Î.E VRAI CHEVALIER
Jetant les yeux sur les monts, sur les landes, Roland ne voit que Francs étendus morts; et il les j)luure en noble chevalier :
« Seigneurs barons, Dieu ait pitié de vous! Qu'en paradis il reçoive vos Ames! Qu'en saintes fleurs il leur donne repos !
» Non, je ne vis jamais meilleurs guerriers.
» Combien longtemps vous m'avez tous servi ! Quels grands pays vous conquîtes à Charle ! Ah! devait-il pour tels maux vous nourrir?
» Terre de France, bien doux pays vous êtes; mais aujourd'hui quel terrible désastre vient vous ravir tant d'hommes de haut prix !
» Leur triste mort fait de vous un désert.
» Malheur à moi ! Car c'est de par ma faute, barons français, que je vous vois mourir.
» Je ne vous puis ni sauver ni défendre.
» Que Dieu vous aide! Il ne trompa jamais.
» Frère Olivier, je ne vous faudrai pas. Vous me verrez succomber avec vous.
» Je meurs de deuil si leur fer ne me tue.
» Allons, ami, frappons de nouveaux coups' ! »
Le preux Roland rentre dans la mêlée.
L'épée au poing, il va, frappant en brave ; partage en deux le preux Faldron du Puy, et après lui, vingt-quatre Sarrasins, les mieux prisés de tous les mécréants.
Homme jamais ne prit telle revanche.
Comme les cerfs s'enfuient devant les chiens, les mécréants s'enfuient devant Roland.
Turpin lui dit :
« Vous allez vraiment bien!
» Telle valeur sied à un chevalier, sur bon cheval portant de bonnes armes.
» Qu'il soit ainsi fort et fier en bataille!
» 11 ne vaut pas autrement trois deniers, et doit
1. Dans la dernière partie de ce couplet, j'ai joint au texte d'Oxford deux vers formés de ce que conliennent en plus les manuscrits de Paris, Lyon, Cambridge, Versailles, et le second manuscrit de Venise, qui, ici, concordent ensemble.
2I& LA CHANSON DK P.OLAND.
aller, muine, dans un moutier, le jour durant, pour nos péchés prier. »
Roland répond :
« Frappez, pas de quartier! »
Les chevaliers renouvellent leurs coups. Mais des chrétiens bien grande perte est faite.