‹ La Chanson de RolandChapitre 42 sur 68 · EN ROUTE POUR SECOURIR ROLAND · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR SECOURIR ROLAND

L'empereur-roi fait sonner tous ses cors. Francs, pied à terre! On s'arme avec hauberts, heaumes luisants, épées à garde d'or, riches écus, grandes et fortes lances, et gonfanons blancs et bleus et vermeils.

Puis, les barons, montés sur leurs chevaux, vont au galop le long des défilés.

Ils vont, disant chacun à son voisin :

« Puissions-nous voir Roland vivant encore! Quels rudes coups nous frapperons ensemble ! »

Mais à quoi bon? Ils seront là trop tard.

Le soir est clair, on dirait le plein jour.

Et au soleil les armures reluisent. Heaumes, hauberts, écus bien peints à fleurs, lances pointues et gonfanons dorés dardent au loin de beaux rayons de flamme.

L'empereur-roi chevauche avec colère.

Tout angoissés et dolents sont les cœurs. Pas un Français qui durement ne pleure ; pas un qui n'ait grande peur pour Roland.

Cependant Charle a fait arrêter Gane et l'a livré aux gens de sa cuisine.

Ayant mandé le maître queux Bégon :

« Gardez-moi bien, a-t-il dit, ce félon, qui a trahi et vendu ma maison. »

Bégon le prend et déchaîne à ses trousses cent marmitons, des meilleurs et des pires, qui, poils sur poils, lui arrachent la barbe.

Chacun le bat de quatre coups de poing; puis fait jouer le bâton et la verge.

Autour du cou on lui passe une chaîne. Et, mis aux fers comme serait un ours, il estjetésurun cheval de charge.

C'est leur jouet qu'ils devront rendre à Charle ^

1. La correction grotesque par laquelle Charlemagne humilie l'orgueilleux Ganelon, ea attendant son jugement, introduit une note presque comique qui tranche avec la tenue très sévère de Tensenible du poème qu'égaient tout au plus, ici et là, quelques pointes de saine jovialité, en particulier quand Turpin est en scène.

Délicate inspiration du trouvère! Le morceau qui dit la dégradation infligée au chevalier félon est en quelque sorte encastré dans

LA CHANSON DK IIOI.AND.

lîauls sont les monts, et ténébreux et grands; profonds les vaux, rapides les torrents.

A l'olifant tous les clairons répondent, qui vont sonnant et derrière et devant.

L'empereur-roi chevauche avec furie.

Les Français sont dolents et courroucés; il n'en est pas qui ne pleure et lamente ; il n'en est pas qui ne prie pour Roland.

Qu'il vive au moins Jusqu'à ce qu'ils arrivent! Quand ils seront sur le champ de bataille, ah! comme ils vont bien frapper tous ensemble!

Mais à quoi bon? C'est en vain qu'ils s'empressent. Ils sont trop loin; ils seront là trop tard.

une sùrie de slropbes symphoniqiies qui disent la grande chevauchée des chevaliers fidèles, courant au secours de Roland.

Le couplet 102 et le précèdent sont la traduction d'une tirade composce de vers qui ont tous même assonance et qui, par suite, ne consliluent qu'un couplet, dans le texte original.

Il est manifeste que la dualité du dévelo|ipement et du ton jnslilîc la division en deux ciiu|dcls |iour lai|uelle je me suis décidé.

Cinq ou six fois, au cours de ma traduction, j'ai été amené, comme ici, à diviser en deux couplets une tirade où je trouvais deux développements distincts.

Eu cela j'ai été fidèle à l'esprit du vieux poème où, presque Ionjours, chaque couplet a pour objet un développement unique et d'un tel relief qu'il pourrait fournir un sujet de tahleau.

Charle chevauche avec emportement. Sur sa cuirasse ondoie sa barbe blanche.

Les preux de France à franc étrier galopent. Tous sont dolents; tous ont la rage au cœur.

Là-bas, Roland tient tête aux Sarrasins; Roland se bat. Eux ne sont pas là-bas!

Restera-t-il une âme qui réchappe, si, par malheur, Roland tombe blessé?

Dieu ! près de lui restent seuls soixante hommes. Mais ils sont tels que roi ni capitaine n'eut meilleurs preux jamais à son service.

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