‹ La Chanson de RolandChapitre 38 sur 68 · LES HÉROS DÉCIMÉS ; MÉLANCOLIE DE ROLAND · texte numérisé non relu

LES HÉROS DÉCIMÉS ; MÉLANCOLIE DE ROLAND

Les Francs de France avaient perdu leurs armes. Restaient pourtant quatre cents épées nues,

. J'ai traduit les cinq coiiplels qui suivent sur le texte du ma-

200 LA CHANSON DE ROLy^D,

On va frappant sur les casques luisants.

Dieu ! que de fronts fendus par le milieu ! Que de hauberts rompus et mis en pièces! On tranche tout, et pieds et poings et têtes.

Les mécréants s'écrient désespérés :

« Ah! ces Français, comme ils nous défigurent!

» Défendons-nous ; ou force est de mourir. »

Le roi Marsile a entendu leurs plaintes. Il en frémit et s'écrie avec rage :

« Terre des Francs, Mahomet te détruise, puisque ta race a confondu la mienne et m'a ravi tant et tant de cités que tient ton roi à la barbe chenue.

» Il a conquis la Fouille et la Calabre, Constantinople et la Saxe peuplée...

» Plutôt mourir que fuir encor nous-mêmes! Sus aux Français! Qu'ils soient exterminés !

» Si Uoland meurt, Charle en perdra la vie ; si Roland vit, notre mort est certaine. »

Les Sarrasins vont frappant de leurs lances sur les écus et les casques flambants.

niisrrit de Venise. Ce lexlc est filé par Théodore Millier (éditions de 1(!63 et de 1878), à c6lé du texle correspondimt du manuscrit de l'uris.

LE DÉSASTRK. 201

Fer et acier de partout s'entre-choquent et vers le ciel envoient mille étincelles.

Partout on voit tomber sang et cervelles.

Roland au cœur en a bien pesant deuil.

Voyant mourir tant de bons capitaines, il se souvient de la terre de France, et du bon roi Charlemagne son oncle ; et le chagrin, bon gré mal gré, l'étreint.

Il est pourtant en plein dans la mêlée; et, sans répit, brandit saDurandal; fend les hauberts, met en morceaux les casques ; tranche les corps et les poings et les têtes ; et fait tomber les païens par dizaines, eux qui croyaient être si bons guerriers.

De son côté Olivier, intrépide, sur les païens fait assaut de forts coups.

Il a tiré du fourreau Ilauteclaire (hors Durandal il n'est meilleure épée) ; la tient au poing, et bravement se bat.

Le sang vermeil jusqu'aux bras lui dégoutte...

— « Dieu! dit Roland, que voilà un vrai brave!...

» Ail! noble ami, si loyal et si preux, voici le jour où dtvra prendre fin celte amitié qui nous liait tous deux. Vuici le jour où l'un quittera l'autre. Notre empereur ne nous re verra plus.

» En douce France, oh! quel sera le deuil! Il n'est Français qui pournous ne priera. Dans toute église oraisons seront faites. En paradis sera logée notre âme. »

Olivier court h travers la mêlée, pour chevaucher à côté de Roland.

L'un dit à l'autre : « Ami, viens par ici. S'il faut mourir, du moins mourons ensemble. »

Il fait beau voir Roland et OUvierde leurs épées et frapper et tailler.

Près d'eux Turpin sème les coups de lance.

Combien de gens moururent de leurs mains! Le nombre en est consigné dans les chartes. La geste dit : plus de quatre milliers.

Dans quatre chocs tout prospère aux Français ; mais le cinquième eut une issue terrible.

France y perdit tous ses bons chevaliers, ho^mi^ soixante à qui le ciel fît grâce.

Certe ils mourront; mais ils se vendront cher.

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