou d'un clairon.
Chacun est gai ; chacun est fier et fort.
— « Les Français sont plus braves que nature. Maudits soient-ils! se disent les païens. Tout est perdu. On ne peut rien contre eux. »
Et décampant, ils nous tournent le dos.
Mais à grands coups nous les taillons en pièces.
Jusqu'à leur roi va la traînée des morts.
1. Traduit sur le texte du manuscrit de Venise. — Ce texte est cité par Mùller dans son édition de 1863 et dans son édition de 187$.
196 LA CHANSON Dl-: ROLAND.