‹ La Chanson de RolandChapitre 39 sur 68 · LA. QUERELLE DES DEUX' AMIS · texte numérisé non relu

LA. QUERELLE DES DEUX' AMIS

Le preux Roland voit cette immense perte.

Lors, appelant son ami Olivier :

« Cher compagnon, pour Dieu, — qu'il vous protège ! — voyez partout ces preux gisant à terre.

» Plaignons, hélas! la douce et belle France, qui va rester veuve de tels barons.

» Roi bien-aimé, que n'êtes-vous ici!...

» Cher Obvier, mon frère, comment faire? Par quel moyen lui mander des nouvelles? »

— « Je ne sais pas, murmura Olivier. Plutôt mourir qu'encourir déshonneur. »

— « Ah! dit Roland, je vais sonner du cor. Charle en chemin l'ouïra retentir; et les Français reviendront, je vous jure. »

Mais Olivier :

'.( Ce serait grande honte ; et le reproche irait à vos parents. Toute leur vie ils auraient à rougir.

204 LA CHANSON Dlî ROLAND.

» Quand j'en parlais, vous ne le fîtes pas; vous le ferez sans mon gré maintenant.

» Puis, pouvez-vous corner avec vigueur, ayant déjà les deux bras tout sanglants? »

— « Oui, dit Roland, j'ai donné de fier»

coups... »

« Ah! reprit-il, trop forte est la bataille : je vais corner; le roi Charle entendra. »

— « Vous savez bien que ce n'est pas d'un brave, dit Olivier.

» Quand je vous en priais, vous n'avez pas, ami, daigné le faire. Et cependant, si Charle était ici, nous n'aurions pas subi pareil dommage.

» Ceux de là-bas ne sont pas à blâmer. »

11 ajouta :

« Par celte mienne barbe, si je revois Aude ma gente sœur, vous ne l'aurez jamais pour votre femme. »

Aoland répond : « Pourquoi celte colère? » Mais Olivier :

« A vous la faute, ami.

» Vaillance veut bon sens et non folie. Plus que fureur vaut la sage mesure.

» Quel mal a lait votre témérité !

» Ces Français morts le sont par votre faute.

» Charle de nous n'aura plus de service.

» Il serait là, lui, si vous m'eussiez cru ; et nous aurions gagné cette bataille.

» Pris ou tué serait le roi Marsile...

» Vous fûtes preux : mais c'est pour notre perte. Et plus n'aura votre aide Charlemagne, ce roi si grand que, jusqu'au jugement, on ne verra jamais homme pareil.

» C'est bien cruel. Vous y mourrez, Roland; et sur la France en jaillira la honte.

» Puis, ici meurt notre amitié loyale : avant ce soir nous serons séparés. »

Roland l'entend, et son cœur s'attendrit. Ils s'aiment bien; et l'uu pour l'autre ils pleurent'.

RouUant l'entend le cœur ly atendrie.

Ly un pour l'autre plore par compagnie.

(Manuscrit de Cambridge.)

Li uns por l'autre plore par amistié.

(Manuscrit de Lyon.)

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